Travailler à 50 °C degré ?

jeudi 25 juin 2026, par Attac France

Dans Travail, climat, même combat ! nous avions souligné l’importance des alliances entre l’écologie et le travail pour répondre efficacement à l’urgence climatique.

Parmi les propositions avancées pour concrétiser ces alliances, nous formulions celle d’un droit du travail élargi, prenant en compte les risques climatiques comme la pollution de l’air et les fortes chaleurs telles que nous les connaissons aujourd’hui en ces temps de canicule.

Nous reproduisons ici un extrait de cet ouvrage.

Entre le 5 et le 8 septembre 2023, six ouvriers agricoles décèdent de crises cardiaques dans les vignobles de Champagne et du Rhône alors que la France connaît une nouvelle période de canicule. Aucune mesure de prévention n’a été prise par les employeurs, alors même que le code du travail indique qu’ils doivent prendre « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ». Au-delà de ces cas tragiques, malheureusement récurrents dans l’agriculture ou le BTP, c’est l’insuffisance de la réglementation en cas de fortes chaleurs qui met en danger les travailleureuses.

Or, les canicules vont se multiplier. A l’échelle planétaire, plus de 2,4 milliards de travailleur.euse sure 3,4 milliards sont susceptibles d’être exposé.es à une chaleur excessive selon l’OIT. Selon Météo France, à l’horizon 2050, la France connaîtra des températures moyennes supérieures de 2,7°C à la période pré industrielle. Ces fortes chaleurs, principal risque climatique en Europe selon le GIEC, augmentent la mortalité et les cas de stress thermique.

Selon l’INRS, « au-delà de 30°C pour une activité́ sédentaire, et 28°C pour un travail nécessitant une activité́ physique, la chaleur peut constituer un risque pour les salariés. » La combinaison de fortes températures et de l’humidité provoque des coups de chaleurs en empêchant la sudation, et donc renforce les risques pour la santé.

Au-delà des risques directs, le stress thermique au travail engendre fatigue et diminue les capacités cognitives. Des températures élevées nous rendent plus confus, plus vite fatigué, en difficulté pour réfléchir. Cela s’explique par la nécessité pour notre corps de réguler sa température en ralentissant l’ensemble de ses fonctions physiques et intellectuelles. Fatigue et attention altérée compose un cocktail pouvant être mortel, notamment dans les secteurs les plus exposés aux accidents du travail, à l’instar du BTP. Des effets cumulatifs peuvent également se produire tels que l’augmentation de l’absentéisme produisant elle-même une intensification de la charge de travail.

A partir du 1er juillet 2025, de nouvelles obligations entrent en vigueur en cas de fortes chaleurs, mais elles restent insuffisantes puisqu’elles ne permettent pas de suspendre l’activité en cas de manquements de la part de l’employeur. Or, la responsabilité de protection qui incombe à l’employeur ne pèse pas lourd face à la recherche du profit. Il est donc urgent de doter l’inspection du travail d’un pouvoir d’arrêt immédiat et de rendre effectif le droit de retrait très peu utilisé face à la pression patronale. En effet, si les salariées peuvent exercer leur droit de retrait en cas de danger grave et imminent, faute de règles claires et soumis à la pression patronale, peu nombreux sont celles et ceux qui l’exercent.

La réglementation doit donc évoluer pour fixer des valeurs limites d’action (mesures de protection spécifiques, modification et allégement des horaires, fréquences des pauses) et des limites d’exposition pour indiquer à quel niveau de chaleurs l’activité doit être totalement interrompue. L’Espagne a une longueur d’avance, avec son « congé climatique » rémunéré d’une durée maximale de quatre jours, avec possibilité de prolongation, applicable lorsque les travailleurs ne peuvent accéder à leur lieu de travail en raison d’ordres des autorités publiques ou de risques météorologiques graves. La législation européenne doit évoluer en harmonisant le droit du travail en s’appuyant sur les législations les plus protectrices de ses pays membres.

Décliner le droit du travail au plus près de l’activité

Les effets des fortes chaleurs ne sont pas similaires selon les secteurs d’activité ou selon les métiers dans lequel nous exerçons. De fait, adossé à une réglementation générale, des déclinaisons au sein de conventions collectives sont nécessaires pour prendre en compte la spécificité des activités et des missions. Ainsi, le code du travail belge a intégré des seuils réglementaires contraignants d’exposition à la chaleur tenant compte de la charge et de la contrainte physiques du travail, de l’humidité et de la température de l’air

Ces déclinaisons sont également nécessaires afin d’intégrer des mesures de prévention des risques liés aux catastrophes naturelles et aux phénomènes météorologiques extrêmes. Certains métiers vont être d’autant plus bouleversés qu’ils sont en premières lignes face aux évènements extrêmes qui vont se multiplier : les travailleurs peuvent être exposés pendant le phénomène (pompiers, personnels soignants, agents publics), ou juste après ou durant les opérations de nettoyage.

Si des mesures d’arrêt du travail ou de modification des horaires sont possibles dans le BTP ou dans l’agriculture, il n’est par exemple pas envisageable de stopper des opérations de secours. Dans ces derniers cas, les agentes publics doivent avoir la garantie de ne pas être exposé à des seuils de pollution ou de stress psychosociaux, ce qui implique des moyens humains suffisants pour assurer par des exemples des rotations et des pauses suffisantes.

Bien que la portée précise de ces plans reste à déterminer, il y a donc urgence à ce qu’une réflexion au plus près de l’activité réelle des travailleureuses s’engage pour compléter des dispositions générales à inscrire dans le code du travail. Cet impératif souligne le rôle clé des syndicats et de la négociation collective dans l’adaptation au climat sur le lieu de travail.