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[Note collective] Les leçons politiques du coronavirus

lundi 30 novembre 2020, par Attac France, Collectif

Cette note est issue de la première séance, consacrée aux leçons politiques de la pandémie de Covid-19, d’un nouveau séminaire organisé par Attac, Cerises la coopérative, Contretemps, Les Possibles, Le temps des lilas, Le vent se lève, Mouvements. Ce séminaire vise à faire connaître et mettre en discussion les publications de ces organisations et revues, pour contribuer à des objectifs de formation et d’élaboration d’analyses, idées et propositions communes. Plus précisément, il s’agit d’aborder, avec des chercheur.ses et des militant.e.s, des questions de portée internationale impliquant des thématiques entrées dans le débat récent dans la gauche radicale, anticapitaliste et écologiste en France, et renvoyant à des thématiques sociales et politiques émergentes, à des pratiques politiques en cours de renouvellement ou à de nouvelles propositions alternatives. Ces discussions sont conçues pour produire sur leur base des vidéos, podcasts, notes, autres initiatives de formation et de débat permettant de donner des éléments de repérage relatifs aux nouveaux enjeux politiques et de contribuer à l’émergence d’une culture politique commune entre différents espaces du mouvement social et de la gauche critique.

Cette note s’appuie sur une discussion collective, début octobre 2020, fondée sur les articles et références qu’on trouvera ci-dessous, ainsi que de deux introductions, de Mathieu Bonzom (Contretemps) et Jean Castillo (Attac), filmées et présentées en début d’article. Elle est délibérément synthétique, et vise à faire connaître ces textes d’analyse et de proposition et à constituer une base simple pour des formations et discussions militantes.

Les introductions

Mathieu Bonzom, Contretemps

— 

Jean Castillo, Attac France

Des crises imbriquées

La crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 révèle une imbrication de crises en cours, d’ordre écologique, économique, sociale et politique. Elle est liée à la dégradation des conditions environnementales de la vie humaine et non humaine par le capitalisme, et plus spécifiquement au productivisme, aux chaînes mondiales de production et de circulation des marchandises, à la pollution et à l’agro-industrie. Elle a, selon les analyses, aggravé une crise financière déjà entamée ou déclenché une crise économique latente, et incontestablement ralenti la production mondiale, conduit à des millions de licenciements, mis au jour la dégradation des conditions de travail et la dévalorisation des activités économiques répondant aux besoins fondamentaux, en majorité effectuée par des femmes. Elle a partout renforcé les inégalités sociales et la précarité, mais aussi révélé la crise de la reproduction sociale, cet ensemble d’activités et d’institutions, et notamment du soin, qui sont nécessaires pour produire et maintenir la vie. Enfin, elle est intervenue, dans de nombreux pays, au sein d’une séquence intense de réformes néolibérales, de progrès de l’extrême-droite et de crise de légitimité de l’État, et en France plus spécifiquement à la suite d’un cycle important de luttes sociales. Les réponses à cette crise mises en œuvre par les gouvernements néolibéraux ont bénéficié, dans l’ensemble, aux capitalistes et aux plus riches, plutôt qu’à la santé et à la qualité de vie du plus grand nombre.

Pour aller plus loin :

Une réponse politique autoritaire à la pandémie

Les diverses mesures et procédures de gestion de la crise mises en œuvre par les gouvernements depuis le début de la pandémie ont toutes été autoritaires et liberticides. Les décisions de politique sanitaire ont été prises de manière verticale et sans concertation, les libertés publiques ont été restreintes, la surveillance de masse a été accrue, la défiance envers les citoyen.ne.s a été la norme et les procédures décisionnelles sont restées opaques. En France, par exemple, le Parlement n’a eu qu’un rôle de validation après coup, les syndicats et associations n’ont pas été consultées, des pouvoirs accrus ont été attribués aux préfets et aux forces de police, des éléments d’état d’exception ont été installés de manière durable. Dans d’autres pays, de nouvelles formes de contrôle des comportements individuels, liées par exemple à des applications téléphoniques ou des QR codes, ainsi que de collecte et traitement des données, parfois gérées directement par des agences de sécurité, ont été mises en place. Si des contestations et mobilisations ont pu voir le jour dans certains pays, qui ont parfois pu faire évoluer certains aspects des politiques sanitaires, elles se sont dans l’ensemble heurtées à un pouvoir politique inflexible, prompt à utiliser la crise sanitaire pour reconfigurer le contrôle social de la population.

Pour aller plus loin :

La santé et le travail du soin comme enjeux démocratiques centraux

La gestion étatique de la crise sanitaire a soulevé, en France, des problèmes particulièrement importants en terme de libertés fondamentales mais aussi d’efficacité et de démocratie sanitaires. C’est en premier lieu la dégradation du système public de soin, lié à des décennies de coupes budgétaires et suppressions de lits et de postes ainsi que d’alignement du fonctionnement de l’hôpital sur celui des grandes entreprises privées, qui est en cause. Mais c’est aussi une véritable démocratie dans le système de santé qui a manqué : les propositions des travailleur.ses de terrain et des mouvements sociaux hospitaliers n’ont pas été prises en compte, et les voix des malades et des associations n’ont pas été entendus. Cette question, ainsi que celle déjà évoquée des « activités essentielles », appellent à une réflexion et une mobilisation d’ampleur sur la démocratisation du travail du soin, rémunéré et gratuit.

Pour aller plus loin :

Des défis inédits pour les mouvements sociaux

La pandémie de Covid-19 est intervenue en France au sein d’un cycle intense de mobilisations sociales, avec les gilets jaunes, une nouvelle génération de mobilisations féministes et antiracistes de grande ampleur, un fort mouvement social contre la réforme des retraites et de l’université. Les nouvelles conditions du militantisme et de l’auto-organisation populaire, sous confinement et état d’urgence, rendent difficiles leur convergence à l’heure actuelle. Parmi les enjeux à ce stade pour remobiliser les énergies, on peut souligner la reconstitution de l’expérience collective de la crise, concernant le travail mais aussi la famille et le militantisme, la mise en visibilité des initiatives de solidarité populaire et l’organisation de formations et de discussions au sujet des propositions pour « le monde d’après » ainsi que des plans de sortie de crise et de questions stratégiques au sujet de la nécessaire révolution écologique et sociale.

Pour aller plus loin :

Quelle sortie politique de la crise ?

Les mouvements sociaux anticapitalistes, écologistes, féministes, antiracistes se heurtent donc à un pouvoir politique autoritaire et inflexible. La pandémie de Covid-19 pourrait bien constituer un accélérateur politique, conduisant les dirigeants capitalistes vers des formes d’ultra-autoritarisme et de fascisme, mais aussi les forces de l’émancipation vers des perspectives de changement plus radicales. Dans cette situation, les mouvements sociaux et populaires doivent se saisir de la question politique, et mettre sur le devant de la scène la nécessité d’un processus de révolution écologique et sociale. En France, des propositions de sortie de crise existent, articulant des mesures de court et de long terme conçues pour constituer une alternative au capitalisme néolibéral, productiviste et autoritaire, et pour ouvrir l’horizon d’un monde d’après vivable, juste et démocratique. Et elles appellent à approfondir la réflexion stratégique au sujet des moyens politiques d’y parvenir, et à renouveler les formes du militantisme, aux niveaux local, national et international.

Pour aller plus loin :

Lire le texte complet de l’appel.

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