Pour une loi intégrale — et sociale — contre les violences sexistes et sexuelles

vendredi 3 juillet 2026, par Attac France, Espace Féminismes d’Attac

Attac France appelle à la mobilisation du 4 juillet pour une loi intégrale contre les violences sexuelles. Ces enjeux ne peuvent cependant être dissociés de la question sociale. La loi intégrale peut donner les outils pour en finir avec l’impunité des agresseurs. Mais nous devons redoubler de vigilance et d’intransigeance sur les conditions sociales et féministes dans lesquelles cette loi est débattue. Le RN veut récupérer ce débat sous l’angle exclusivement pénal, les macronistes tentent de faire oublier le bilan désastreux du gouvernement sur le sujet comme sur bien d’autres.

Les résultats obtenus en Espagne avec une loi-cadre ambitieuse permettent d’imaginer ce qu’une réforme similaire pourrait produire en France dans la réduction des violences sexistes et sexuelles (VSS). Il y a urgence : bien des femmes, des minorités de genre et des enfants en danger imminent, notamment les plus vulnérables, ne peuvent attendre. « 103 féminicides ont été commis en 2023 par un conjoint ou un ex-conjoint ; 213 000 femmes sont victimes de violences au sein du couple ; 94 000 viols ou tentatives de viol ont lieu chaque année, dont 8 000 au travail ; 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, majoritairement au sein de la famille ; et 94% des affaires de viol ont été classées sans suite en 2021 » [1].

Ces chiffres relèvent d’un système profondément défaillant et d’une impunité structurelle. #MeToo a mis au grand jour ces violences ; les scandales se multiplient, de Gisèle Pelicot à l’affaire Lyhanna, en passant par les affaires Bruel ou Abittan.
Cette situation est rendue possible par le patriarcat et le capitalisme, et par l’insuffisance criante du cadre législatif actuel. Les textes existants sont incomplets et inadaptés aux réalités de ces violences. Le nombre de victimes, les classements sans suite et la faiblesse des réponses judiciaires sont les symptômes d’un système politique persistant refusant de répondre aux mobilisations féministes depuis des années sur ces enjeux.

«  Mais ce projet est loin d’être satisfaisant  » : comme nous l’abordions dans le dossier spécial VSS du Lignes d’Attac de janvier 2026, « rien n’est gagné et la coalition reste vigilante à ce que ces propositions ne soient pas morcelées ». Le RN instrumentalise le sujet par exemple en promouvant une réponse exclusivement répressive. À l’image de la tentative de justice expéditive de Darmanin, les macronistes sont capables de vider la loi de son efficacité et de son sens politique vu leur propension à saboter tout ce qui contrarierait leur obsession néolibérale tels que les moyens budgétaires, ou la prise en compte effective des enjeux de discriminations économiques, de genre, raciales, d’orientation sexuelle ou bien encore liées au handicap.

Parce qu’il existe un angle mort sur les conditions de réussite de cette loi : la question sociale. Ou plutôt anticapitaliste. Lorsque nous avons initié les Rosies pendant les mobilisations contre la réforme des retraites, nous répétions que “le féminisme sans lutte des classes, c’est du développement personnel” : c’était pour rappeler le caractère sexiste des politiques antisociales menées par les gouvernements Macron.

Les femmes et les personnes minorisées sont en première ligne des attaques contre la protection sociale et les services publics [2].
L’austérité budgétaire, la casse des droits sociaux et le démantèlement des solidarités aggravent directement l’exposition aux VSS.
Les violences sociales et les violences sexuelles sont les deux faces d’une même médaille [3].

Pour les femmes et minorités de genre, précaires, salariées mal payées, mères isolées, racisées, en situation de prostitution, migrantes, en situation de handicap, les possibilités d’autonomie financière et donc d’émancipation sont très limitées. La très grande majorité des femmes n’ont ni fortune ni patrimoine. Des salaires plus bas que les hommes, des métiers totalement dévalorisés, des carrières moins rémunératrices du fait des enfants, du plafond de verre, des retraites inférieures de 40 % à celles des hommes... À ces inégalités massives s’ajoutent les attaques contre les services publics, le chômage, les APL, le RSA, les allocations, les retraites, la santé, les centres IVG, les associations, les maternités et les crèches... Or les violences économiques décuplent l’exposition aux violences sexistes et sexuelles [4] .

Il faut effectivement une réforme d’ampleur pour lutter contre les VSS, assortie des moyens budgétaires conséquents (les 3 milliards réclamés depuis des années). Il faut une stratégie de prévention, d’éducation massive et structurelle, en croisant les enjeux liés à la condition sociale, économique et aux discriminations. Et donc, lutter contre les VSS et viser leur éradication va de pair avec les luttes contre les réformes libérales qui cassent notre modèle social, et fragilisent encore davantage les femmes et les enfants dans cette société patriarcale, d’oppressions et de dominations.