[À voir] La guerre des prix

lundi 4 mai 2026, par Groupe cinéma

La guerre des prix

Un film de Anthony Déchaux, 1h36
Sortie en salles le 18 mars 2026

La Guerre des prix est un film de fiction, de Anthony Déchaux, avec Ana Girardot et Olivier Gourmet, qui se déroule dans le milieu de la grande distribution – ou plus précisément dans l’univers méconnu des centrales d’achat.

JPEG - 88.2 kio
Le point de départ

A la suite d’une promotion, une jeune femme (Ana Girardot) rejoint l’équipe des acheteurs de la centrale d’achat d’une chaîne de supermarchés, où elle fait équipe avec un négociateur expérimenté (Olivier Gourmet). Le film nous plonge alors dans les séances de négociations, dans des « box » – de petites pièces sans fenêtres qui accentuent le sentiment de huis clos –, où les acheteurs exigent, de manière extrêmement violente, des prix toujours plus bas de la part des fournisseurs, en brandissant la sanction ultime : le déréférencement de leurs produits, c’est-à-dire la disparition pure et simple de leurs marques dans les rayons.

JPEG - 26.4 kio
Une guerre des prix… et des producteurs

L’argument récurrent des négociateurs est connu : garantir des prix bas aux consommateurs dans un contexte de forte concurrence entre enseignes. Mais cette pression se répercute en bout de chaîne sur les producteurs, en particulier les paysans, pris en étau entre coûts de production et pouvoir de marché de la grande distribution. Le film aborde également la question du bio, présenté comme une nouvelle « niche » commerciale que les centrales d’achat cherchent à intégrer dans leur logique de volumes et de marges.

JPEG - 45.5 kio
Au départ du projet

Anthony Déchaux est acteur et signe ici son premier long métrage. L’idée du film lui est venue à la suite d’une intervention de théâtre en entreprise dans un séminaire d’une grande enseigne : en écoutant les acheteurs raconter entre eux leur quotidien, leurs méthodes et leurs contraintes, il a pris conscience du potentiel cinématographique de cet univers.

Un récit au service du débat

Le film se présente ainsi comme un thriller économique qui a le mérite de rendre visible un monde rarement représenté à l’écran. Il se prête bien à une projection‑débat car il met en scène, de façon accessible, les rapports de force entre centrales d’achat, industriels et monde agricole, alors même que le sujet des centrales, de leurs alliances et de leur rôle dans la «  guerre des prix  » reste peu abordé, y compris dans le cinéma documentaire.

Entre efficacité et simplifications

Certains spectateurs ont toutefois souligné des raccourcis et une tendance à la caricature : trajectoire professionnelle jugée peu crédible, situations parfois trop « télescopées », opposition assez frontale entre grande distribution et petits producteurs. De même, le personnage incarné par Olivier Gourmet, dans un registre qu’il maîtrise bien, peut donner une impression de déjà-vu.
Mais ces limites tiennent aussi au choix du réalisateur : celui de privilégier la tension dramatique et la lisibilité. À ce titre, il fonctionne. Et surtout, le film ouvre plus de questions qu’il n’en ferme.

Pour prolonger la réflexion

Au-delà de ses simplifications, La Guerre des prix constitue ainsi une bonne porte d’entrée pour aborder un sujet rarement traité, et nourrir la réflexion sur les mécanismes – souvent invisibles – qui structurent les prix alimentaires.

Pour Attac, le débat peut être prolongé par un éclairage sur les alliances des centrales d’achat européennes, acteurs discrets mais structurants des rapports de force dans la distribution.

  • À propos du film : l’interview sur Thinkerview d’Olivier Mevel, Maître de Conférences à l’Université de Bretagne Occidentale et consultant en stratégie et marketing des filiales alimentaires, et Anthony Déchaux, le réalisateur du film, est particulièrement éclairante.
  • Conseil de lecture : on peut également lire ou relire le livre de Christian Jacquiau qui a décrit les pratiques de la grande distribution dans son livre Les Coulisses de la grande distribution, publié en 2000 chez Albin Michel. Christian Jacquiau y dénonçait de façon prémonitoire les méfaits d’un capitalisme purement financier qui menace les industries européennes.