Alexandre Grothendieck est un des plus grands mathématiciens du XXe siècle et, à sa mort, en 2014, après plus de vingt ans retiré du monde, on a trouvé chez lui 68 000 pages non publiées qui s’ajoutent aux 28 000 déjà répertoriées par le département de mathématiques de l’université de Montpellier et également non publiées. Ces pages font l’objet d’une demande d’évaluation de la part de ses héritiers, comme l’exige la loi, pour pouvoir déterminer les droits de succession qu’ils devront payer. De plus, une fois réglée cette question de succession, se posent celles du lieu et des conditions où ces textes pourront être consultés. La famille de Grothendieck a désigné Jean-Bernard Gillot, un expert en manuscrits, pour répondre à la première question et l’Université de Montpellier a donné une réponse partielle aux autres en mettant en ligne en accès libre 18 000 pages des manuscrits que Grothendieck avait laissés à l’université. Les réponses à ces questions (et particulièrement à la première) sont loin d’être anecdotiques. Elles relèvent au contraire d’un profond débat sur ce qui a de la valeur dans nos sociétés et sur la forme que prend cette valeur. Le texte qui suit tente d’apporter une contribution à ce débat.