La délégation d’Attac France a fait le choix d’arriver en amont au Bénin afin de pouvoir faire des rencontres militantes spécifiques. Et avant même l’ouverture du Forum social mondial, nous avons a déjà connu de multiples rebondissements ! Cela commence par le travail acharné d’un camarade arrivé il y a trois semaines pour aider le secrétariat technique d’organisation (STO) et par la présence de deux camarades dans la caravane côtière avant que celle-ci ne soit expulsée vers le Togo. S’en sont suivie les réunions du Conseil international du FSM pour essayer de débloquer une situation qui remettait en cause la tenue-même du forum, les expulsions d’autres militantes à l’aéroport, les informations à échanger et actualiser avec les nombreuses délégations déjà présentes... n’avons jamais cessé d’être actifves ! Récit.
Dimanche 2 et lundi 3 août, entre mémoire de l’esclavage et luttes décoloniales
Une partie de la délégation d́’Attac s’est rendue à l’invitation de la coopérative de pêcheurs AMAPECH à Ouidah dans le cadre d’une activité co-organisée : « Un autre tourisme est possible » À ce jour, leur activité, leurs conditions d’existence et leur rapport au littoral sont mis en péril par une Marina et un projet de construction du Club Med. Sous couvert de développement touristique et d’attractivité économique, des multinationales continuent de s’approprier des terres et des espaces côtiers, au risque d’en exclure les populations qui y vivent et en prennent soin depuis des générations. De la Route des esclaves aux luttes actuelles des pêcheurs de Ouidah, les formes ont changé, mais une même question demeure : qui décide de l’avenir des territoires, qui en tire les profits et quelle place reste-t-il aux populations locales ?
C’est dans cet état d’esprit que nous avons profité de notre présence pour découvrir Ouidah, cité historique du Bénin qui fut, pendant plusieurs siècles, l’un des principaux ports de départ de la traite négrière transatlantique. La ville s’est aujourd’hui métamorphosée : les rues ont été pavées et les lieux de mémoire réaménagés. Mais sous cette transformation demeure une histoire d’une violence extrême. Nous avons emprunté une partie de la Route des esclaves, celle que parcouraient, enchaînées, des femmes, des hommes et des enfants arrachés à leurs terres avant d’être conduits vers les navires négriers. Sur cette route se trouve l’Arbre de l’Oubli. Selon la mémoire transmise autour de ce lieu, les hommes captifs étaient contraints d’en faire neuf fois le tour et les femmes sept fois. Ce rituel était censé leur faire oublier leur nom, leur famille, leur langue, leur culture et leurs ancêtres : après avoir pris possession de leurs corps, le système esclavagiste cherchait ainsi à effacer leur identité et à briser toute volonté de résistance.

Ouidah nous oblige également à regarder cette histoire dans toute sa complexité. Les personnes déportées étaient notamment des prisonnierères capturées lors de guerres et de razzias menées par le royaume du Dahomey et par d’autres pouvoirs ou intermédiaires africains. Elles étaient ensuite vendues aux négriers portugais, français, britanniques, hollandais ou danois, qui avaient organisé un immense commerce transatlantique pour fournir une main-d’œuvre servile aux plantations et enrichir les puissances coloniales européennes. Nommer le rôle de certaines élites africaines ne diminue en rien la responsabilité des États, des négriers et des intérêts économiques européens : cela permet de comprendre comment un système mondial de prédation a su s’appuyer sur des pouvoirs locaux pour transformer des êtres humains en marchandises.
Le parcours s’achève face à l’océan, devant la Porte du Non-Retour, symbole du départ définitif de celles et ceux qui furent déportées vers les Amériques et les Caraïbes. Pourtant, l’oubli recherché n’a jamais été total. Les langues, les spiritualités, les musiques, les gestes, la couleur comme le bleu outre mer et les résistances ont traversé l’Atlantique. Cette route ne raconte donc pas seulement la déportation et la mort : elle raconte également la survie des mémoires, la résistance et les liens indestructibles entre l’Afrique et ses diasporas.
Le Forum social mondial nous a également permis de rencontrer la délégation du Groupe d’Action Francophone pour l’Environnement (GAFE), ainsi que d’autres délégations haïtiennes. Ces échanges s’inscrivent dans la continuité de l’engagement d’Attac au sein de la Plateforme française de solidarité avec Haïti. Le GAFE nous a notamment présenté son analyse du déploiement en Haïti du programme européen Global Gateway, qui fait des transports, de l’énergie, des mines et de l’agroalimentaire des secteurs prioritaires d’investissement.
Derrière les promesses européennes d’investissements « durables », le GAFE alerte sur les risques d’une nouvelle offensive extractiviste dans un pays marqué par une profonde crise institutionnelle. L’accélération de la transition énergétique en Europe nourrit en effet une compétition mondiale pour l’accès aux minerais dits stratégiques. L’adoption concomitante d’un nouveau décret sur les activités minières en Haïti fait craindre que les ressources du pays soient mises au service des besoins industriels européens, au détriment des droits humains, de l’environnement et de la souveraineté du peuple haïtien. Ces échanges doivent maintenant connaître des prolongements concrets. Avec le GAFE et les autres organisations rencontrées, des mobilisations communes ont été évoquées ainsi que des actions d’interpellation auprès des institutions françaises et européennes. Il s’agit notamment d’exiger la transparence sur les projets envisagés, le respect du consentement des populations concernées et la primauté de leurs droits sur les intérêts des investisseurs. La transition énergétique européenne ne peut pas reposer sur une nouvelle dépossession des peuples du Sud ni reproduire, sous une apparence verte, les rapports coloniaux et extractivistes.
4 et 5 août - Changement d’ambiance
Alors que la tenue officielle du FSM n’était pas encore autorisée (https://france.attac.org/se-mobiliser/forum-social-mondial-2026/article/le-forum-social-mondial-2026-finalement-autorise-a-cotonoues des ateliers et assemblées diverses se sont tenues. Par exemple, nous étions nombreuxses à nous rendre à l’université malgré les rumeurs de fermeture de cette dernière. Ces journées, hors les règles (avec une peur de d’interventions policières) ont été riches de rencontres et d’échanges. Étudiantes, curieuxses de cette agitation inhabituelle en été, posaient de nombreuses questions. Nous avons pris un grand plaisir à échanger sur la fiscalité, le capitalisme, l’économie et aussi la répression des autoritarismes.

Des Béninois de la coopérative alimentaire de riz nous ont expliqué le circuit de production et de vente. Des étudiants bénévoles venus du Congo, polyglottes et bilingues, ont explique leurs démarches de venir au Bénin, proposer leur aide.
Nous avons aussi croisé des organisateurices du secrétariat avec les larmes aux yeux devant tout le travail préparé depuis de longs mois et qu’iels ne pouvaient mettre en œuvre. Des militantes de la délégation du Nigeria nous ont questionné sur la situation politique qui faisait que nous n’avions pas, officieusement, le droit d’être sur ce campus et qui souhaitait avoir des renseignements sur le prochain FSM et comment on pouvait candidater.
Et, en fin de journée, ENFIN, l’autorisation du FSM a été accordée !
Malgré les difficultés rencontrées, nous avons pu converser, expliquer, comprendre ce que les unes et les autres vivent. Nous reprenons maintenant nos activités avec des camarades des caravanes qui ont pu revenir et avec des camarades expulsées qui ont choisi de revenir avec l’aide de collectes financières.

