Trois questions à Laurent Pinatel au sujet de la ferme des 1000 vaches

mercredi 15 octobre 2014, par Laurent Pinatel

Laurent Pinatel, paysan dans la Loire, est porte-parole national de la Confédération paysanne depuis mai 2013.

En quoi consiste le projet d’usine des 1 000 vaches ?

Un industriel du Nord-Pas de Calais, Michel Ramery, ayant fait fortune dans le BTP, a décidé d’investir dans l’agriculture, afin d’y faire un maximum de profit. Il veut faire de l’agriculture un business, un modèle qu’il va rationaliser et industrialiser.

Son objectif est simple : faire de l’argent. Pour cela, il se lance dans l’idée verte de la méthanisation : récupérer les effluents des vaches (lisier), en extraire le gaz (méthane) et l’utiliser pour fabriquer de l’électricité qu’il va revendre à EDF. Il lui faut des vaches : ce sera donc 1 000 vaches. Après, puisqu‘il reste du lait, il va le brader à bas prix. Ramery a annoncé 270 € la tonne, alors que les éleveurs s’en sortent à peine avec 350 € la tonne. Pour répandre les restes du méthaniseur (le digestat), il lui faut plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles. Tout cela sans paysans, il s’agit pour lui d’un investissement financier et non d’un projet professionnel.

Quel modèle agricole alternatif défendez-vous ? Et en quoi le projet des 1 000 vaches constitue-t-il une menace majeure pour ce type d’agriculture ?

La Confédération paysanne promeut une agriculture paysanne, c’est-à-dire un projet politique et pratique qui prend en compte les dimensions sociales, économiques et environnementales, basé sur 10 principes (répartition de la production, souveraineté alimentaire, respect de l’environnement, autonomie des fermes…). Il conduit à une agriculture à taille humaine, créatrice d’emplois, dans les territoires ruraux, vivants, respectueux de l’environnement et des agricultures du monde, pour une alimentation de qualité.

L’agriculture industrielle est prédatrice de l’agriculture paysanne. Dans la Somme, on imagine mal comment les producteurs de lait pourront continuer à être collectés, quand les laiteries auront les 9 millions de litres de lait de Ramery à côté de l’autoroute ! De la même manière, les milliers d’hectares accaparés pour épandre le digestat du méthaniseur représentent une immense surface qui n’est plus disponible pour celles et ceux qui voudraient s’installer en agriculture paysanne.

9 militants de la Conf’ sont convoqués au tribunal d’Amiens le 28 octobre. Qu’attendez-vous de cette journée ?

Le 28 octobre doit être une démonstration forte des paysans et des citoyens contre ce modèle agricole, et en soutien aux 9 prévenus.

Puisque la Confédération paysanne est poursuivie pour avoir défendu l’avenir des paysans, alors que Michel Ramery a pu poursuivre son projet sans encombre, nous allons organiser le procès de l’industrialisation de l’agriculture. Les représentants de la Confédération paysanne, venus de toute la France, ainsi que de nombreuses personnalités de la société civile, seront présents. Il y aura aussi un marché paysan, de la musique !

Tout le programme sera bientôt disponible.

Il faut être nombreux le 28 octobre ! Il faut montrer notre envie d’une autre agriculture, et notre détermination à nous battre pour l’avenir des paysans et une alimentation de qualité !