Le foot (et le sport), antidote au racisme ?

mardi 1er octobre 2019, par Michel Thomas *

À l’heure où, dans le monde et en France, conséquence inéluctable de l’hyper-individualisme promu par l’ultra-libéralisme financier, la xénophobie et le racisme semblent occuper de plus en plus de terrain, on peut se poser la question de savoir si, au sein de toutes les pratiques sociales, le sport n’en est pas devenu un des meilleurs antidotes.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que les Français de toutes conditions se sont targués d’admirer des grands champions d’origine non hexagonale, issus des colonies ou des DOM. Depuis la deuxième moitié du XX° siècle, il en va ainsi de nombreux champions olympiques ou du monde, dans de nombreuses disciplines. Certes, tous les sports n’ont pas intégré de façon égale de tels champions ainsi livrés à l’admiration et à l’identification du public. Le cyclisme n’a retenu que la légendaire lanterne rouge des Tours de France d’après-guerre Abdelkader Zaaf, le handball J. Richardson, le patinage Surya Bonali, la natation M. Metella, le judo T. Riner, la boxe T. Yoka. Le rugby n’a mis en avant que trois internationaux de couleur (S. Blanco, E. Ntamak et M. Bastareaud). Le tennis a célébré Y. Noah et maintenant J.W. Tsonga et G. Monfils. L’athlétisme a plus largement puisé dans les populations exposées au racisme, de couleur et/ou d’origine maghrébine. Beaucoup de Français, enfants et adultes ont ainsi adulé, se sont identifiés à Patrick El Mabrouk dans les années 1950, au légendaire Alain Mimoun, à Roger Bambuck, aux relayeurs du 4 fois 100 m recordmen du monde en 1990 (dont Sangouma, Trouabal, Marie Rose), à Marie José Pérec…

Mais, dans aucune discipline, la part et la reconnaissance des « non-Français de souche » n’a été et n’est plus grande que dans le football. Et c’est le sport le plus populaire, le plus pratiqué (et de loin) en France.

Le fait que nos couleurs nationales soient défendues et souvent avec de grands succès par des joueurs (et maintenant des joueuses) descendant d’Africains et de Maghrébins joue sans aucun doute le rôle de contrepoison à l’encontre du racisme et de la xénophobie ordinaires. Dès avant la guerre de 1939-45, le plus grand joueur français fut sans doute Raoul Diagne, noir d’origine guyanaise. Après celle-ci, Larbi Ben Barek fut de la première et historique victoire de la France sur L’Angleterre en 1946. Je me souviens comment, à l’école, nous voulions tous « être Ben Barek » ! Dans les années 1950-60, Rachid Mekhloufi fut le roi de l’équipe de Saint-Étienne, multiple champion de France. Il rejoignit Tunis en 1958 pour participer à l’équipe du FLN militant pour l’indépendance de l’Algérie. Revenu en 1963 dans son club du Forez, il y fut accueilli comme l’enfant du club et y joua encore 5 ans. Un peu plus tard, trois joueurs de couleur (M. Desailly, J. Angloma et B. Boli) composaient l’équipe de Marseille qui, toujours seule équipe française à ce jour, gagna la Coupe d’Europe en 1993. Mais cette fusion nationale prit une autre dimension en 1998 avec la première victoire de l’équipe de France en coupe du monde. Les médias clamèrent alors leur admiration pour l’équipe « Black, Blanc, Beur » : sur les 23 champions du monde il y avait six blacks (B. Lama, L. Thuram, M. Desailly, P. Vieira, T. Henry et B. Diomède), un seul beur (Z. Zidane) et quinze blancs. Depuis vingt ans, la place des joueurs d’origine non hexagonale n’a cessé de s’affirmer : dans l’équipe à nouveau championne du monde en 2018, il y avait neuf joueurs noirs (S. Mandanda, D. Sidibé, S. Umtiti, P. Kimpembé, B. Mendy, P. Pogba, N. Kanté, B. Matuidi, M. Dembelé), cinq métis « foncés » (C. Tolisso, S. Nzonzi, K. Mbappé, A. Aréola et R. Varane), un beur (N. Fékir) et sept « purs blancs ». Là encore, la France entière s’identifia à eux et vint à leur retour les acclamer (la figure de Kilian Mbappé est à ce titre exemplaire, né à Bondy d’un père d’origine camerounaise et d’une mère d’origine algérienne). Enfin, le tout récent championnat du monde féminin, qui a eu un grand retentissement en France, a vu l’équipe nationale composée de sept blacks (W. Renard, G. M’Bock, G. Geyoko, K. Diani, E. Laurent, V. Assayi, A. Tounkara), une métis (V. Gauvin), trois beurettes (S. Bouhaddi, A. Majri et S. Karchaoui) et douze blanches.

Comment expliquer cette part croissante de joueurs blacks, et à un degré moindre beurs, dans nos représentations nationales ? Regardons ce qu’il en est à la base.

Sport le plus populaire, le foot attire les enfants de toutes les catégories sociales, y compris les plus défavorisées, là où la proportion de blacks et de beurs est plus importante. Les clubs amateurs couvrent largement la totalité du territoire, animés par une armée de bénévoles, encadrés par des éducateurs bien formés, souvent eux-mêmes blacks ou beurs. Le grand nombre des licenciés et pour partie les subventions en particulier des instances municipales, voire les retombées financières du foot professionnel, permettent un prix de licence très faible et des cotisations aux clubs le plus souvent très modérées : le foot est un sport assez bon marché, donc facilement accessible.

Le foot est un sport accueillant, tous les enfants y sont les bienvenus et dans les équipes la couleur de peau et la religion comptent peu (malgré quelques équipes à connotation confessionnelle). Dans les équipes, ce qui compte, c’est le collectif, le partage, et si l’un ou l’une est très bon (ne), ce sera la mini-vedette qui sera perçue et aimée comme telle. Évidemment la composition des équipes amateurs, surtout de jeunes, reflète les populations locales et ne seront pas les mêmes dans le Cantal, la Seine-Saint-Denis, le Maine-et-Loir ou le Nord… Mais ce football de la base et des jeunes est d’abord un jeu, où les enfants ont à l’esprit l’équipe, les copains d’où qu’ils viennent. Quand on s’élève en âge et dans la hiérarchie, les choses changent peu quant à l’esprit. Mais le désir de la performance arrive, qui pousse à vouloir les meilleurs avant tout.

À ce propos, une polémique a agité le milieu du foot il y a une dizaine d’années. Il fut reproché aux centres de formation des jeunes, en particulier le Centre national de Clairefontaine, de sélectionner préférentiellement les joueurs d’origine africaine ou antillaise. Ces enfants (entre 13 et 15 ans) sont alors souvent plus grands, plus robustes que les « petits blancs » : cela a été la réponse de certains formateurs aux accusations de racisme. Mauvaise réponse au demeurant, d’autres éducateurs mettant en avant que les blancs ou les beurs, peut-être moins costauds au même âge pouvaient avoir d’autres qualités au moins aussi importantes. L’exemple d’Antoine Griezmann, le meilleur joueur français actuel avec Kilian Mbappé l’a démontré : refusé parce que trop fluet, fragile, par tous les centres de formation français auxquels sa famille l’avait présenté, il a été accepté… en Espagne où il joue toujours et n’a été reconnu par les techniciens français qu’adulte…

Il n’en est pas moins vrai que le pourcentage de joueurs de couleur dans les championnats nationaux est assez élevé. Ainsi, pour la saison 2019-2020, les effectifs affichés des 20 clubs de L2, deuxième division professionnelle française, en quelque sorte le « professionnalisme modeste », sont composés de 500 joueurs au total (de 20 à 27 par club). Parmi eux, 154 sont de nationalité étrangère, dont 79 originaires d’Afrique noire et 26 des pays du Maghreb. Pour avoir une idée plus précise de ce qui pourrait être un terreau pour le racisme, il faut ajouter aux 79 Africains 46 Français d’origine africaine ou antillaise, soit 125 « blacks », et aux 26 maghrébins 23 « beurs », soit 49 « Arabes ». Globalement, tout cela se passe sans aucun conflit ni aucune discussion, si ce n’est sur la valeur personnelle footballistique des joueurs et la qualité collective des équipes.

Le sport en général, et le football en particulier, par les brassages qu’il engendre, est donc incontestablement un antidote au racisme. Mais, bien sûr, il ne l’élimine pas, y compris en son sein. Plus que les joueurs ou les dirigeants et éducateurs, les supporters posent parfois des problèmes. Même si cela n’a pas l’ampleur que l’on observe en Italie par exemple, où le champion du monde Blaise Matuidi, enfant noir de Fontenay-sous-Bois joue actuellement. Victime parmi d’autres et par deux fois de cris racistes, il a refusé de quitter le terrain : « si je quitte la pelouse, je donne raison à ces gens-là… il faut les pointer du doigt… ». Cette présence dans les tribunes des matchs professionnels de « supporters » exprimant leur racisme en injuriant les joueurs n’ayant pas la même couleur de peau qu’eux est beaucoup plus rare en France. Mais, y compris dans les tribunes des matchs de jeunes ou d’amateurs, il arrive aussi que des cris racistes s’entendent. Ils stigmatisent alors tel black (plus que tel beur) de l’équipe adverse, mais ces « supporters » oublient que leur propre équipe chérie, sous leurs yeux, en comporte aussi deux ou trois. Le racisme et la xénophobie ne prédisposent pas à l’intelligence…

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