La monnaie hélicoptère : une fausse bonne idée

vendredi 17 juillet 2020, par Attac France, Plihon Dominique

L’hélicoptère monétaire est une image employée la première fois par l’économiste monétariste Milton Friedman en 1969 dans son livre « The optimum quantity of money ». Il y développait une métaphore : en situation de dépression économique, lorsque la demande est insuffisante et que les prix baissent, les autorités monétaires impriment des billets et les jettent par hélicoptère dans les rues. Les gens les ramassent et les dépensent, ce qui permet de relancer l’activité économique ainsi que la hausse des prix.

Longtemps considérée comme purement théorique, cette idée a été reprise récemment par certains économistes [1] et responsables monétaires. Ce fut le cas en 2002 de Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale (FED), la banque centrale des États-Unis, dans un contexte de ralentissement économique général. Puisqu’elle consiste à injecter de la monnaie nouvelle dans l’économie, l’idée a une parenté avec le quantitative easing (assouplissement monétaire) pratiqué depuis la crise de 2007-2008 par la FED, puis par les autres banques centrales, dont la Banque centrale européenne (BCE). Sauf que l’hélicoptère actuel des banques centrales est dirigé vers les banques ordinaires, les compagnies d’assurances, les fonds de pension et autres institutions financières, et non vers les individus ou les budgets publics. Cette politique de création monétaire a échoué à relancer l’économie dans la zone euro, car elle va de pair avec une politique d’austérité budgétaire, qui freine l’activité économique. Les liquidités injectées par les banques centrales tombent dans un puits sans fond, une trappe à liquidités disait Keynes, ou, pire, sont dirigées vers la spéculation qui gonfle les bulles financières.

Cette proposition d’hélicoptère monétaire a fait l’objet de plusieurs critiques [2] . La politique monétaire ne peut remplacer la politique budgétaire. Comme nous le voyons actuellement : la politique monétaire ne peut permettre à elle seule le rebond de l’activité économique. Politique monétaire et politique budgétaire sont deux instruments complémentaires de la politique économique qui doivent être coordonnées, ce qui n’est pas le cas dans le cadre des mécanismes de la zone euro.

Au-delà de cet argument, en quoi les choses changeraient-elles si la BCE distribuait quelques centaines d’euros par mois à chaque citoyen, d’où l’expression quantitative easing for people, parfois présenté comme une variante du revenu universel ? Le problème à résoudre resterait entier : comment affecter la monnaie au financement d’une production utile pour la société ? La pauvreté ne sera pas vaincue en lâchant des billets du ciel, mais en transformant la production, l’organisation du travail, le temps de travail et la répartition des revenus issus de la production.

D’autres critiques peuvent être adressées à cette proposition d’hélicoptère monétaire [3] :

  • Les ménages pourraient très bien décider d’épargner ou de thésauriser la monnaie reçue de la banque centrale. Dans ces conditions, l’effet sur la consommation serait nul ou marginal. Pour contrer ce risque, la monnaie pourrait être distribuée sous forme de bon d’achat à validité limitée. Mais même dans cette hypothèse, l’impact sur l’activité économique ne serait pas garanti.
  • Le surcroît de consommation engendré par la monnaie hélicoptère pourrait profiter avant tout aux produits importés hors zone euro. Dans ce cas, l’effet sur l’activité économique serait faible et sans doute insuffisant pour relancer l’inflation et la production.
  • Les gains générés par la relance de l’activité risqueraient par ailleurs de ne pas être répartis de façon optimale dans toute la zone euro. Il se pourrait en effet que les premiers bénéficiaires soient les pays les plus compétitifs qui verraient leur situation s’améliorer au détriment des autres.
  • Enfin, et c’est une limite très importante dans la période actuelle, la monnaie hélicoptère est une méthode aveugle de distribution de monnaie, qui n’est donc pas ciblée sur les besoins prioritaires, sociaux et écologiques.

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