[À lire] Le capitalisme comme trou noir, un livre de J.-M. Harribey

lundi 24 août 2020, par Attac France

Recension de l’ouvrage de Jean-Marie Harribey, Le trou noir du capitalisme, Éditions Le Bord de l’Eau, 2020.

Par Esther Jeffers, professeure d’économie à l’Université de Picardie Jules Verne (CRIISEA) et membre d’Attac et des Économistes Atterrés.

Une recension publiée initialement sur le site de Contretemps.

La crise qui a éclaté en 2007 fut la crise systémique la plus grave depuis la grande dépression. Elle a concerné tous les pays du monde et tous les principaux secteurs d’activité. Globale par ses multiples dimensions, elle s’est déplacée de l’économique au financier, du social à l’écologique, du politique à l’idéologique.

Plus d’une décennie plus tard, comment faut-il comprendre la pandémie du Covid-19 et la crise qu’elle a engendrée ? Se résume-t-elle à un accident de parcours du capitalisme qui, une fois passés le confinement et la paralysie de l’économie, pourrait repartir comme avant pour retrouver la voie de la croissance ? Ou bien s’agit-il de l’imbrication inédite d’une crise sociale et d’une crise écologique qui démontre le caractère systémique et profond de ce que nous vivons aujourd’hui ? La logique du profit sans fin du système en place l’a-t-elle conduit à sacrifier les deux piliers dont il ne peut se passer : les humains et la nature ? Et la répétition des crises est-elle une parenthèse, ou bien puise-t-elle ses racines dans le caractère endémique de la suraccumulation et de la surproduction ?

Un ouvrage rédigé et paru la veille de l’éclatement de la pandémie de Covid-19 apporte des réponses pertinentes à toutes ces questions. Il aurait pu immédiatement devenir obsolète tant nous vivons une situation inédite par tous ses aspects. Or, tel n’est absolument pas le cas. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire avec quelle lucidité Le Trou noir du Capitalisme de Jean-Marie Harribey démontre les limites sociales et écologiques du capitalisme et son incapacité à proposer un modèle autre que celui de la dégradation de la planète et de la condition salariale.

L’objectif de l’ouvrage est double : d’abord analyser les causes de cette crise pour mieux comprendre en quoi elle est globale et montrer au moyen d’une argumentation méticuleuse et parfaitement maîtrisée qu’on ne peut en sortir qu’à condition de s’attaquer à la logique même du système. Ensuite, explorer les voies de sortie pour discuter et rejeter les impasses et avancer celles qui permettraient de sortir du productivisme et de la crise sociale et écologique.

Le livre porte un beau titre et, dès l’introduction, Jean-Marie Harribey explique pourquoi le capitalisme est un trou noir, c’est à dire un système dont la logique est d’étendre indéfiniment la loi marchande à toutes les activités humaines, à toutes les espèces vivantes ainsi qu’à toutes les ressources naturelles, à toutes les connaissances. À l’image des « trous noirs » qui engloutissent toute matière et tout rayonnement lumineux dans leur voisinage, le capitalisme a vocation à tout engloutir, si cela peut rapporter un profit. Ce livre représente le cheminement intellectuel de Jean-Marie Harribey qui discute, approfondit, creuse les nombreuses questions posées et discutées par les économistes mais aussi dans le mouvement social, les syndicats, les organisations et associations citoyennes.

Le cadre théorique est marxien pour analyser la crise globale du système capitaliste globalisé qui ne peut représenter aucunement une voie d’émancipation pour l’humanité. Il se réfère à Polanyi pour les bifurcations et voies de sorties qu’il met en avant et qui sont au nombre de trois : la réhabilitation du travail, l’institution des biens communs et services publics, et la socialisation de la monnaie, notamment pour financer la transition écologique et sociale. Une lecture attentive montre un travail d’analyse très sérieux, l’ouvrage est très bien documenté, fait référence à de nombreux auteurs classiques mais aussi contemporains. Le livre s’adresse aussi bien à des enseignants-chercheurs et des étudiants, qu’à des militants des mouvements sociaux, des syndicalistes, des citoyens altermondialistes ou simplement préoccupés par l’avenir de la planète. Il est très lisible.

Chaque chapitre, y compris l’introduction, commence par une citation d’un auteur ou de plusieurs auteurs connus, dans des lieux et temps autres que ceux que nous vivons aujourd’hui. Et c’est un vrai délice d’accomplir ce saut dans le temps et l’espace, cette sorte de gymnastique intellectuelle qui nous permet de mieux saisir ce que certaines situations ont en commun. Le livre est aussi écrit par un amoureux de la langue, qui la manie avec une certaine virtuosité, dans un style très pédagogique, facile à comprendre, sans rien céder sur le fond quant à la qualité du raisonnement et de l’argumentation.


Lire la suite sur le site de Contretemps.

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