Un million d’emplois climatiques c’est possible ?

jeudi 27 avril 2017, par Julien Rivoire

En janvier 2017, la plateforme française emplois-climat [1] a publié un rapport qui pose dans le débat public la proposition de création d‘un million d’emplois en France. Au-delà de ce rapport, la plateforme, qui regroupe syndicats et associations [2], a lancé une campagne qui vise à construire un espace ouvert d’échanges, de débats et de propositions sur les sujets liant les enjeux de la transition écologique avec ceux de l’emploi, de la reconversion et de la formation.

La crise climatique, et plus globalement environnementale, remet en cause notre éco-système et modifie déjà les conditions de vie sur notre planète : multiplication d’évènements météorologiques graves, migrants climatiques, disparition d’espèces vivantes sans compter les pollutions et autres conséquences pour notre santé.
Pour limiter le réchauffement, nos modèles de production doivent immédiatement s’engager dans un processus de transition radicale. L’occasion de tout changer pour paraphraser Naomi Klein. L’occasion de créer des centaines de milliers d’emplois, dans des secteurs plus intensifs en travail et moins en capital, dans les secteurs nécessaires à la transition écologique et énergétique, à la rénovation des bâtiments, dans l’agriculture paysanne, mais aussi dans l’éducation, la culture… pour répondre aux besoins sociaux et environnementaux. L’occasion de s’affronter à la crise sociale qui taraude nos sociétés depuis des décennies maintenant : un chômage de masse, avec les conséquences sociales et économiques pour les chômeurs évidemment, mais au-delà pour toute notre société : pression à la précarité pour tou·te·s, chantage au chômage pour les salarié·e·s en poste, attaques contre nos systèmes de protection sociale au prétexte de défendre l’emploi via la « compétitivité du coût du travail », etc.

Engager la transition écologique pour vivre mieux, avoir davantage d’emplois tout en répartissant mieux les richesses : le rapport publié en janvier démontre que l’articulation de la nécessaire transition écologique peut se concilier harmonieusement avec les impératifs de justice sociale si la volonté politique est mobilisée.

Mais nos analyses et propositions, aussi justes soient-elles, ne s’imposeront pas d’elles mêmes. L’intérêt de notre campagne « Un million d’emplois pour le climat » va bien au-delà de la diffusion du rapport, d’analyses et de travaux d’expertise existants. Elle a vocation à faire converger suffisamment de forces pour imposer aux multinationales et aux banques de « rendre l’argent » nécessaire au financement des emplois et des investissements indispensables, et pour construire un mouvement social suffisamment puissant pour s’attaquer aux intérêts des industries polluantes. Ainsi notre campagne peut devenir un des maillons qui nous manquent depuis tant d’années pour construire un réel mouvement pour la justice climatique.

Construire une alliance entre réseaux de défense de l’environnement et organisations syndicales ne va pas de soi. Le syndicalisme a une histoire qui l’a conduit à insister davantage sur la répartition des « fruits de la croissance », à peser sur la répartition capital/travail sans toujours interroger la nature de cette croissance. C’était particulièrement vrai au temps des Trente glorieuses, et cette tendance peut se retrouver dans des revendications syndicales actuelles, marquées par une approche très keynésienne, basée sur des politiques de relances de l’investissement sans conditionner ces exigences sociales aux préoccupations écologiques. L’engagement de syndicats lors des dernières COP, la constitution de réseau syndicaux internationaux se concentrant sur les enjeux de transition énergétique, ou la multiplication dans divers pays de campagnes « One Million Climate Jobs » est toutefois le signe encourageant que les lignes bougent. Tout comme l’est la prise en compte par les mouvements et organisations écologistes des questions d’emplois et de reconversion des salarié·e·s. Car les mouvements écologistes également ont une part de responsabilité d’un rendez vous trop longtemps manqué en ayant pour certains trop favorisé les « petits gestes » ou la supériorité des enjeux environnementaux pour l’humanité au mépris de la prise en compte des intérêts immédiats des salarié·e·s.

Construire la transition… tous ensemble ?

Certes, il n’y aura pas d’emplois sur une planète morte. Mais il n’y aura pas de transition juste si celle-ci laisse de côté les ouvriers et ouvrières des industries fortement émettrices de CO2 ou les travailleurs des centrales nucléaires. Entre la création de nombreux emplois promise par l’émergence des secteurs de la transition et la disparition des centaines de milliers d’autres au sein des secteurs fortement émetteurs de CO2, que se passe t-il pour les salarié·e·s ?

Notre campagne doit faire de la reconversion sociale des secteurs concernés par la transition un enjeu fondamental des transformations à opérer. Les salarié·e·s ne peuvent être mis devant le fait accompli. Zéro chômeur climatique implique une anticipation des restructurations pour que la transition écologique ne laisse personne, si ce n’est les actionnaires, au bord de la route. Au delà des créations d’emploi, c’est donc la question de nouvelles protections pour les salarié·e·s qui se pose. Une protection collective implique de ne pas s’engager dans les dispositifs d’inspiration sociale libérale où le droit serait attaché à la personne dont la traduction récente est le compte personnalisé d’activité (CPA). Ce droit présente la particularité juridique d’être directement « attaché au travailleur et non pas à l’emploi ou au statut de salarié ». Il vise en fait à « équiper les individus » en « capital professionnel » face à un marché du travail. Ce projet laisse le salarié, une fois doté de son « capital professionne », seul sur le marché du travail. Et à sa propre « responsabilit » le cas échéant, l’incapacité à obtenir un nouvel emploi. Au contraire, nous pouvons nous inspirer des propositions existantes de Solidaires, de la CGT ou de la FSU d’une véritable « sécurité sociale professionnelle » ou d’un « statut du salarié », les noms important peu tant les principes sont proches. Le principe de continuité du salaire et des droits sociaux s’oppose à la notion sociale libérale de droits individuels transférables. C’est l’ensemble des droits dépendant de sa qualification qui sont maintenus. Le(la) salarié(e) devrait recevoir le salaire correspondant à cette qualification, qu’il(elle) soit en situation d’emploi immédiatement productif, en formation, ou en recherche d’emploi. La création d’un fonds national interprofessionnel et mutualisé assurerait le financement de ce « statut de vie sociale et professionnelle » et serait financé par les cotisations sociales, nécessitant une nouvelle répartition des richesses [3].

Créer un million d’emplois pour le climat ne résoudra pas un chômage et une précarité qui en France touche 9 millions de personnes. Une telle mesure devrait s’accompagner d’une réduction massive du temps de travail et de nouvelles garanties collectives pour lutter contre la précarité. Mais elle permettrait à coup sûr d’engager la dynamique de la transition écologique, et peut s’avérer utile pour travailler la convergence. Sommes-nous capables ensemble de défendre une sécurité sociale professionnelle et la reconversion nécessaire de certains secteurs industriels ? Sommes-nous aussi capables de poser la question, ensemble, mouvement syndical, altermondialiste et mouvement écologiste, de la nature des emplois mais également du statut des travailleurs (emplois précaires ou emplois garantis et protégés) ? De défendre ensemble des travailleurs/euses qui s’opposent à la fermeture de leur entreprise automobile tout en acceptant de poser la question de la nature de la production. Potentiellement, c’est une campagne ambitieuse qui pose des questions remettant en cause le système : qui décide de produire et quoi produire ? Le « marché » ou les travailleurs et les citoyens ? Comment produire ?Comment financer la transition et qui paye ? Tout le monde ou les pollueurs et exploiteurs ?

Cette campagne peut permettre de poser ces questions en partant de problèmes immédiats et concrets, il s’agit de défendre les intérêts immédiats des salarié·e·s et de dessiner les contours d’un projet de société alternatif, d’autres mondes possibles. Il s’agit donc dans cette campagne de « tenir les deux bouts » de manière cohérente : la lutte quotidienne, dans le très court terme, contre la violence sociale du capitalisme, et la transformation de fond en comble de la société. Pour « tenir ces deux bouts », le cadre de la plateforme unitaire avec ses productions est un point d’appui : le rapport par exemple est utile pour cadrer et engager le débat, un support pour organiser des réunions publiques. Nous devons favoriser la confrontation, discuter des revendications des un·e·s et des autres, des problèmes et difficultés rencontrés, faire un travail de convictions auprès de militant·e·s et de syndicats.

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