La finance doit être au service de la société pendant la crise du coronavirus – elle ne doit pas participer à aggraver la crise

vendredi 3 avril 2020, par openDemocracy

Les excès viraux de la finance sont responsables de la volatilité actuelle du marché. Des mesures sévères devraient être prises afin que la finance serve l’intérêt général.

Maintenant que les marchés financiers sont dans la tourmente, les autorités prennent des mesures plus fortes que jamais et injectent des capitaux supplémentaires. Mais la panique sur les marchés financiers est causée par les marchés financiers eux-mêmes. Le secteur financier a réussi à s’opposer farouchement pendant des années aux interventions externes et aux règlementations qui auraient permis d’éviter le désarroi financier actuel. Les autorités doivent maintenant faire face à la faiblesse du cadre réglementaire qui en résulte et limiter les excès viraux du comportement de l’industrie financière. Plutôt que de fuir et d’attendre de voir ce qui va se passer, les acteurs financiers devraient investir dans des sociétés et des mesures qui combattent les retombées économiques négatives du coronavirus.

La réaction frénétique des marchés financiers au coronavirus - d’abord l’ignorance, et ensuite la fuite - est une conséquence logique des règles du jeu. La règlementation permet toujours l’achat et la vente à très court terme par tous types de spéculateurs - des traders très actifs, des vendeurs à court terme, des ordinateurs de trading informatisés, utilisant des algorithmes, des day-traders et des fonds d’investissement. Leurs transactions de vente et d’achat très rapides sont facilités par les courtiers en bourse, les bourses, les banques d’investissement et les market makers. Actuellement, dans cette période d’instabilité des marchés, certains empochent de très beaux bénéfices.

La faiblesse de la réglementation, le relâchement de la politique monétaire et des taux d’intérêt bas, combinés avec l’extrême liberté de mouvement des capitaux, ont permis à de nombreux investisseurs de réaliser des profits énormes au cours des années dernières. Ces profits pourraient maintenant être réinvestis et mis au travail. Les cinq grandes banques d’investissement américaines ont réalisé des profits de 118 milliards de dollars de bénéfices en 2018. Les secteur des fonds d’investissements a fait une bonne prise, avec par exemple BlackRock qui jouit d’un bénéfice net annuel de 4.48 milliards de dollars en gérant 7 000 milliards de dollars fin 2019. Le néerlandais Flow Traders, un high frequency trader et un market maker, ont fait un bénéfice de 53.1 millions d’euros en 2019 contre 160.9 millions d’euros en 2018.
Ces bénéfices proviennent de la prise de risques toujours plus élevés, à la recherche de rendements élevés. Quels sont les risques dans le système financier qui aggraveront les chocs de provision successifs, des chocs de la demande, des chocs financiers, des chocs pétroliers, des chocs sanitaire et des chocs économiques ?

Les risques et la création de bénéfice ont un prix

Beaucoup de sociétés ont été capables d’emprunter et d’émettre des obligations même si elles étaient à peine solvables, voire pas du tout ("des obligations à hauts risques », « obligations de pacotilles »)). Les investisseurs ont, avec impatience, acheté des obligations risquées attirés par leurs taux d’intérêt relativement hauts. Non seulement les banques se sont engagées dans ces prêts risqués, mais aussi des établissements non-bancaires avec beaucoup moins de réserves tampons pour faire face aux prêts non-productifs. La dette totale d’entreprise est montée à 13.5 trillions de dollars fin de 2019, le double par rapport à décembre 2008. Le non-remboursement de cette dette, quand l’économie entrera en récession, enverra des ondes de choc à travers le secteur financier. À cause des interconnexions à l’intérieur du système financier, l’endettement mondial des gouvernements, des ménages et des entreprises, évalué à plus de 253 trillions de dollars fin de 2019, pourrait se dégrader dangereusement et affecter l’économie.

Le secteur des fonds de placement de gestion d’actifs a rapidement augmenté pour atteindre plus de 66 000 milliards de dollars sous gestion en 2019, en étroite relation avec les marchés financiers. Les fonds d’investissement bien connus sont « passifs », ils suivent simplement les mouvements des marchés financiers à l’aide d’indices. La croissance récente des fonds est attribuable à l’intégration d’obligations risquées de sociétés et d’obligations d’État. Les fonds populaires (passifs) négociés en bourse (FNB) ont des actions qui peuvent être achetées et vendues immédiatement sur les bourses. Ainsi, lorsque les cours baissent sur les marchés boursiers, les cours des fonds et des FNB baissent et les investisseurs les vendent massivement.

Les experts ont averti que les gestionnaires de fonds d’investissement devront vendre encore plus des d’actions et d’obligations (d’État et/ou de société) parmi les millions qu’ils détiennent collectivement, en épuisant leurs réserves et en aggravant la spirale des prix, qui est interconnectée, à la baisse vers des prix irrationnellement bas. Un aspect négligé est que les gestionnaires de fonds d’investissement ont, au fil des ans, pressé les sociétés d’augmenter leurs profits, souvent aux dépens de la protection sociale et environnementale et du paiement des impôts. Cela a entraîné des inégalités croissantes et miné les services publics, ce qui entrave maintenant le filet de sécurité social pour contrer la pandémie de coronavirus.

Ces risques jouent déjà un rôle dans les ventes actuelles, mais qui sont les victimes ?
Premièrement, les investisseurs à long terme tels que les fonds de pension avec les (futurses) retraites des employés et des travailleurs. Deuxièmement, les épargnants qui ne reçoivent aucun intérêt ou qui ont été conseillés de placer leurs économies sur les marchés financiers, en particulier les fonds d’investissement. Troisièmement, le personnel des entreprises qui sont trop endettées et les PME qui ont peu de réserves.

La plus grande douleur sera probablement ressentie par les gens des marchés émergents et des pays en développement qui portaient déjà un lourd fardeau de la dette. Ces pays sont maintenant confrontés à la spéculation monétaire et à la dépréciation des devises, à la baisse des prix des produits de base, à l’effondrement des marchés financiers et aux cessions d’obligations en raison des énormes sorties financières de la part des investisseurs étrangers. Ils avaient attiré des investisseurs à risque avec des obligations à taux d’intérêt élevé et un engagement en faveur de la libre circulation des capitaux. Mais maintenant, ils peuvent difficilement défendre leurs devises avec les réserves de change qu’ils ont.

L’Argentine, par exemple, a vu son peso diminuer encore plus, détériorant sa dette libellée en dollars non remboursables et son énorme impact socio-économique. La question est de savoir si les soi-disant « fonds vautours » (pour la plupart des fonds spéculatifs) sont maintenant en train d’amasser des obligations des pays en développement à des prix artificiellement bas, pour poursuivre plus tard ces pays en justice afin de leur imposer un remboursement en totalité, comme cela s’est produit dans le passé.

Des mesures plus drastiques pour le secteur financier

Fait intéressant, l’autorité financière indonésienne a pris des mesures en améliorant les règles pour mettre fin aux ventes excessives sur les marchés financiers et en interdisant la spéculation sur la chute des cours des actions (vente à découvert, qui est maintenant interdite dans d’autres pays). Les marchés boursiers américains ont fortement augmenté le vendredi 13 mars après que le président américain a annoncé une urgence nationale (!) et une injection financière de 50 milliards de dollars. Mais les baisses de taux ultérieures de la banque centrale américaine et l’achat d’obligations et de titres n’ont pas calmé les marchés financiers mondiaux. Il n’avait pas permis d’enrayer la crainte de problèmes dans les parties moins visibles du système qui pourraient entraîner une crise des liquidités et un effondrement du crédit.

Les autorités financières occidentales devraient également prendre d’autres mesures drastiques : arrêter le trading à haute fréquence, le trading automatique et même l’ensemble du trading lié à l’actuelle situation de panique, ainsi que l’interdiction de la vente à découvert, prêts de titres et tous les acteurs financiers qui ont des activités purement spéculatives, socialement inutiles. Alors que les gens sont entravés dans leurs mouvements, les banques centrales devraient arrêter les mouvements spéculatifs et la fuite des capitaux, en introduisant intelligemment des contrôles de ces capitaux. Ce qui est inquiétant, c’est que les autorités de surveillance de l’UE ont décidé d’assouplir la réglementation des banques, qui est un peu plus stricte – c’est à dire plus résistante aux crises – que les règles du marché financier.

Les décideurs doivent protéger l’intérêt public. Malgré les sommets du G20 et du G7 tenus en grande pompe dans le passé, ils n’ont pas réussi à se coordonner lorsque les marchés financiers ont eu un comportement grégaire lors de la propagation du coronavirus, Les premières déclarations, faibles, conjointes des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du G20 et du G7 n’ont eu aucun effet. Imaginez s’ils devaient instaurer immédiatement une taxe sur les transactions financières, ce qui ralentirait les transactions spéculatives excessives et permettrait de percevoir d’énormes sommes d’argent dans les caisses publiques.

De nombreux gros investisseurs qui ont vendu leurs actions, leurs obligations ou leurs fonds d’investissement ont mis beaucoup d’argent de côté et ont des liquidités disponibles. Dans les circonstances actuelles, les mesures des banques centrales peuvent ne pas être une réponse suffisante et elles ne devraient pas donner la priorité aux marchés financiers spéculatifs. Une action gouvernementale ciblée pour renforcer l’économie et la société a d’abord besoin de beaucoup plus de ressources financières. Des mesures extraordinaires devraient orienter immédiatement les fonds privés qui dorment vers les entreprises et les projets qui font face à la crise de la santé et au ralentissement économique. Les instances financières doivent subordonner les aides au financement de ceux qui en ont le plus besoin en raison de la crise. Un impôt coronavirus sur la fortune pourrait financer les services publics et le soutien public aux personnes durement touchées par la crise (par ex., travailleurs temporaires ou saisonniers, les PME).

La crise du COVID-19 est une leçon et une opportunité de repenser et de re-réglementer rapidement le secteur financier vers une transition de l’économie juste et respectueuse du climat, et non de la spéculation. Le secteur financier doit servir la société au moment et à l’endroit où elle en a besoin, et non la destabiliser.

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