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Les assistés ne sont pas ceux que l’on croit

dimanche 3 avril 2022, par Attac France, Raphael Pradeau

Emmanuel Macron et les autres candidats des inégalités comme Valérie Pécresse, Marine Le Pen et Eric Zemmour, ne cessent de stigmatiser les plus précaires, soupçonnés d’être des assistés oisifs payés à ne rien faire.

Cela se traduit par la proposition de Macron et Pécresse de transformer le RSA en une forme de travail forcé, en conditionnant l’octroi de ce minima social à un travail de 15h à 20h par semaine ; cela se traduit aussi par la focalisation sur la lutte contre la fraude aux prestations sociales, comme si les maux des français s’expliquaient par le fait que personnes précaires reçoivent des allocations auxquels elles n’ont pas droit ; cela se traduit encore par la volonté de Macron ou Pécresse de durcir encore l’accès aux allocations-chômage.

Par cette action nous voulons renverser le raisonnement. Au lieu de conditionner le RSA à une activité ou de restreindre encore les droits des chômeurs et les traquer davantage, il faut s’attaquer aux vrais assistés !

En effet les milliardaires sont sans cesse présentés comme des personnes méritantes qui se sont enrichies grâce à leur travail et leurs efforts, bref leur mérite, mais cette belle histoire cache une toute autre réalité.

Des milliardaires gavés d’aides publiques

Cela s’est notamment manifesté pendant la crise sanitaire où la politique du « quoiqu’il en coûte » a donné lieu à des milliards d’euros d’aides publiques reçues par les entreprises du CAC 40 sans aucune condition environnementale, fiscale et sociale.

Comme l’ont montré les rapports « Allo Bercy » de l’Observatoire des multinationales, ces aides publiques massives sont à l’origine des records de bénéfices pour les entreprises du CAC 40. Ainsi, en 2021, les multinationales du CAC 40 ont accumulé 160 milliards d’euros de bénéfice, selon Les Echos, le journal appartenant à Bernard Arnault soulignant qu’il s’agit là d’un nouveau record de profits, « dépassant de plus de 60 % son précédent pic de 2007 ».

Qu’ont fait les entreprises de ces bénéfices records ? Cela n’a pas entraîné de créations d’emplois ou d’investissements supplémentaires, mais a contribué à l’enrichissement indécent des actionnaires et des milliardaires. En effet, en 2021, les entreprises du CAC 40 ont versé plus de 51 milliards d’euros à leurs actionnaires, sous formes de dividendes ou de rachats d’actions. Or nous savons que les actions sont détenues de façon très inégalitaire par les plus riches et que cela a donc contribué à l’enrichissement indécent des milliardaires constaté depuis le début de la pandémie, comme l’a montré Oxfam.
Il est donc temps de réfléchir à faire rembourser les entreprises du CAC 40 qui ont utilisé les aides publiques pour augmenter la rémunération de leurs actionnaires plutôt que d’investir et/ou d’embaucher.

Pourtant les candidats des inégalités proposent d’approfondir cette logique en baissant encore les impôts de production, comme le demande le Medef, alors que les précédentes baisses d’impôts de production durant le quinquennat Macron ont été surtout captées par les grandes entreprises, alors que l’impôt sur les sociétés est passé de 33,3 % à 25% entre 2017 et 2022, alors que le CICE puis sa transformation en baisse des cotisations sociales patronales a déjà constitué une aide importantes pour les entreprises et leurs actionnaires.

Des milliardaires héritiers

Pour justifier la fortune indécente des milliardaires, on nous explique régulièrement que les « premiers de cordée » ont un incroyable talent, prennent des risques et que leur rémunération reflète leur mérite. Or,  quel est leur mérite alors que 80% des milliardaires français sont des héritiers selon Forbes ? Le mythe du self made man dont la fortune est le reflet de son talent ne tient pas quand on sait que la France est le pays qui compte le plus d’héritiers parmi ses milliardaires. Ainsi, quels sont les mérites de Françoise Bettencourt, Arnaud Lagardère ou des frères Dassault si ce n’est d’être bien nés ?

Plus généralement, une récente note du Conseil d’analyse économique alertait sur le fait que la France est en train de redevenir la « société d’héritiers » qu’elle était avant la Première Guerre Mondiale et la mise en place d’impôts progressifs : « La part des 1 % les plus riches dans le patrimoine total est ainsi passée de 15 % à 25 %, entre 1985 et 2015, et la fortune héritée en représente désormais 60 %, contre 35 % au début des années 1970. L’héritage moyen des 0,1 % les plus riches représente 180 fois l’héritage médian en France, qui s’élève à 70 000 euros ».

Alors qu’Emmanuel Macron et les autres candidats des inégalités veulent tous réduire les droits de succession en nous faisant croire que cela profiterait aux classes moyennes et populaires, il faut rappeler que 85% à 90% des héritages ne donnent lieu à aucun impôt : réduire les droits de succession ne profiterait qu’à ceux qui ont un important patrimoine à transmettre. Il faut au contraire réhabiliter les droits de succession et de donation.

Des milliardaires échappant à l’impôt

Ces dernières années ont été marquées par une stigmatisation des plus précaires, accusés d’être des assistés préférant ne pas travailler, voire d’être des fraudeurs. Ainsi, les moyens pour lutter contre la fraude aux prestations sociales ont été considérablement renforcés. Cela s’est traduit par exemple par la possibilité donnée aux agents de Pôle Emploi de contrôler le patrimoine des chômeurs. Pourtant, la fraude aux prestations sociales représente 1 à 3 milliards d’euros, contre 80 à 100 milliards pour la fraude et l’évasion fiscales. De plus, le non recours aux aides sociales représente 10 milliards d’euros par an.

Au lieu de traquer les plus précaires, il faut traquer les plus riches pour qu’ils cessent de pratiquer l’évasion fiscale et payent enfin leur juste part d’impôt ! Les récents scandales fiscaux (OpenLux, Pandora Papers...) ont rappelé que l’évasion fiscale est un sport de riches. Ainsi, OpenLux a révélé comment les familles Arnault, Hermès, Bettencourt, Pinault, Mulliez, Dassault... utilisent le Luxembourg pour échapper à l’impôt. Parmi les 50 familles les plus riches de France, 37 ont une présence au Luxembourg et détiennent 535 sociétés luxembourgeoises.

Faire payer leur juste part d’impôt aux plus riches suppose de :

  • 1. renforcer les moyens humains et financiers du contrôle fiscal, alors que le gouvernement ne cesse de supprimer des emplois à la DGFIP (pour en savoir plus, consultez notre rapport Fraude fiscale, sociale, aux prestations sociales : Ne pas se tromper de cible),
  • 2. rétablir et restaurer l’ISF,
  • 3. rétablir la progressivité de l’imposition des revenus financiers en supprimant la flat tax (le comité d’évaluation des réformes de la fiscalité du capital ont montré que la suppression de l’ISF et la flat tax n’ont eu aucun effet sur l’emploi ou l’investissement mais ont creusé les inégalités en faveur des plus riches, notamment via la hausse des dividendes).

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