Ce texte est tiré du numéro d’avril 2026 de Lignes d’Attac, le journal trimestriel de l’association, disponible en adhérant ou en s’abonnant.
La mue autoritaire du capitalisme semble affecter tous les secteurs de l’économie et de la société. S’agissant du commerce, le libre-échange et le multilatéralisme de façade promu par le néolibéralisme sont remis en cause par le néo-mercantilisme de Trump (dont les droits de douane sont un outil). Cette tendance s’accompagne d’une vassalisation accrue des économies, en Europe et dans le monde, par les puissances hégémoniques.
Les multinationales, de la Tech aux industries fossiles et extractives, fonctionnent main dans la main avec les gouvernements de droite et d’extrême droite. Elles font pression pour détricoter normes sociales, écologiques, sanitaires (aux États-Unis comme dans l’Union européenne, cf les paquets Omnibus). Mais aussi pour obtenir toujours plus d’argent public et des situations dominantes leur permettant de se débarrasser de toute concurrence.
Sur le plan financier et monétaire, la finance autoritaire et opaque, dont les hedge funds sont le fer de lance, occupe une place de plus en plus importante au détriment des marchés réglementés, quand bien même les réglementations s’avèrent minimales. Sur le plan monétaire, les cryptomonnaies ouvrent de nouvelles perspectives de privatisation de la monnaie au bénéfice des géants de la tech.
Une tendance autoritaire globale
Ces transformations de l’économie s’inscrivent dans une tendance autoritaire globale : répression accrue des mouvements sociaux, politiques racistes et anti-migratoires, remise en cause des droits fondamentaux, du droit international, des principes démocratiques et de la séparation des pouvoirs, augmentation des dépenses militaires, normalisation des agressions impériales...
S’opposant en apparence à la doxa néolibérale, cette mue autoritaire du capitalisme en radicalise les principes par un surcroit de violence. Elle n’est pas cantonnée à certains pays gouvernés par l’extrême-droite, comme les États-Unis, mais s’observe partout dans le monde. Elle bénéficie des alliances de plus en plus décomplexées entre la droite et l’extrême-droite.
Aux États-Unis, la deuxième administration Trump et le projet 2025 de la Heritage Foundation qui lui sert d’aiguillon incarnent parfaitement la cohérence d’ensemble d’un projet autoritaire et global. Le nouveau pouvoir états-unien semble déterminé à favoriser l’émergence des forces d’extrême-droite partout dans le monde et s’adonne pour ce faire à toutes les ingérences.
Dans l’Union européenne, c’est l’alliance entre forces de droite et d’extrême-droite qui a permis, pour la première fois dans l’histoire du Parlement européen, de faire adopter le paquet Omnibus remettant en cause le devoir de vigilance ; l’extrême-droite est en situation de force dans l’UE pour imposer l’agenda du capitalisme autoritaire.
En France aussi, l’extrême-centre et la droite pavent la route de l’extrême droite
En France, les gouvernements qui se sont succédés ces dernières années ont montré que le projet macroniste était parfaitement compatible avec l’évolution autoritaire du capitalisme, pas uniquement sur le plan de la répression mais sur celui d’un raidissement pro-riche, pro-business, anti-écologique (lois budgétaires, Duplomb etc.). À plusieurs reprises, les groupes macronistes, de droite et RN ont voté main dans la main des dispositions réactionnaires. Ce faisant, l’extrême-centre et la droite pavent la route pour l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite. Leur inféodation aux ultra-riches, dont Bernard Arnault qui a fait état de ses sympathies pour Donald Trump, contribue à cette perméabilité.
En d’autres termes, le capitalisme autoritaire n’est pas un contre-modèle marginal, il est en train de s’imposer comme un modèle à vocation hégémonique. Attac et l’altermondialisme ont contribué dans les années 2000 à construire une analyse critique, rassembler des résistances, élaborer des propositions et contre-modèles face à la mondialisation néolibérale. Dans la période charnière que nous vivons, notre association doit à nouveau jouer ce rôle d’élaboration et de rassemblement face à la transformation autoritaire du capitalisme.
Frédéric Lemaire

