Trump : les raisons d’une défaite

mardi 21 février 2017, par Janette Habel *

Il est surprenant de voir que la victoire de Donald Trump suscite plus de contributions et de polémiques statistiques que d’analyses et de conclusions politiques examinant les causes et les conséquences de l’onde de choc américaine. Comme chacun sait qu’on peut faire dire aux chiffres et aux statistiques beaucoup de choses, notamment lorsqu’il s’agit, comme c’est le cas jusqu’alors, de statistiques fondées sur des enquêtes à la sortie des urnes ou par téléphone (cf. par exemple l’enquête publiée dans le New York Times -14 novembre 2016 - basée sur des questionnaires complétés par 24537 votants dans 350 centres électoraux répartis dans tout le pays, incluant également 4398 interviews téléphoniques, y compris auprès de certains abstentionnistes). Ces données sont certes intéressantes et utiles, mais la répartition démographique, qu’elle soit urbaine ou rurale, par âge, par sexe, par niveau culturel, par « ethnie », est une grille d’analyse insuffisante pour rendre compte des évolutions politiques et sociales que connaît le pays.

En ce sens, la contribution de Jacques Lévy dans Le Monde (16 novembre 2016) est limitée. Ce que les élections américaines ont confirmé, ce sont les divisions politiques majeures que la campagne de Bernie Sanders avait déjà mises en évidence. La crise qui se développe au sein du Parti démocrate est la conséquence d’une donnée politique nouvelle : la base sociale du Parti démocrate a changé, son électorat aussi : 58 % des salariés blancs ont voté pour Trump (New York Times, 14 novembre 2016) et non pour Hillary Clinton, une tendance confirmée par les interviews de plusieurs dirigeants syndicaux. Ajoutons à cela l’abstention d’une partie de l’électorat noir qui vote traditionnellement démocrate, déçu par la présidence d’Obama : « il n’a rien changé pour nous » entendait-on dans leurs interventions. Une partie de la jeunesse (blanche, noire, métissée, latino, très féminisée) qui avait voté pour Obama, puis suivi Bernie Sanders, n’a pas voté non plus pour Hillary Clinton, elle s’est également abstenue. C’est elle qui proteste aujourd’hui dans les villes ou les universités. À New York, où j’ai assisté à la manifestation, ils étaient plus de 10 000 sur la Broadway Av., répondant à un appel à manifester lancé sur Facebook - et sur les campus - sur le thème « He is not my président », « Love, not hate », « Black lives matters » mais aussi « Dump Trump ou Fuck Trump » ! J’ajoute que ces mobilisations ne ressemblent en rien aux traditionnels « piquets » américains tournant en rond avec des pancartes : les manifestants voulaient se rendre devant la Trump Tower, ils ont contourné la police qui, au début, a été complètement débordée. Le Parti démocrate a non seulement perdu des électeurs, il a perdu des adhérents et son influence dans la jeunesse s’est affaiblie. C’est ce qui explique la promotion de Bernie Sanders et d’Elizabeth Warren à des postes de direction pour le Parti démocrate au Sénat. Il reste à voir quelles seront leurs marges de manœuvre. Mais une nouvelle génération émerge, et tout cela annonce des recompositions politiques. Il est permis de penser que si Bernie Sanders avait gagné la primaire démocrate, il aurait battu Donald Trump. Dire cela ne signifie pas qu’il faille minimiser les conséquences sociales et politiques de la victoire de Trump : les premières nominations confirment les discours sécuritaires et racistes du candidat qui a réaffirmé sa volonté de remettre en cause la loi autorisant l’avortement, notamment grâce aux nominations à la Cour suprême. Sans oublier les conséquences sur le plan international de ses orientations, si toutefois il les applique dans leur intégralité.

Pourquoi la défaite de Clinton ? Personne ne l’avait prévue. Mais il est erroné de vouloir la relativiser au motif qu’elle aurait bénéficié d’une majorité des suffrages exprimés. Cette défaite est d’autant plus significative que Clinton a bénéficié d’un appui exceptionnel de la part de Barack Obama et de Michelle Obama, très active dans la campagne et très populaire, notamment après les insultes de Trump contre les femmes traitées de « grosse cochonnes », auxquelles elle a su répondre beaucoup mieux que Clinton, des femmes qu’elle a contribué à mobiliser. Clinton a également bénéficié du soutien financier et politique d’artistes extrêmement populaires (Beyoncé et Jay Z, Madonna, Bruce Springsteen, Lady Gaga, Katy Perry, M. Moore, De Niro…). Le fait que la campagne de la candidate démocrate ait été perçue comme la variante d’un troisième mandat d’Obama renforce encore le sens politique de cet échec.

Autre élément : la campagne d’Hillary a coûté presque le double de celle de D. Trump : elle a reçu des centaines de milliers de dollars de Wall Street pour ses conférences, renforçant ainsi toutes les attaques des Républicains sur son appartenance à l ‘« establishment », affaiblissant son propre discours contre l’outsider Trump et « le pouvoir de l’argent » (ce qui nous rappelle quelque chose...). Ce d’autant plus que c’est sous la présidence de Barack Obama que la Cour suprême des États-Unis a dit clairement que les dépenses engagées dans une campagne électorale ne pouvaient pas être soumises à une quelconque limitation, puisqu’elles relèvent d’un droit individuel dont la démocratie doit s’accommoder. Ajoutons enfin que Clinton a peu tiré les leçons de la campagne de Bernie Sanders ; elle a souvent mis en avant les questions sociétales, évoquant peu les inégalités sociales et la souffrance des travailleurs blancs et noirs dans des villes ravagées par le chômage (Detroit), ou l’expulsion de leurs maisons de ceux qui n’ont plus les moyens de rembourser leurs prêts. Bernie Sanders a remarqué à juste titre que Donald Trump avait su capter la colère des travailleurs déclassés, appauvris, de ceux qui se sentent menacés par la mondialisation, pour la retourner contre les émigrés, les latinos, les noirs, les musulmans, les homosexuels et contre les droits des femmes. À la différence de Sanders, Hillary Clinton n’a pas proposé l’annulation de la dette des étudiants, une véritable assurance santé pour tous et la fin du financement des campagnes politiques par des grosses donations. Elle a perdu deux États en faveur du candidat démocrate depuis 1992, le Michigan et le Wisconsin, deux États des grands lacs victimes de la désindustrialisation. Deux États où elle avait été battue lors des primaires par Bernie Sanders. Sans oublier l’Ohio gagné par Obama et qu’elle a également perdu. Reste que la victoire de Trump est un symptôme du déclin relatif de l’hégémonie américaine, que sa politique a toute chance d’accentuer si elle ne provoque pas une aggravation du chaos mondial. En l’absence d’alternative, les catégories sociales menacées par la mondialisation se rallient à des leaders d’extrême droite corrompus. Comme chacun sait, l’histoire ne se répète pas, elle bégaie.

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