G20 : Leur crise, nos solutions

mardi 27 septembre 2011, par AITEC, Attac France

Nos gouvernants, se raccrochent encore au mythe d’une croissance libre et non faussée s’appuyant sur un système financier tout-puissant moyennant quelques régulations de ses excès. Mais il est trop tard ! L’heure n’est plus à la simple régulation financière. Face à un ordre néolibéral en voie d’effondrement, des mesures radicales, permettant de promouvoir une Europe solidaire et un nouvel ordre économique mondial, sont aujourd’hui les seules réponses pertinentes devant l’échec du G20 et de l’Union européenne

Face à cette nouvelle étape de la crise et pour éviter un effondrement économique, trois mesures de rupture devraient être mises en place immédiatement en France et en Europe : • Le contrôle social des banques, dont certaines devront prochainement être recapitalisées par les pouvoirs publics ; • Un moratoire sur les intérêts de la dette conduisant à l’annulation des dettes illégitimes, causées par les cadeaux fiscaux aux entreprises et aux classes dominantes ; • Une taxe sur les transactions financières de 0,1 % pour enrayer la spéculation et dégager rapidement des marges de manœuvre financières. Au-delà de ces mesures de rupture, nous proposons un ensemble de solutions pour inverser radicalement le cours des événements et construire un nouvel ordre économique basé sur la justice sociale et environnementale. 

Ils sont vingt, nous sommes des milliards

Exigeons que les décisions qui concernent l’avenir du monde soient prises au sein de la seule enceinte internationale légitime aujourd’hui, les Nations unies. Une autre autorité mondiale, démocratique et légitimée par les peuples, est possible. Qu’il ait douze membres supplémentaires, représentant non plus 15 % mais les deux tiers de la population, ne rend pas le G20 plus démocratique que le G8. De même que l’augmentation des droits de vote des pays émergents au FMI et à la Banque mondiale, l’élargissement du G8 au G20 consiste surtout à désamorcer les critiques, et entérine le caractère incontournable des grands pays émergents dans toute discussion relative aux questions économiques, financières et monétaires sur le plan mondial. Loin de démocratiser les débats, il perpétue au contraire un système injuste dans lequel la richesse conditionne le droit à décider pour soi... et pour les autres. Détentrices de capitaux, les économies émergentes cooptées au G20 jouent plus volontiers qu’hier le jeu de la coopération et du dialogue avec les gouvernements occidentaux, pour accroître leur influence et leurs marges de manœuvre. Quant aux autres pays, s’ils veulent porter leur voix devant le G20, ils doivent s’y faire inviter. Non seulement 173 pays sont exclus des débats, mais les sociétés civiles et les collectivités territoriales, qui ont pourtant gagné en reconnaissance au sein des institutions des Nations unies, n’ont pas non plus voix au chapitre. Alors que les populations sont tenues à l’écart de ces sommets sur-sécurisés, les grands perdants sont les plus pauvres dont les droits et les intérêts ne sont pas pris en compte. Les questions abordées par le G20, hier strictement économiques et financières, mais aujourd’hui plus larges, relatives à l’emploi, à l’agriculture ou au développement, concernent la population mondiale et devraient être traitées au seul G qui vaille, le G193, soit l’Organisation des Nations unies, dont le fonctionnement doit lui-même être profondément modifié (notamment en supprimant ou en restreignant le droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité). 

Déconstruisons le mythe néolibéral du marché et de la croissance

La présidence française s’engage à « moraliser le capitalisme au niveau mondial et mettre la finance au service de la croissance [1] ». Le G20 s’acharne donc à la survie d’un système de production et de consommation énergivore qui épuise la planète et creuse les inégalités. La convergence des crises économique, financière, sociale et environnementale expose de manière flagrante l’échec et les impacts dramatiques des politiques néolibérales imposées aux peuples. Mais les dirigeants des vingt premières économies mondiales demeurent aveuglés par les mythes du marché et de la croissance. En guise de moralisation du capitalisme, le G20 envisage uniquement des mesures de toilettage, qui visent – en vain – à sécuriser la poursuite du processus de libéralisation, de marchandisation, et de financiarisation de l’économie, de la société et de la nature. Malgré la progression des idées hétérodoxes, et l’alliance croissante de leurs représentants avec les sociétés civiles, les partisans du « TINA – There is no alternative – » de Madame Thatcher dominent toujours les élites politiques, économiques et intellectuelles qui dirigent les grandes institutions dans lesquelles le G20 puise son expertise technique - FMI, Banque mondiale, OCDE, OMC, etc. Le paradigme économique de l’efficience des marchés a guidé les mesures annoncées par le G20, supposées atténuer les conséquences de la crise et engager la reprise de la croissance sur le plan mondial. Pendant ce temps, le chômage et la précarité explosent, les services publics se dégradent, les ressources naturelles sont surexploitées, les crédits alloués aux politiques publiques de protection de l’environnement et des écosystèmes sont laminés... C’est dire qu’il y a urgence à définir des nouvelles voies de développement fondées sur le respect des droits humains et de l’environnement. Les alternatives existent ! 

La croissance n’est pas une finalité. Les droits humains fondamentaux le sont

Le G20 fera fausse route tant qu’il soutiendra une approche en faveur d’un développement basé sur la croissance et non sur le respect et la réalisation des droits humains fondamentaux. Le développement est à l’agenda du G20 depuis le sommet de Séoul en novembre 2010. Non seulement la démarche retenue n’a jusqu’à présent débouché sur aucun outil financier ni engagement contraignant, mais elle ne se réfère ni aux principaux instruments internationaux relatifs aux droits humains (Pactes internationaux sur les droits civils et politiques, et sur les droits économiques, sociaux et culturels notamment), ni aux mécanismes internationaux relatifs à la protection du climat et de l’environnement. Elle ignore en outre les Objectifs du millénaire pour le développement. Elle révèle l’analogie faite par les membres du G20 entre développement et croissance économique. Or, même plus équitablement répartie, celle-ci ne suffirait pas à créer plus de bien-être pour les peuples et à réduire les inégalités. La pauvreté ne se combat pas d’abord par l’accumulation de marchandises : il faut prioriser les dimensions qualitatives du développement telles que la sécurité et la qualité alimentaire, le niveau de scolarisation, la santé, la protection contre les catastrophes écologiques et les pollutions, ou encore l’accès aux services de base et aux opportunités de construction d’une vie digne. Pour réduire durablement les inégalités, les gouvernements du G20 doivent, pour commencer, subordonner leurs politiques aux instruments internationaux qui définissent et protègent les droits fondamentaux des citoyens. Pour promouvoir l’humain avant le profit et redonner au politique le primat sur l’économie et la finance, il faut réorienter l’organisation sociale vers des finalités autres que l’expansion des multinationales, l’intensification des échanges commerciaux et financiers et la marchandisation de toutes les activités. 

Nourrir les peuples, pas le capital

Reconnectons les marchés financiers à l’économie réelle en interdisant les comportements spéculatifs sur les produits agricoles, condition nécessaire à une agriculture durable au service des producteurs et consommateurs. Depuis les années 1970, l’agriculture paysanne et familiale est laminée par les politiques de libre-échange instituées au profit des multinationales de l’agro-alimentaire. Ces politiques ont provoqué spéculation, dumping social, dégradation de l’environnement et des conditions de vie des paysans et des paysannes au Nord et au Sud. Aujourd’hui, la sécurité et la souveraineté alimentaires [2] sont de plus en plus menacées par la production massive d’agrocarburants, les accaparements de terres, et une volatilité extrême des prix agricoles résultant du démantèlement des politiques agricoles et des outils de régulation des marchés. La lutte contre la fluctuation excessive des prix des matières premières, abordée au sommet de Pittsburgh en 2009, et la sécurité alimentaire figurent sur le papier parmi les priorités de la présidence française. Or, outre favoriser les intérêts de l’industrie agroalimentaire et des acteurs financiers, les timides mesures jusqu’à présent évoquées cherchent à pallier les conséquences et non les causes de la volatilité des prix agricoles et de l’insécurité alimentaire. Il faut exclure les spéculateurs des marchés agricoles et apporter un large soutien financier et logistique au développement de l’agriculture durable, locale et vivrière : c’est la condition pour que les 1,8 milliard d’exploitations agricoles familiales actuelles vivent de leur travail et que les 9 milliards de personnes que comptera la planète en 2050 mangent à leur faim. Les marchés à terme, qui servent en théorie à assurer les paysans contre les fluctuations des prix mais contribuent aujourd’hui à leur extrême instabilité, devront progressivement laisser place à un système public et international de stabilisation des prix et des volumes disponibles. 

Hémorragie budgétaire ? Stoppons l’évasion et la fraude fiscales

La supercherie entamée au G20 de Londres en 2009 se poursuit. Afin d’assainir l’économie mondiale, financer le développement et lutter efficacement contre la corruption, ne blanchissons plus les paradis fiscaux et judiciaires. Depuis le G20 de Londres en 2009, le nombre de territoires inscrits sur la liste grise de la classification des paradis fiscaux et judiciaires [3] (PFJ) diminue. En avril 2010, plus aucun pays ne figurait sur la liste noire et la liste grise n’en comptait que 17, représentant seulement 0.25 % du marché mondial des services financiers aux non-résidents. Le « blanchiment » des PFJ au cœur de la finance off shore et liés aux deux principales places financières, la City de Londres et Wall Street à New York, reflète la volonté des membres du G20 de ménager les intérêts de la finance internationale... et les leurs. Car les critères retenus exemptent de facto les zones de non-droit qui les entourent directement, Monaco et l’Andorre pour la France. Maillons clés de la financiarisation de l’économie et de la spéculation sur les marchés agricoles et les dettes souveraines, les PFJ facilitent le blanchiment d’argent « sale », et ruinent les capacités de financement des gouvernements du Sud et du Nord. L’évasion et la fraude fiscales génèrent également un biais important dans les statistiques commerciales, financières et d’investissement, privant les décideurs politiques d’outils politiques importants. Si la présidence française veut montrer sa détermination à agir pour le développement, lutter contre la corruption et renforcer l’État de droit, elle doit faire établir une véritable liste noire des territoires à risques et un registre de leurs utilisateurs. Si des procédures supranationales de coopération s’imposent, il faut les accompagner de sanctions à l’égard des territoires non coopératifs et de leurs utilisateurs qui s’y localisent en secret afin de contourner les réglementations nationales. 

Un G20 pour la paix des monnaies ?

« Rien ne devrait être plus stable que ce qui sert de mesure à toute chose » (Montesquieu). La réponse à la « guerre des monnaies » ouverte au G20 de Séoul en 2010 ne viendra pas d’une nouvelle piqûre de flexibilité telle que proposée par la présidence française, mais d’un nouveau Bretton Woods. Volatilité accrue des monnaies, creusement des déséquilibres macroéconomiques, relance de la spéculation par des émissions massives de dollars, accélération des entrées et sorties de capitaux et accumulation forcenée de réserves de change par les pays émergents... Tous ces dysfonctionnements appellent une réforme du système monétaire international (SMI). Non abordée par les trois derniers G20, la réforme des mécanismes qui encadrent les échanges monétaires internationaux et l’organisation des régimes de change est l’une des priorités du G20 de Cannes. Mais les antagonismes en son sein même perdurent, comme on l’a vu lors de l’ouverture du G20 de Séoul entre la Chine excédentaire et les États-Unis déficitaires. Des antagonismes existent également au sein de la zone euro face à la valorisation relative de l’euro. Dévaluations compétitives et attaques spéculatives ne faiblissent pas dans cette guerre des monnaies. Si Nicolas Sarkozy souhaite un « nouveau Bretton Woods » [4], il assure vouloir stabiliser le SMI en lui donnant plus de flexibilité, bref en l’abandonnant au marché. Pourtant, pour répondre aux intérêts des peuples et de l’économie mondiale, le nouveau régime de change doit être stabilisé et piloté par des institutions financières internationales démocratisées. Comme le demandent les BRIC [5], il faut mettre un terme à l’hégémonie du dollar et créer une monnaie de réserve internationale stable, fondée sur un panier de devises et une coopération monétaire internationale. À terme, une seule monnaie mondiale devrait exister à côté de plusieurs monnaies régionales assurant l’intégration économique dans des zones relativement homogènes en termes de développement économique. 

Taxer la spéculation : une solution au service du développement

La taxe sur les transactions financières n’est pas seulement un financement innovant. C’est un instrument pour lutter contre la spéculation financière, désarmer les marchés et financer le développement et la transition sociale et écologique de nos sociétés. Les politiques de libéralisation de la finance ont permis une accélération et un accroissement des flux financiers internationaux à des niveaux déconnectés des évolutions de l’économie réelle en termes d’échanges commerciaux. Les conséquences graves et prégnantes de la crise de 2008 nous rappellent chaque jour qu’il est nécessaire de désarmer les marchés financiers, notamment par l’instauration d’une taxe sur les transactions financières (TTF). Le niveau de la taxe (0,1 %) est un enjeu certain pour qu’elle ait un effet dissuasif sur les spéculations. Mais elle ne réduira le volume des transactions financières socialement inutiles qu’à condition qu’elle ne soit pas compensée par des avantages, notamment fiscaux, envers les acteurs économiques et financiers. Outre son rôle de régulateur, la TTF générera des revenus. Répartis selon les besoins et priorités, ces derniers doivent alimenter, via les budgets nationaux ou régionaux, la lutte contre les inégalités sociales et environnementales et le financement des biens publics mondiaux. Tels sont les enjeux à décrypter derrière les discours des politiques qui s’annoncent pro-TTF pour aussitôt la rendre facultative, pour lui fixer un taux ridiculement bas (0,005 %), ou conditionner sa mise en œuvre à l’accord de l’ensemble des places boursières. Si Nicolas Sarkozy s’affiche en grand défenseur d’une TTF au sein du G20, il a beaucoup tardé à la proposer au niveau européen alors que c’est à ce niveau qu’elle est le plus susceptible de faire consensus, pour avancer ensuite vers une mise en œuvre mondiale. Il faut en outre veiller à ce que la TTF ne devienne pas qu’ un simple financement innovant destiné à secourir les banques en cas de nouvelle crise. 

Austérité pour les peuples, renflouage des banques ? NON !

Grèce, Portugal, Irlande... à qui le tour ? Sur la route de l’austérité, l’itinéraire des pays est sans fin. De l’Argentine en 2001 aux Indignés, nos inspirations sont multiples ! L’éloquence de Nicolas Sarkozy et d’autres dignitaires politiques à se présenter comme soucieux de l’intérêt général serait risible si les conséquences de leurs politiques n’étaient pas aussi dramatiques en termes de protection sociale, santé, éducation, financement des retraites. Car la crise de 2008 a pris un nouveau visage, celui d’une crise des dettes souveraines. Le renflouement des banques selon le principe de « privatisation des profits, socialisation des pertes » et la récession ont fait passer le déficit de la zone euro de 0,7 % du PIB en 2007 à 6,3 % en 2009. Jusqu’alors excédentaires, l’Espagne et l’Irlande, aujourd’hui saignées par le poids de la dette, sont devenues déficitaires. 27 % du PIB mondial auraient en tout été injectés dans le sauvetage d’un système structurellement défectueux. Aujourd’hui, la facture est présentée aux peuples. En signant le « Pacte pour l’Euro », les chefs d’État ou de gouvernement se sont clairement présentés comme les promoteurs d’une UE au service de la finance. Ils y octroient à la Troïka [6] le droit d’enfreindre la souveraineté des États en imposant aux « mauvais élèves » des mesures dignes des plans d’ajustement structurel prescrits hier aux pays du Sud. Après la Grèce, aujourd’hui ouvertement mise sous tutelle, d’autres pays seront contraints à renoncer même aux apparences de la démocratie. Les dirigeants de chaque pays brandissent le spectre d’une possible dégradation de leur note par les agences de notation – quasi incontestées et pourtant si contestables – pour légitimer leur plan d’austérité et faire de leur fameuse « règle d’or » un principe supérieur au droit des peuples à se diriger eux-mêmes. Les Indignés réaffirment ce droit en réclamant ici et maintenant une démocratie réelle. Tous, contribuables excédés de payer pour les erreurs des banques, ne pouvons n’être qu’indignés. Nous devons lutter, occuper l’espace public, exiger un changement radical de cap. Les propositions de ce 4 pages seront imprimées sous la forme de 9 cartes postales dans un coffret qui pourra être commandé via Attac (www.france.attac.org) ou l’AITEC (http://aitec.reseau-ipam.org). Illustration : © Alter-Echos (www.alter-echos.org)

Notes

[2Droit de chaque pays ou groupe de pays voisins de définir sa propre politique agricole et alimentaire.

[3Juridictions opaques qui échappent à tout contrôle des autorités fiscales, judiciaires ou prudentielles et par lesquelles transitent la moitié des transactions financières et commerciales internationales.

[4Forum économique mondial à Davos en janvier 2011

[5Brésil, Russie, Inde et Chine.

[6Représentants de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du FMI chargés de surveiller les finances publiques grecques dans le cadre de l’accord de refinancement négocié en mai 2010.

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