Sur mandat des États-membres de l’Union européenne, dont la France, la Commission vient d’annoncer la conclusion d’un nouvel accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie. Après être passée en force pour enclencher l’application provisoire de l’accord UE-Mercosur, elle s’obstine à poursuivre la libéralisation des marchés malgré les vives oppositions exprimées, au détriment des peuples, du climat et des filières agricoles les plus fragiles. Le collectif national Stop Mercosur dénonce un nouvel accord de libre-échange destructeur : cette fuite en avant conduit l’UE droit dans le mur.
Après l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur qui pourrait être appliqué à titre provisoire à compter du 1er mai, sans que le Parlement européen ne se soit exprimé sur le fond, la Commission européenne, sur mandat des 27 États-membres de l’UE, dont la France, vient d’annoncer avoir conclu un nouveau traité qui s’inscrit dans la même logique : les filières agricoles les plus fragiles servent de monnaie d’échange pour mettre la main sur des matières premières et exporter des voitures.
C’est un « Mercosur bis » qui montre que la Commission européenne ne tient toujours aucun compte des nombreuses critiques exprimées tout au long du processus de conclusion et de ratification de l’accord UE-Mercosur : rien ne justifie de sacrifier des filières agricoles déjà fragilisées pour imaginer gagner des parts de marché dans l’industrie ou les services, tout en bradant les régulations écologiques, sociales ou alimentaires.
Le collectif Stop Mercosur dénonce un accord qui va :
- accentuer la concurrence déloyale pour les agriculteurs et agricultrices européennes, déjà fragilisées ;
- encourager des modèles agricoles intensifs et exportateurs, incompatibles avec les objectifs climatiques et de protection de la biodiversité ;
- participer à l’augmentation des émissions liées au transport international de marchandises ;
- affaiblir encore la capacité des États à réguler dans l’intérêt général.
Comme pour le Mercosur, cet accord a été négocié dans l’opacité la plus totale et sans véritable contrôle démocratique, alors même qu’il engage l’avenir de millions de citoyennes et citoyens. Pourquoi la Commission européenne n’a-t-elle jamais publié le mandat de négociations ? Pourquoi la France n’a-t-elle jamais exigé la publication de ce mandat ? Pourquoi la France a-t-elle laissé ces négociations se poursuivre sans ne jamais rien exiger pour en changer le contenu ?
Malgré une contestation sociale et politique grandissante partout en Europe, et alors que les crises climatique, agricole et démocratique exigent un changement de cap, l’Union européenne persiste dans une stratégie commerciale erronée, visant la seule expansion des échanges.
Le collectif Stop Mercosur appelle :
- le gouvernement français à s’opposer fermement à cet accord et à refuser toute ratification ;
- les parlementaires européens à bloquer ce traité ;
- les citoyennes et citoyens à se mobiliser pour exiger une autre politique commerciale, fondée sur la justice sociale, la relocalisation des productions et la protection de l’environnement.
Réaction de membres du collectif national Stop Mercosur
Pour Fanny Métrat de la Confédération paysanne : "La colère est immense face à l’irresponsabilité de la Commission européenne qui continue à saper notre souveraineté alimentaire. Cela relève de la folie pure. Nous ne pouvons accepter la mise en concurrence permanente des paysannes et paysans du monde entier au détriment de nos fermes, de notre alimentation et du climat. En tant qu’éleveuse ovine, un tel contingent va venir encore détruire davantage la filière ovine en France, pourtant vitale pour l’économie de nombreux territoires".
Pour Maxime Combes, économiste à l’Aitec et co-animateur du collectif national contre les accords de libre-échange : "Après être passée en force sur l’accord UE-Mercosur, l’accord le plus nocif et le plus contesté de l’histoire de l’UE, la Commission européenne s’entête à vouloir insérer toujours plus d’emplois, d’entreprises et d’activités sur les marchés internationaux, aggravant d’autant nos dépendances qui sont autant de fragilités dans un monde tel que celui que nous connaissons, traversé par des guerres, des tensions géopolitiques et des incertitudes systémiques".
Pour Youlie Yamamoto, porte-parole d’Attac France : "Encore une fois, la Commission s’affranchit de toute légitimité démocratique. Choisir le marché plutôt que l’intérêt général, en ces temps de crises multiples et de guerres est irresponsable. Multiplier les accords de libre-échange avec des pays très éloignés (Mercosur, Australie...) ne peut que générer une hausse du transport et des émissions de gaz à effets de serre qui en découlent, alors même que le dérèglement climatique devrait imposer une réduction des émissions de GES, comme la France et l’UE s’y sont pourtant engagées. Cette fuite en avant du nivellement par le bas des normes sociales et environnementales, qui ne profite qu’aux multinationales, doit cesser. Notre détermination pour la justice sociale et écologique reste sans faille."

