En Méditerranée, moins de traversées toujours plus de morts

mercredi 9 janvier 2019, par Ambre Lefevre

Un bateau qui sauve des vies et qui est empêché de naviguer ; par décision politique. La situation de l’Aquarius peut faire frémir. Affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, le navire a perdu son pavillon en septembre, après avoir secouru 29 523 personnes depuis 2016.

Depuis sa mise à l’arrêt, le nombre de disparu·e·s en mer n’a fait qu’augmenter. Car les bateaux d’ONG qui assurent les sauvetages en mer sont de moins en moins nombreux, et de plus en plus limités dans leurs moyens d’actions. “La bascule s’est produite au début des années 2010, quand les autorités européennes ont décidé d’externaliser les politiques d’asile”, explique Violaine Carrère, du Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés). Un accord est signé entre Ankara et l’Union européenne (UE) en mars 2016 : les migrants qui traversent pour atteindre les îles grecques peuvent être renvoyés en Turquie. Ce passage est alors le plus emprunté par les réfugié·e·s. “Ces personnes restent enfermées dans des conditions catastrophiques sur ces îles, qu’elles ne peuvent pas quitter avant que leur demande d’asile n’ait été acceptée. Cela peut parfois durer plus d’une année.”, dénonce Marine De Haas, responsable des questions européennes à la Cimade.

Après l’accord entre la Turquie et l’UE, les réseaux de passeurs se reportent sur “la route centrale de la Méditerranée”, à savoir la voie entre la Libye et la Sicile. Le nombre de traversées augmente significativement en 2016-2017. Et le nombre de naufrages aussi. Face à cette situation, des ONG envoient des bateaux pour secourir les passagers des embarcations de fortune qui partent de l’Afrique. En février 2017, l’UE développe un programme de soutien et de formation des gardes-côtes libyens. Ce sont eux qui sont désormais en charge du sauvetage des migrant·e·s, qu’ils ramènent en Libye, pays où les réfugié·e·s ont bien souvent subi les pires tortures et d’où ils veulent partir à tout prix, même à celui de se noyer en Méditerranée.
“Le nombre d’arrivées sur le sol européen a chuté depuis que l’Union européenne affecte des moyens pour sous-traiter aux gardes-côtes libyens”, pointe Marine De Haas. Les chiffres de réfugiés qui tentent de rejoindre l’Europe sont de nouveau comparables à ceux d’avant la “crise migratoire” de 2015. “Les passages sont moins nombreux depuis la fin de l’été 2017, mais beaucoup plus meurtriers”, souligne la responsable de la Cimade. En septembre 2018, une personne a disparu en mer pour chaque groupe de cinq personnes tentant la traversée.

Face à chaque nouveau dispositif de l’UE, les réseaux de passeurs s’adaptent. Depuis le début de l’année 2018, l’Espagne est redevenue la principale porte d’entrée en Europe, même si les passages par les enclaves au Maroc ou par le détroit de Gibraltar sont particulièrement dangereux. 50 000 personnes sont arrivées sur les côtes andalouses depuis janvier. “L’arsenal législatif européen se concentre davantage sur la protection des frontières et la lutte contre les entrées irrégulières que sur la façon dont on accueille les réfugiés”, regrette Violaine Carrère. Désormais, la pression est mise sur les pays de départ pour qu’ils empêchent les personnes de traverser la Méditerranée. “L’argent part dans des dispositifs à vocation répressive”, résume Marine De Haas. Et la société civile ne peut plus compenser : “Début 2017, les ONG ont été accusées de faire le jeu des passeurs, d’inciter les gens à prendre la mer et à mourir”, s’insurge la responsable de la Cimade, pointant la responsabilité de Frontex (l’Agence européenne de gardes-frontières et de gardes-côtes), mais aussi celles des dirigeants politiques. Confrontées à ces nombreuses difficultés, des ONG ont abandonné leurs opérations de sauvetage en mer. La situation s’est encore aggravée cet été, avec la fermeture des ports italiens pour les navires humanitaires encore en mission. A chaque sauvetage, des discussions surréalistes entre pays européens s’engagent pour refuser l’accueil d’une poignée de migrant·e·s. “Aucun accord global n’est possible”, regrette Marine De Haas, avant de détailler : “les pays d’accueil comme la Grèce, l’Italie et l’Espagne veulent rééquilibrer les choses, tandis que la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie ou la République tchèque ne veulent pas en entendre parler”. Et l’Allemagne et la France ? “Malgré leurs discours au niveau européen, Merkel et Macron sont rattrapés par leurs réalités nationales avec notamment la montée de l’extrême-droite”. Marine De Haas ne voit pas d’amélioration dans les mois à venir. L’UE continuera à fermer ses frontières et les migrants continueront à se noyer.

Les chiffres de cet article sont issus de rapports de la Cimade et du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR).

P.-S.

Crédits photo : DR - EPA/MaxPPP

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