Printemps silencieux

mardi 1er octobre 2019, par Pablo Solon *

Les oiseaux sont partis.
Beaucoup de gens, confus et inquiets, l’ont remarqué.
Les quelques oiseaux restant se meurent : ils tremblent et ne peuvent pas voler.
C’est un printemps sans voix.

1962. Le livre de Rachel Carson [1] vient d’être publié et devient rapidement un best-seller. Ce livre s’ouvre sur une « fable pour demain » qui met en scène un village dont les oiseaux ont disparu à cause de l’usage excessif de pesticides.

Les grandes entreprises agrochimiques réagissent violemment contre ce livre dont le titre est Printemps silencieux. Elles accusent Rachel Carson de répandre des mensonges puisque l’homme et la technologie peuvent contrôler la nature. La biologiste marine née aux États-Unis est alors âgée de 55 ans et a un cancer. Elle a dédié les six dernières années de sa vie à recueillir des preuves de l’impact des insecticides, qu’elle considère toxiques.

Son livre raconte avec style que des résidus de pesticides synthétiques ont été trouvés « dans la plupart des systèmes fluviaux, y compris dans les courants souterrains qui coulent tout au long de la terre ». Il rapporte que ces substances toxiques ont été trouvées dans le corps de poissons, d’oiseaux, de reptiles et d’humains. Il souligne encore qu’il est « presque impossible pour les scientifiques qui font des expériences sur les animaux de trouver des êtres exempts de cette pollution ». Il avertit que les pesticides sont « dans le lait maternel et dans les tissus des enfants à naître. »

Les accusations des grandes entreprises de la chimie lui donnent une visibilité importante dans la presse et à la télévision. Des millions de spectateurs sont alors informés et des milliers de lettres inondent la Maison-Blanche. Le président John F. Kennedy nomme une commission chargée d’étudier l’utilisation des pesticides. Rachel Carson passe les 16 derniers mois de sa vie à propager la vérité sur les pesticides. Le Congrès américain l’écoute.

« Comment des êtres intelligents peuvent-ils essayer de dominer quelques espèces indésirables avec des moyens polluant tout ce qui les entoure et contenant la menace d’un mal pour leur propre espèce, voire celle de leur propre mort ?

Rachel Carson n’a pas vécu assez longtemps pour voir le président Lyndon B. Johnson signer une des premières lois régulant les pesticides, qui faisait directement allusion à l’autrice du Printemps silencieux.

2019. Une délégation de biologistes parcourt la Chiquitania [2]. Même la terre est chaude. Ils n’écoutent que leurs pas. Soudain, ils s’arrêtent. C’est le silence absolu.

Le feu a tout détruit : mammifères, rongeurs, reptiles, amphibiens, vers, arachnides, papillons, abeilles. Les oiseaux sont partis ou sont morts dans leur fuite. Ceux qui ont survécu ne pourront plus retourner dans leurs nids réduits en cendres. Le bruit du pic noir [3] forant le bois n’est plus qu’un triste souvenir des anciens printemps.

Les pesticides et le feu sont les grands artisans des printemps silencieux. Les deux vont souvent ensemble. On brûle les forêts parce que les pesticides ont tué la terre. Les deux détruisent la vie. Les uns empoisonnent lentement et en silence, tandis que l’autre se propage à la vitesse du vent, brûlant tout.

Dans l’hémisphère sud, le printemps commence fin septembre. Cette année sera l’un des printemps les plus calmes en raison des incendies qui ont ravagé l’Amérique du Sud et l’Afrique. Nous ne nous en rendrons peut-être même pas compte à cause du bruit des voitures, des machines et de la télévision qui sature nos oreilles et nous rend insensibles au chant perdu des oiseaux.

Pourtant, en ce mois de septembre, le printemps ne restera pas silencieux. Des millions d’enfants et de jeunes cesseront d’aller à l’école pour sortir dans la rue. Entre le 20 et le 27 septembre, s’annonce une mobilisation mondiale pour le climat, la plus grande de l’histoire. Dans tous les pays, on verra des actions de protestation contre l’utilisation des combustibles fossiles et la déforestation.

Greta Thunberg, qui inspire cette mobilisation mondiale, le clame bien fort : « vous dites que vous aimez vos enfants par dessus tout, et pourtant vous leur volez leur avenir. »  Les politiques, les hommes d’affaires, les propriétaires fonciers et nous-mêmes, nous sommes habitués à des modes de vie qui doivent changer radicalement.

Parler d’avenir alors que notre grande maison brûle est d’une folle stupidité. Rachel Carson disait qu’« il nous faut recommencer à contempler les beautés de la terre, avec émerveillement et humilité ». Le printemps silencieux des forêts calcinées va vivifier cet autre printemps joyeux de l’enfant que nous portons tous en nous et qui nous dit avec Greta Thunberg : « s’il est si difficile de trouver des solutions dans le système, alors peut-être devrions-nous changer le système. »

Texte traduit de l’espagnol par Isabelle Bourboulon

Notes

[1Rachel Louise Carson (27 mai 1907-14 avril 1964), biologiste américaine. Son livre Silent Spring (Printemps silencieux en français) a été publié en 1962. Dans l’hémisphère sud, le printemps commence fin septembre (voir plus loin).

[2Région de savanes tropicales située dans le département de Santa Cruz, à l’est de la Bolivie.

[3Littéralement, « oiseau charpentier »

Lire le texte complet de l’appel.

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