Appel de l’AES - Marches du 26 septembre : on veut vivre !

jeudi 24 septembre 2026, par Alliance Ecologique et Sociale

Après l’été que nous venons de vivre, la résistance est nécessaire. L’Alliance écologique et sociale (AES) appelle aux manifestations qui s’organisent dans toute la France le samedi 26 septembre pour exiger des mesures fortes d’adaptation et d’atténuation du dérèglement climatique.

Six leçons des canicules

Les canicules des derniers mois ne sont que la conséquence d’un système économique et productif qui a mis les énergies fossiles au cœur de son développement. Elles ne sont pas le fruit des aléas de la météo, ni, d’ailleurs, une fatalité : elles sont le résultat de choix politiques dans un monde capitaliste qu’il est donc possible et nécessaire de changer. Nous payons ainsi le prix de décennies d’investissements dans les énergies fossiles, mais ce prix n’est pas le même pour toutes.

En effet, deuxième enseignement : les événements de cet été ont aussi confirmé que les inégalités face aux effets des dérèglements climatiques démultiplient les inégalités sociales. En matière de protection et d’adaptation, les classes sociales les plus aisées peuvent faire face, avoir recours à des systèmes de climatisation… tandis que les plus pauvres sont condamnées à subir les mauvaises conditions de logement, en particulier dans les villes où la bétonisation accentue les effets de la canicule.

La troisième leçon des canicules, c’est que ces phénomènes climatiques ont des effets dévastateurs sur les conditions de travail, à la fois dans les métiers les plus pénibles, en extérieur (Bâtiment et Travaux publics, agriculture…), mais aussi dans l’industrie et dans les services, y compris dans la fonction publique ou l’enseignement : bâtiments de travail inadaptés aux fortes chaleurs, transports en commun pour le travail extrêmement difficiles… Mais pour les employeurs privés ou publics, il ne fallait rien changer aux conditions, aux horaires ou au temps de travail ! Quant aux salariées des secteurs en première ligne, comme dans les hôpitaux ou parmi les pompierères, rien n’indique pour le moment des améliorations de conditions de travail et de rémunération.

Quatrième confirmation, notre santé, quel que soit notre âge, est menacée par les canicules. Les 8000 « mortes en excès » comptabilisées par Santé publique France ne disent pas tout des problèmes de santé, aussi bien physique que mentale, engendrés par les fortes chaleurs. Quant aux écosystèmes, ils ont été largement attaqués : mortalité animale en forte hausse, pertes agricoles, sécheresses, perte de biodiversité…

Cinquième constat, les canicules, comme le capitalisme, nous coûtent cher. S’il est difficile d’évaluer précisément les conséquences économiques des canicules (la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, évoquait 10 à 15 milliards d’euros début août), on constate les effets délétères dans certains secteurs, en premier lieu le tourisme et l’agriculture, ce qui, dans ce dernier cas, pèse à la fois sur les agriculteurices qui s’appauvrissent, et sur les consommateurices qui voient les prix s’envoler (+ 13% sur certains fruits et légumes d’été selon l’Insee).

Par ailleurs, la gestion de la canicule met en lumière les effets désastreux des choix budgétaires du gouvernement. Le fonds d’accélération de la transition écologique dans les territoires (ou fonds vert), créé en 2023 pour financer la transition écologique des collectivités locales, n’a jamais bénéficié d’investissements importants et a été de plus en plus réduit, jusqu’à atteindre son plus bas niveau à l’été 2026 avec 675 millions d’euros. Le gouvernement a beau jeu aujourd’hui de se vanter de porter ce fond à 1 milliard d’euros !

Dans la même logique, le gouvernement a amputé de 80% le plan d’urgence destiné à l’adaptation du bâti scolaire face aux vagues de chaleur, celui-ci passant de 50 millions d’euros en juillet, un montant déjà insuffisant, à 10 millions fin août. Ces choix budgétaires sont politiques et nous condamnent : ils privilégient de faramineux cadeaux fiscaux aux ultra-riches et aux grandes entreprises multinationales, celles et ceux-là même qui sont en grande partie responsables des dérèglements climatiques, au détriment des services publics, de la protection sociale ou de la bifurcation écologique.

La résistance avant la résilience

Face à nous, l’extrême droite, après des années de climato-scepticisme, tente de se rattraper en proposant uniquement des solutions techniques, essentiellement en matière de climatisation, sans considérer les effets induits en matière de surconsommation énergétique et de réchauffement. Elle manifeste ainsi son mépris pour des pans entiers du salariat qui travaille dans des lieux impossibles à climatiser : champs, chantiers, entrepôts logistiques par exemple.

L’indigence de ses propositions ainsi que sa défense des restrictions budgétaires, notamment dans les services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) et les agences de l’État en charge de la lutte contre les incendies, ou pour les dispositifs d’adaptation ou de prévention face aux risques naturels et aux dérèglements climatiques, son refus de toute mesure d’atténuation, illustrent une nouvelle fois les dangers du Rassemblement national. Son programme nous condamne à subir encore plus fortement les canicules à venir.

Quant aux libéraux qui sont au gouvernement, leurs priorités sont toujours les coupes budgétaires, massives dans le projet de loi de finances annoncé par le Premier Ministre, et la poursuite de projets qui vont nécessiter toujours plus d’énergie, comme les data centers nécessaires au développement de l’IA.

Face aux canicules et au dérèglement climatique, il ne suffit pas de parler d’adaptation ou de conseiller les bons gestes. Mais il faut combiner les réponses d’urgences et les transformations nécessaires pour une écologie protectrice. Si adaptation il doit y avoir, c’est une adaptation aux besoins sociaux et écologiques des populations. La priorité doit être donnée au soin du vivant, à la protection des personnes et des écosystèmes, à la justice sociale et environnementale, à la reconversion des entreprises dont la production est nuisible et dangereuse pour notre santé, à la défense des conditions de travail des salariées, à la garantie d’emploi et de revenu…

L’Alliance écologique et sociale défend une écologie protectrice du monde du travail et des plus précaires, qui dessine un avenir de progrès social et d’émancipation. Elle rendra prochainement publiques cinq mesures essentielles allant en ce sens.

Les canicules ne peuvent que renforcer notre détermination à changer ce système.