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[TRIBUNE] Non au gaz fossile et au nucléaire dans la taxonomie européenne !

mardi 5 juillet 2022, par Collectif

Mercredi, les député·es européen·nes voteront pour ou contre l’inclusion du gaz fossile et du nucléaire dans la taxonomie européenne. Cette inclusion serait une erreur pour le climat mais aussi une « une mine d’or » pour le régime de V. Poutine.

La taxonomie européenne. Derrière ce nom qui possède ce qu’il faut d’aridité pour susciter un vague désintérêt, se cache un outil crucial pour notre avenir, au cœur d’une véritable saga dont le dénouement est prévu le 6 juillet à Strasbourg lors d’un vote qui se tiendra sur fond d’actualité des atrocités de la guerre en Ukraine.

A l’origine, la taxonomie européenne est un outil qui a pour objectif d’accélérer la transition énergétique en validant une liste d’activités jugées adaptées pour faire face à l’urgence climatique tout en protégeant l’environnement et la population. Elle constitue une sorte de catalogue à destination des financeurs privés qui souhaitent investir leur argent au service de l’intérêt général. Mais cet outil, pour l’instant vertueux et nécessaire pour la transition énergétique, est en passe d’être dévoyé.

La taxonomie pourrait notamment renforcer la dépendance énergétique de l’Union européenne (UE) à la Russie et rapporter des milliards au régime de Vladimir Poutine. Les premières discussions intenses au niveau européen sur la taxonomie ont finalement porté leurs fruits le 9 décembre 2021 avec la publication d’une liste d’activités labellisées.

De l’influence de la Russie

Cependant, les lobbies, insatisfaits du contenu de cette première liste, ont usé de leur influence auprès de la Commission européenne jusqu’à aboutir à la publication, le 2 février 2022, d’un acte délégué complémentaire (une sorte d’amendement à cette liste) proposant l’inclusion du nucléaire et du gaz fossile dans la taxonomie verte. Ces « étrennes » offertes aux industries fossiles et fissiles sont le résultat de pressions exercées ouvertement par une alliance de pays européens pronucléaires et pro-gaz, fédérée par la France.

Mais derrière ces intérêts affichés se cachent aussi ceux de la Russie, à travers des représentants de ses industries gazière, pétrolière et nucléaire, qui ont mené une activité intensive de lobbying pour faire inclure le gaz fossile et le nucléaire dans la taxonomie européenne et voir ainsi leurs bénéfices gonfler de plusieurs milliards, selon un rapport publié récemment par Greenpeace France.

Suite aux révélations concernant l’influence russe dans le dossier de la taxonomie européenne, Roberta Metsola, la présidente du Parlement européen a annoncé le 3 juin que « les représentants des entreprises russes ne sont désormais plus autorisés à entrer dans l’enceinte du Parlement européen ». Non seulement il minerait tout effort déployé par l’Union européenne pour s’affranchir de la Russie, mais il pourrait s’avérer une véritable mine d’or pour cette dernière.

La taxonomie un outil de paix ou de guerre ?

En favorisant les investissements dans le gaz et le nucléaire, l’acte délégué de la Commission européenne pourrait bénéficier à la Russie à hauteur de plusieurs milliards d’euros par an dans les prochaines années. Selon le ministre russe de l’énergie lui-même, Nikolai Shulginov, le nouvel acte délégué de la taxonomie de l’UE apporterait « une série d’opportunités » à la Russie.

Les exportations de combustibles fossiles sont un élément-clé du renforcement militaire de la Russie et de son agression brutale contre l’Ukraine. Au cours des deux premiers mois de la guerre en Ukraine, on estime que l’Union européenne a payé à la Russie une facture de 44 milliards d’euros pour les énergies fossiles. De même, la construction de nouvelles centrales nucléaires par Rosatom renforce les liens économiques entre le fournisseur russe et les pays clients européens pour les décennies à venir, avec un effet comparable à celui d’un gazoduc.

Le gaz fossile et le nucléaire sont des armes géopolitiques utilisées par Vladimir Poutine pour instaurer une relation de dépendance à la Russie – énergétique, militaire et financière – et asseoir son emprise sur la politique énergétique de l’Europe. La taxonomie européenne sera-t-elle un outil de paix ou un outil de guerre ?

En solidarité avec le peuple ukrainien

Le choix est entre les mains des parlementaires européens. Le vote aura lieu lors de l’assemblée plénière de la semaine du 4 juillet à Strasbourg. Nous y serons aussi. En masse. Nous serons là pour leur rappeler que le Parlement européen ne doit pas être la marionnette des lobbies russes au service de Vladimir Poutine.

Nous serons là pour leur dire que les milliards d’euros de fonds privés que va drainer la taxonomie doivent être fléchés sur les énergies de paix – les énergies renouvelables associées à des économies d’énergie – qui permettent notre indépendance énergétique. Nous serons là par solidarité avec le peuple ukrainien.

Lors d’un vote intermédiaire le 14 juin 2022, une majorité des parlementaires européens se sont exprimés clairement en faveur de la paix et du climat. Nous les exhortons à suivre cette indication : pour la paix, l’Ukraine et l’Europe, il faut rejeter l’inclusion du nucléaire et du gaz fossile dans la taxonomie lors du vote au Parlement européen.

P.-S.

Les premiers signataires de cette tribune sont : Pauline Boyer, chargée de campagne transition énergétique, Greenpeace France ; Jérémie Chomette, directeur général de la Fondation Danielle-Mitterrand ; Annick Coupé, porte-parole d’Attac France ; Morgane Créach, directrice Réseau Action Climat France ; Clémence Dubois, responsable France pour 350.org ; Romain Dussault, animateur de Bizi ! ; Zoé Mary, porte-parole d’Action non violente COP 21 ; Jessye Mouangué, T & E sustainable finance officer, European Federation for Transport and Environment ; Elodie Nace, porte-parole d’Alternatiba ; Lorette Philippot, chargée de campagne, Les Amis de la Terre France : Julien Robillard, coprésident de CLER, réseau pour la transition énergétique ; Paul Schreiber, chargé de campagne Reclaim Finance ; Arnaud Schwartz, président de France Environnement ; Jérémie Suissa, délégué général de Notre affaire à tous.

Une tribune publiée sur Le Monde - Photo : Claire Jaillard - Greenpeace ©

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