[À voir] Welcome to Europe

mardi 3 mars 2026, par Groupe cinéma

« Welcome to Europe » : et si l’Europe n’était plus qu’un mirage pour celles et ceux qui risquent leur vie à ses portes ? À travers le voyage de Cyril Montana, petit-fils de réfugié espagnol, le film démonte les peurs et révèle une réalité crue : entre murs, violences et hypocrisie politique, l’idéal de fraternité se noie en Méditerranée. Une enquête humaine, pédagogique et implacable.

Welcome to Europe
Un film de Thomas Bornot et Cyril Montana
France – 2025 – 2h

Sortie en salles le 25 février 2026

Attac est partenaire de ce film.

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Une histoire intime, miroir de l’Histoire

Cyril Montana, petit-fils d’un républicain espagnol ayant fuit la dictature franquiste, se souvient : en 1939, son grand-père, comme des milliers d’autres Européens, fut interné dans un camp en France, malgré la devise « Liberté-Égalité-Fraternité ». Quatre-vingts ans plus tard, face aux déclarations de figures politiques comme Éric Zemmour et à l’instrumentalisation des peurs migratoires, il s’interroge : les mentalités ont-elles vraiment évolué ?
De ce parallèle naît Welcome to Europe : les exilés d’hier, européens et catholiques, subissaient déjà les mêmes rejets que ceux d’aujourd’hui. Le film entreprend alors un voyage à contre-courant, de la France vers la Méditerranée (Italie, Grèce, Turquie, Libye) pour confronter les lieux communs à la réalité vécue par les personnes en migration.

Un parcours en sens inverse : de Paris à Lampedusa

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Le voyage commence à Barcelone puis Paris, où Cyril rencontre des Afghans, des mineurs isolés et les bénévoles d’Utopia 56 qui tentent de pallier la maltraitance institutionnelle.
À Villeurbanne, des femmes exilées racontent leur désarroi ; à Calais, la sur-sécurisation du port, financée par les accords du Touquet, transforme la ville en laboratoire de la perte des droits humains.
Étape après étape – Vintimille, la vallée de la Roya, Briançon – se dessine l’image d’une Europe barricadée, où la fraternité gravée dans les textes se cogne aux murs, barbelés et dispositifs policiers.

Les chiffres contre les fantasmes

Sociologues et économistes convoqués par le film remettent les pendules à l’heure : la part des personnes issues de l’immigration en France n’a jamais été aussi faible (seulement 5% de la population adulte a quatre grands-parents immigrés).
L’OCDE souligne que l’impact économique de l’immigration est globalement neutre, loin des scénarios catastrophistes brandis par certains responsables politiques.
Benoît Hamon le souligne : « Les murs n’empêchent rien, ils ne font que déshumaniser. »
La théorie de « l’appel d’air », brandie par l’extrême droite, sert de justification à une répression coûteuse : le budget de Frontex avoisine les 845 à 922 millions d’euros ces dernières années, avec une montée en puissance programmée au‑delà du milliard d’ici 2027.
Autant d’argent pourrait être investi dans un accueil digne, plutôt que dans une forteresse inefficace.

La Méditerranée, cimetière des espoirs

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À Lampedusa ou Lesbos, les images sont accablantes : centres fermés, refoulements (pushbacks) illégaux, violences documentées par le Legal Center.
Depuis 10 ans, près de 30 000 personnes ont disparu ou sont mortes en Méditerranée en tentant de rejoindre l’Europe, faisant de cette mer l’une des routes migratoires les plus mortelles au monde.
Criminalisées pour leurs actions de sauvetages en mer, les ONG se heurtent à une Europe qui externalise toujours plus le contrôle de ses frontières, notamment en Libye, où rapports onusiens et enquêtes d’ONG documentent tortures, détentions arbitraires et formes d’esclavage moderne.
Le film en tire une conclusion claire : la politique européenne bafoue les droits humains qu’elle prétend défendre.

La fraternité en résistance

Face à cette Europe fermée, le film donne chair à une fraternité têtue, incarnée par des figures comme Cédric Herrou (Emmaüs) ou Damien Carême, député européen, qui rappellent une évidence : « Nos enfants sont aussi ceux de l’immigration. »
En parallèle, le film suit Yadullah, jeune Afghan passé par Lesbos avant d’arriver à Paris. On le voit dans son quotidien : démarches administratives, apprentissage du français, cours de yoga , puis son engagement dans un projet théâtral qui l’emmène jusqu’à la scène.

Cyril résume l’absurdité du système :

Je n’aurais jamais imaginé que mon voyage me mènerait si loin… pour comprendre que les migrants cherchent seulement la paix.

Un héritage piétiné

Welcome to Europe est une enquête sensible, portée par la présence de Cyril Montana, qui donne au film une forte dimension pédagogique sans jamais effacer l’émotion.
Il montre comment la fermeture des frontières crée précisément les problèmes qu’elle prétend résoudre, faisant des passeurs les seuls maîtres du jeu.
« France, terre d’accueil » n’est plus qu‘un slogan vidé de sa substance. Le vrai problème, martèle le film, n’est pas l’immigration, mais le racisme et la peur, devenus les outils d’une fiction politique qui divise et hiérarchise les vies.

En conclusion

Une Europe à la croisée des chemins ? Entre discours anxiogènes et réalité du terrain, Welcome to Europe pose une question simple : et si la solution résidait dans l’accueil, plutôt que dans la répression ? Grâce à un équilibre subtil entre intervenants (exilées, bénévoles, chercheurreuses, responsables politiques) et scènes du quotidien, le film permet d’aborder les droits humains, le racisme et les politiques migratoires, en montrant les conséquences concrètes de la mise en œuvre des idées d’extrême droite.
Un film nécessaire, qui rappelle que notre humanité se mesure à la façon dont nous traitons les plus vulnérables.