Le rapport d’orientation

jeudi 4 juillet 2019, par Attac France

Les axes de travail de la mandature 2019/2022

1. Le contexte politique, économique, social et environnemental.

Le fossé ne cesse de s’élargir entre riches et pauvres, entre puissant·es et précaires, entre pays du Nord et du Sud, à l’échelle de la planète et au sein de nos sociétés. Le climat et la nature se dérèglent chaque année davantage sous l’intensification des rejets de gaz à effets de serre, de polluants dans l’air, l’eau et le sol. Sur le terrain politique nous assistons à une évolution décisive : les politiques liées à la mondialisation libérale et à l’austérité généralisée font l’objet d’un rejet de plus en plus net de la part des couches moyennes et populaires.

La crise financière de 2008 a entraîné de 2011 à 2013 de puissantes mobilisations remettant en cause le capitalisme financier, apparaissant comme le phénomène à travers lequel s’exacerbent aujourd’hui quelques-uns des principaux maux de notre système économique. L’oligarchie néolibérale a vu sa légitimité se déliter, entraînant une instabilité politique nouvelle et une transformation rapide des espaces politiques : les partis de centre gauche et centre droit perdent en influence et dans le même temps nous assistons à une montée des populismes de droite et à l’émergence de nouvelles formations à gauche. Les élites au service de l’ordre établi cherchent donc à répondre à leur crise de légitimité. Et ce n’est pas la remise en cause de politiques qui ont pourtant failli qui guide leur réflexion. Au contraire, le remède au mal se propose d’être encore et toujours plus violent : face à la contestation des peuples, ce sont l’autoritarisme, la répression, la dépossession démocratique qui sont mobilisés pour imposer leur agenda.

Avec la politique de la peur et les attentats terroristes, les démagogues désignent de faux coupables (les étranger·es, les musulman·es…) et gagnent même des élections. En Europe, les forces d’extrêmes droites sont entrées au sein de plusieurs gouvernements (Autriche, Italie, Pologne, Hongrie), ou voient leur influence progresser à l’image de la dynamique de l’AFD en Allemagne. Enfin, sur le plan géostratégique la percée des populistes de droite (Orban, Trump, Bolsonaro...), l’affaiblissement de l’hégémonie des États-Unis, l’émergence de nouvelles puissances économiques et diplomatiques comme la Chine produisent une instabilité généralisée qui peut produire des tournants brusques : crise de l’Union Européenne, possible retournement de la phase de mondialisation libre-échangiste, multiplication de conflits guerriers.

Nous connaissons donc une période incertaine. La crise de l’hégémonie néolibérale peut faire émerger de nouveaux monstres. Elle peut aussi donner un nouveau souffle à nos mouvements d’émancipation.

Car face aux dynamiques réactionnaires, des mouvements de résistances émergent ou se renforcent, que ce soit contre les politiques d’austérité, les mesures d’affaiblissement des droits des salarié.es ou les opérations de fragilisations des dispositifs de sécurité sociale. Font aussi intégralement partie de ces courants de contestation les formidables mobilisations féministes ou les mouvements pour la justice climatique. Les mouvements féministes se développent et s’enracinent jusqu’à atteindre des niveaux de mobilisations historiques. Des États-Unis contre Trump, de la Pologne à l’Irlande, jusqu’en Argentine et au Brésil, les marches féministes expriment des contestations visibles des gouvernements conservateurs. Les mobilisations du 8 mars 2018 - dont le rassemblement de 5 millions de personnes en Espagne soulignent le caractère structurel des inégalités depuis la sphère privée jusqu’au champ de l’emploi. Loin d’être un mouvement ponctuel, cette dynamique mondiale s’inscrit dans une construction sur le long terme qui émerge aujourd’hui largement, au-delà des cadres militants. Alors que les effets du dérèglement climatique sont de plus en plus palpables au quotidien, les mobilisations importantes témoignent de la prise de conscience croissante des populations face à l’urgence climatique (marches pour le climat, mobilisations contre les projets extractivistes…). De même, les mobilisations en solidarité avec les réfugié.es, notamment en Europe, ou «  le soulèvement des aéroports  » aux États-Unis, ont témoigné d’inventivité et de ténacité face aux politiques asymétriques et sélectives de fermeture des frontières et de criminalisation des migrations. Ce faisant, les nombreuses actions citoyennes expriment un positionnement politique clair en faveur de l’accueil des réfugié.es et proposent des pistes alternatives. En Europe, le mouvement «  Fearless cities  » entend porter un autre discours que celui de la peur. Des expériences alimentent les réflexions à différents niveaux institutionnels, comme les mouvements municipalistes, notamment en Espagne. Le réseau des «  villes rebelles  » traverse différents pays, et rappelle que la mobilisation des populations est déterminante dans la construction d’un projet progressiste en Europe.
Des luttes pour l’accès aux droits émergent également de l’auto-organisation des migrant·es, sans-papiers, immigré·es précaires ou saisonnier·ères qui viennent s’ajouter aux mouvements issus d’immigrations plus anciennes et de populations racisées.
Tous ces mouvements construisent des alternatives concrètes et portent en germe d’autres mondes possibles.

Sur le front économique, l’accumulation financière sans limites s’amplifie, avec des niveaux de capitalisation financière et de dette supérieurs à ceux de 2007. Les tensions boursières se multiplient et annoncent la prochaine crise. Alors que l’éclatement de la crise financière en 2007-2008 était la conséquence d’une dérégulation du secteur financier et qu’elle a été désastreuse pour les citoyens et citoyennes, aucune leçon n’a été tirée pour mettre au pas les grandes banques et autres fonds d’investissements. Au contraire, le processus de dérégulation et de spéculation financières se poursuit. Pour répondre aux exigences des financiers, Macron applique à marche forcée des mesures antisociales et antidémocratiques. Le mouvement des Gilets Jaunes s’inscrit en réaction à ces politiques. Il faut exiger des mesures pour désarmer les marchés financiers, contrôler les banques et répartir les richesses.

Un enjeu essentiel de la période consiste à porter une autre vision de la mondialisation, face au néolibéralisme d’E. Macron, A. Merkel, J. Trudeau et consorts d’un côté, et de l’autre la xénophobie de D. Trump et de chefs de gouvernement de plus en plus nombreux, notamment en Europe, qui en appellent au repli sur soi et à la chasse aux migrant·e·s. Dans ce contexte, l’altermondialisme n’a jamais été autant nécessaire. Mais en même temps, nous avons besoin de poursuivre certains débats et peut-être aussi, de préciser une autre vision pour être entendus par le plus grand nombre.

Un nouveau cycle du libre-échange s’ouvre, le multilatéralisme cède la place à la multiplication d’accords bilatéraux. Ainsi, les négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) piétinent, les sommets de l’OMC, des G7, G20 et autres rencontres intergouvernementales ne sont plus les lieux, comme au cours des décennies 1990 et 2000, où se décide la marche du monde. La crise a également entraîné un ralentissement des échanges internationaux, marquant ainsi un coup d’arrêt au processus de mondialisation économique. Les menaces de guerre commerciales entre grandes puissances se font jour. Sous la pression des multinationales, et pour relancer le commerce international, les gouvernements ont négocié de nouveaux accords de libre-échange bilatéraux, tels que le CETA entre l’UE et le Canada, qui renforcent la libéralisation des marchés. Mais on voit bien la difficulté de s’opposer à ces accords, complexes et nombreux, qui renforcent la libéralisation des marchés. Par ailleurs, l’arrivée de Trump au pouvoir s’accompagne de remise en cause de négociations passées, mais également de mesures protectionnistes. Dynamiques de libéralisation toujours à l’oeuvre et dans le même temps les tensions commerciales sont des contradictions de la période que nous devons analyser afin d’actualiser nos réponses.

Cette rupture entraînera un bras de fer avec les institutions européennes, c’est à dire un processus de désobéissance citoyenne. Il sera nécessaire de faire émerger, en lien avec les Attac d’Europe, un projet alternatif de coopération supranationale pour l’émancipation humaine. Ce projet nécessitera la mise en place d’institutions réellement démocratiques, seules susceptibles, dans un monde globalisé, de défendre les droits sociaux, environnementaux, les biens communs et la justice fiscale. Les mouvements progressistes en Europe sont, à l’heure actuelle, paralysés tant la difficulté est grande à sortir du cadre imposé. Pourtant, entre le néolibéralisme européiste et autoritaire d’un Macron, et le nationalisme « illibéral » d’un Orban, les motifs d’une opposition résolue à ces deux projets politiques sont nombreux et relèvent des fondamentaux du mouvement altermondialiste. Défense de la souveraineté démocratique, solidarité entre les peuples, combat contre le libre-échange des capitaux et des marchandises et défense des droits des migrants défense de la libre circulation des êtres humains, rupture avec le productivisme et l’extractivisme, défense des droits démocratiques… Sur tous ces sujets essentiels, nos deux adversaires partagent nombres de propositions à l’antipode de nos valeurs. Pour reprendre pied, les mouvements sociaux en Europe doivent revendiquer la fidélité à leurs valeurs et principes, notamment internationalistes, tout en rompant avec les illusions d’une réforme progressiste de l’Union Européenne.

Enfin, la crise écologique doit être centrale dans nos réflexions et actions. Elle se renforce, met en danger la survie même des sociétés et aggrave les inégalités sociales. Elle ne trouve aucune réponse au niveau des politiques gouvernementales. Les dirigeant·es actuel·les oscillent entre le négationnisme climatique revendiqué de Trump et une politique macronienne qui se résume essentiellement à de la communication. Dans le même temps se poursuivent des politiques climaticides et écocides au service des multinationales, le développement de projets destructeurs et la promotion du business comme réponse au chaos climatique. Le mouvement altermondialiste porte la nécessité d’une rupture avec le système productiviste, pour en finir avec une conception de la croissance uniquement basée sur le PIB. Si certaines activités polluantes ou inutiles doivent décroître, d’autres doivent être développées pour la satisfaction des besoins sociaux et écologiques et des mesures de solidarité au profit des populations affectées. Cela suppose un changement profond de nos façons de produire et de consommer, une sobriété énergétique et matérielle, le développement des activités soutenables et de l’emploi en ce sens. Cela suppose aussi de rompre avec la finance prédatrice pour mettre le système financier au service de la transition écologique et sociale.
Cela suppose enfin, d’étudier aussi les solutions que pourraient apporter une décroissance socialement soutenable comme remède aux problèmes planétaires.

En France, l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron et de son gouvernement a amorcé une nouvelle étape de transformation de la société française selon les canons du néolibéralisme. Destruction méthodique et sûre des services publics et de la protection sociale ; recul devant toute avancée environnementale, dès lors que les intérêts des multinationales sont en jeu, démantèlement des outils de partage des richesses, multiplication des attaques contre les droits humains fondamentaux, à commencer par ceux des migrant·e·s… Pour ce faire, un marketing puissant a été déployé, qui rend cette politique d’autant plus redoutable, mais qui cache de moins en moins ce qu’elle est : une politique néolibérale, autoritaire et conservatrice. Au point que la colère populaire a émergée en un mouvement quasi spontané : les Gilets jaunes. La méthode rapide et brutale du président des ultra-riches pour imposer son business model n’a pas produit l’effet de sidération escompté. La stratégie qui s’appuie sur une répression policière des mouvements sociaux et des quartiers populaires, l’institutionnalisation de l’État d’urgence, fait le pari de casser toute résistance ; elle a certes déjà engrangé plusieurs victoires. Mais des mobilisations, sectorielles ou convergentes, se développent face à lui, dont certaines sont inédites dans leur composition et leur diversité, comme Nuit debout ou le mouvement des Gilets jaunes. Elles n’ont pas suffi pour l’instant à mettre un coup d’arrêt à son entreprise de démolition sociale et démocratique, mais elles sont le signe d’une opposition sociale qui se construit et qui pourra peser bien davantage face aux attaques à venir.

2. Les engagements d’Attac 2019-2022

Attac a un rôle stratégique à jouer, pour ne pas laisser le populisme xénophobe se présenter comme la seule alternative au libéralisme autoritaire. Nous souhaitons populariser des alternatives au système capitaliste actuel et nous estimons que l’altermondialisme, redéfini et réactualisé, constitue un moyen important pour réaliser une transition écologique, sociale et féministe. Il nous faudra pour cela continuer à avancer nos propositions pour faire émerger cet autre monde qui est non seulement possible, mais nécessaire, même si cette profonde transformation sociétale est difficile. Face à ces enjeux les défis sont immenses comme les potentiels champs d’action d’Attac.

Notre association a également une particularité dans le mouvement social, celle de rechercher une vision globale et transversale des enjeux. Il est pour autant essentiel de nous donner des priorités afin d’agir dans un cadre contraint par nos limites actuelles (militante, budgétaire…). Attac doit aussi poursuivre ses collaborations avec ses partenaires, réseaux, alliances, ou soutenir des initiatives sur d’autres sujets que ses priorités. Ainsi, pour la prochaine mandature nous nous fixons cinq priorités :
2.1 La dimension européenne et internationale : un enjeu majeur de la période Alors que la tentative de repli menace les mouvements locaux et nationaux, la dimension internationale d’Attac est essentielle.
Attac agit à l’international en participant à des évènements et campagnes collectives, en favorisant les dynamiques de convergence entre les mouvements sociaux et en proposant des analyses sur les enjeux globaux. Les mouvements altermondialistes, forces de proposition, ont démontré que d’autres mondes émergent. Attac qui s’inscrit depuis toujours dans un cadre international doit associer analyse, échange et action. Nous devons poursuivre le travail engagé en lui donnant un nouveau souffle, en veillant à la transversalité des questions internationales au sein des autres thématiques de l’association.

Alors que les « équilibres » régionaux sont en pleine transformation, il est important pour Attac d’analyser les changements en cours : face à l’élection de Trump, la montée des droites, l’instabilité politique en Europe et dans de nombreuses régions du monde, les mouvements sociaux ont besoin de re-penser leurs stratégies. De même, nos mobilisations, nos contre-sommets ou les forums sociaux mondiaux, n’ont plus la même ampleur. La dynamique alter est elle aussi en transformation et Attac peut contribuer à la redéfinition des processus de convergence et d’alliances de nos mouvements à l’international.

Et face à l’urgence climatique de nouvelles formes d’actions apparaissent, de même qu’une dynamique féministe mondiale se renforce.

Il est nécessaire enfin de renforcer les échanges avec les mouvements sociaux à l’international et notamment en Europe, et de contribuer activement à la dynamique des réseaux dans lesquels l’association s’inscrit (Forum Sociaux Mondiaux, Altersommet, Alternatives systémiques, réseaux militants internationaux sur le commerce international et la finance..). Des actions communes doivent être poursuivies notamment avec le réseau des Attac d’Europe et le réseau Globattac.

2.2 Désarmer la finance et lutter pour la justice fiscale Notre association s’est créée autour de la proposition d’instaurer une taxation des transactions financières. Vingt ans plus tard, il s’agit pour Attac de poursuivre ce travail et plus largement, son combat pour désarmer les marchés financiers. Il s’agit également de mettre fin à l’évasion fiscale pour que les ultrariches, les géants du numérique et les multinationales cessent d’échapper à l’impôt, ainsi que de séparer les banques de dépôt et les banques d’investissement. Pour convaincre une majorité des citoyen·ne·s qu’il est urgent de mettre en place nos propositions, nous cherchons à mieux faire le lien entre l’hégémonie de la finance et ses conséquences sur la vie de tous les jours des citoyen·ne·s. Ainsi, le gouvernement français tente d’imposer l’idée que, au nom de la dette supposée excessive, l’argent public manque pour des services publics et une protection sociale de qualité et pour la transition écologique. Il nous faut montrer, au-delà du cercle des personnes déjà convaincues, que cet argent, que des dizaines de milliards d’euros par an en France, pourrait être récupéré en imposant notamment une taxe sur les transactions financières et une lutte efficace contre l’évasion fiscale. Nous devons également démontrer qu’il est possible de prendre le contrôle de la finance et de notre avenir en réorientant des milliards d’euros des énergies fossiles et de la finance nocive vers un secteur bancaire placé sous contrôle citoyen, dont un pôle public écologique et solidaire.

2.3 Pour la transition écologique, sociale et féministe
Attac s’est donné depuis plusieurs années pour ambition de relier les enjeux environnementaux à ceux sociaux et démocratiques et à l’hégémonie de la finance. La prochaine mandature doit poursuivre ce travail. Il s’agira de s’investir au sein des mobilisations pour la justice climatique et confirmer la place prise par Attac dans ce mouvement, et de participer activement, à travers notamment les comités locaux et le réseau des Attac d’Europe, aux luttes contre l’extractivisme et contre les grands projets inutiles, sous forme de résistances, d’actions et d’alternatives. Attac se donne aussi pour objectif de dénoncer le rôle de la finance, notamment des grandes banques, dans le financement d’activités destructrices des écosystèmes, en particulier des industries fossiles. Elle doit également participer à la production intellectuelle, permettant de nous insérer dans les débats, d’enrichir nos analyses et de faire vivre nos propositions. Des chantiers de réflexion et de production d’analyses sont à développer. Cela nécessitera la publication de rapports et/ou d’ouvrages permettant de valoriser notre combat pour une transition écologique socialement juste, intégrant parmi les priorités les communautés impactées au Nord comme au Sud et le principe d’égalité entre les femmes et les hommes. L’heure n’est plus à une transition qui prendrait 30 ans, mais plutôt à l’imminence d’un basculement systémique. Anticipons-le ! Tant l’urgence face aux catastrophes climatiques existantes et à venir que le poids du risque nucléaire nous oblige à repenser une société construite à partir de projets alternatifs systémiques sur les territoires, que nous devons faire emerger et promouvoir.

2.4 Lutter contre les multinationales et les accords de libre échange
En ce qui concerne le libre-échange, la période actuelle est cruciale. La tentative de maillage de la planète à partir d’accords bilatéraux (qui peuvent être complétés par des accords plurilatéraux) risque de donner aux multinationales les moyens institutionnels de contrôler et d’encadrer les politiques publiques (via notamment les tribunaux arbitraux et les organes de coopération réglementaire). Attac devra donc poursuivre l’analyse des projets de traités dans lesquels s’est engagée l’UE en vue de leur faire échec et d’en faire comprendre à nos concitoyen.nes leurs répercussions. Toute victoire sur l’un de ses projets serait un coup d’arrêt très important à la politique commerciale ultra-libérale de l’Union Européenne. Attac doit aussi participer à la définition d’approches alternatives des échanges internationaux et régionaux donnant la priorité à la solidarité, aux impératifs sociaux et environnementaux. Nous souhaitons des accords d’échange multilatéraux, régulés et qui donnent la priorité aux objectifs sociaux, sanitaires et environnementaux et à la solidarité internationale. Mais au-delà, quelles institutions internationales proposons-nous ? Quelles mesures mettre en oeuvre pour protéger les citoyen·nes des multinationales et de la concurrence débridée ? Se pose notamment la question de la régulation des échanges de biens, de services et de capitaux, aux frontières ou non, par exemple en approfondissant les enjeux et limites d’outils comme les droits de douane, la taxe kilométrique, etc.

2.5 Défendre et promouvoir les droits sociaux et démocratiques
Emmanuel Macron et son gouvernement organisent une attaque inédite des services publics et de la protection sociale, dont les retraites et l’assurance chômage, avec une forte baisse des budgets, une remise en cause du statut des fonctionnaires, un affaiblissement des collectivités locales… Les classes populaires en seront les premières victimes. Les femmes, plus nombreuses parmi les précaires, et les personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté sont particulièrement touchées. En opposition avec l’intérêt de la majorité de la population, la libéralisation de notre société et le démantèlement des acquis sociaux s’accompagnent d’attaques contre nos acquis démocratiques, d’une stratégie de recherche de boucs émissaires (migrant·es, populations Roms et musulmane, etc.), et d’une répression toujours plus violente de toutes formes de contestation. Les quartiers populaires et les populations racisées en sont les plus exposés. Les migrant.es sont instrumentalisé.es comme figure de «  l’ennemi extérieur  », mais aussi comme une menace de l’intérieur, contre les droits sociaux des «  nationaux  ». Les campagnes sur la pénurie d’argent public peuvent être utilisées pour fonder l’argumentation d’extrême droite de la «  priorité nationale  ». Nos campagnes pour une autre répartition des richesses sont au contraire fondées sur l’égalité dans l’accès aux droits sociaux.

Attac n’a pas, sur ces sujets, de rôle moteur pour construire les mobilisations, mais elle peut doit jouer un rôle essentiel de décryptage des enjeux et de liant entre les organisations et les citoyen.ne.s, comme elle l’a fait à plusieurs reprises sur des sujets comme les retraites, la loi travail ou en étant à l’initiative des manifestations de la Marée populaire. Elle a renforcé ces mobilisations en reliant cette casse sociale à l’hégémonie de la finance, via son expertise, son travail d’éducation populaire et ses actions citoyennes. Ainsi, elle a montré l’importance de la transversalité des luttes : lutter contre les inégalités femmeshommes dans les mobilisations contre les réformes des retraites, contre le démantèlement du code du travail, contre les discriminations et le racisme, permet d’élargir la riposte et de renforcer les luttes. Les enjeux démocratiques sont de plus en plus essentiels et doivent occuper une place plus importante dans les travaux, les campagnes et les luttes de notre association. C’est dans ce sens que nous souhaitons poursuivre notre implication pour défendre et promouvoir d’autres droits sociaux et démocratiques, particulièrement dans l’entreprise où aujourd’hui encore des millions d’hommes et de femmes dans leur activité principale n’ont toujours pas voix au chapitre. 

3. Les moyens à mettre en oeuvre pour répondre à ces engagements

3.1 Les chantiers
3.1.1 Faciliter l’implication des adhérent·es
Vingt ans après sa création, suite au succès des dernières Universités d’été et au dynamisme de ses campagnes, Attac attire à nouveau de nombreux·euses sympathisant·es et adhérent·es et c’est une excellente nouvelle ! Nous devons favoriser leur implication à tous les niveaux de l’association, dans les différents espaces d’engagement. La force d’Attac est d’offrir un répertoire d’actions diverses : espaces de débats, actions symboliques et de désobéissance, diffusion d’analyses et promotion d’alternatives, intervention dans l’espace public en s’inspirant des outils de l’éducation populaire, construction de mobilisations unitaires… Nous devons valoriser ces différentes possibilités d’engagement dans notre association.
Le nombre de nouveaux.elles adhérent.es est en hausse mais nous perdons aussi d’anciens adhérent.es. Nous devons améliorer le travail d’accueil et de fidélisation des adhérent.es, notamment avec la mise en place de formations et d’outils d’accueil et d’échange pour les Comités locaux.

3.1.2 Développer les actions symboliques et de désobéissance civile
Attac se définit depuis sa création comme une « association d’éducation populaire tournée vers l’action ». Attac est désormais capable de rendre compréhensibles ses analyses et propositions par des actions à forte charge symbolique et qui assurent une visibilité médiatique. Alors que la désobéissance civile ne faisait pas partie de notre ADN, cela fait maintenant plusieurs années que l’association appelle ses adhérent·e·s à mener des actions qui franchissent les frontières de la légalité pour mieux dénoncer l’hégémonie de la finance et des multinationales. Les victoires juridiques contre Apple et BNP Paribas, comme le fait que ces actions contribuent à redonner de l’espoir en créant une réelle sympathie autour d’Attac et permettent d’attirer de nouvelles et nouveaux militant·es, doivent nous inciter à poursuivre et amplifier cette stratégie. L’objectif est de pérenniser des dizaines de groupes d’action en France et ainsi d’impliquer à terme des milliers de militant.es formés à même de pratiquer des actions de désobéissance civile. Néanmoins il ne s’agit pas de mener des actions pour mener des actions : Attac doit veiller à bien articuler cette dimension avec sa fonction d’expertise, comme nous avons su le faire par exemple lors de la campagne « Apple paye tes impôts », où les actions menées ont permis de populariser les propositions contenues dans le rapport “Apple, le hold up mondial”. Nous devons également veiller à bien articuler des revendications et des objectifs permettant de déboucher sur des victoires concrètes avec des revendications plus globales et des stratégies de mobilisation à plus long terme.

3.1.3 Développer l’éducation populaire et la formation.
Pour accueillir l’afflux de nouveaux et nouvelles militant·es, il est nécessaire que l’association propose un programme de formations favorisant pleinement l’intégration de chacun·e dans la vie et les activités de l’association. Dans ce contexte, les initiatives de formations à la fois pratiques et théoriques doivent devenir un objectif fort de la prochaine mandature. Celles-ci doivent permettre à tou·tes de s’initier aux pratiques d’éducation populaire. Elles doivent favoriser aussi l’appropriation des enjeux portés dans le cadre des campagnes mises en oeuvre. Elles sont enfin l’occasion de construire une culture commune, tout en étant des temps forts de rencontre entre militant·es et entre comité locaux.

3.1.4 Ouvrir un espace de débats et de productions intellectuelles utiles aux mouvements sociaux
Dans ces dernières années, le conseil scientifique (CS) a assuré le développement de la revue Les Possibles mais il connaît par ailleurs des difficultés. Attac a grandement besoin d’une telle expertise, pour préparer les Universités d’été, répondre à des sollicitations de comités locaux, dans les médias et pour d’autres organisations, pour rédiger des analyses, notamment des livres, pour ponctuellement appuyer des campagnes d’Attac... mais surtout pour relancer un espace de débats et de productions intellectuelles utiles pour les mouvements sociaux. Le Conseil scientifique est enfin l’une des sources de crédibilité d’Attac dans les débats publics. L’idée est de repartir d’une équipe d’animation, nommée par le CA pour une durée à déterminer, avec autant que possible une parité entre femmes et hommes, entre économistes et non économistes et une pluralité générationnelle.

3.1.5 Garantir l’indépendance financière d’Attac
Les ressources principales de l’association sont les adhésions, les abonnements au journal interne Lignes d’Attac ainsi que les dons. Ces ressources couvrent plus de 80 % du financement nécessaire à Attac et assurent l’indépendance nécessaire à l’élaboration de ses positionnements ainsi que la conception et mise en oeuvre de ses actions. C’est une force à entretenir, consolider et développer afin de garantir la pérennité de l’association. Le reste des ressources provient de fonds publics et de fondations. Pour qu’Attac puisse jouer pleinement son rôle dans les années à venir dans le cadre des priorités définies dans ce rapport, pour consolider son assise et renforcer l’impact de ses actions, il est nécessaire de mettre en place une stratégie visant l’augmentation progressive de ses ressources dans leur globalité en privilégiant les adhésions et dons.

3.1.6 Élargir l’audience d’Attac
Depuis plusieurs années un travail important a été accompli pour élargir et diversifier notre audience via la publication régulière de “petits guides”, la réalisation de vidéos, la diffusion d’appels à signature, le renforcement de notre présence sur les réseaux sociaux ou le travail de valorisation de nos campagnes et actions dans les médias locaux et nationaux. Pour sensibiliser plus largement encore sur les thèmes prioritaires énoncés dans ce rapport d’orientation et promouvoir les initiatives de l’association (campagnes, publications, actions, évènements,....) il est nécessaire de prolonger ce travail en développant différents axes : poursuivre l’évolution de nos outils (site internet, comptes sur les réseaux sociaux, outils de suivi et d’implication de nos adhérent·e·s et sympathisant·e·s) en lien avec les différentes mutations du web ; développer des chantiers pour accroître la visibilité et toucher de nouveaux publics : développement de formats vidéos originaux, réaction à l’actualité, travail auprès des médias, webinaire… Il est également nécessaire de développer nos actions auprès des classes populaires en renforçant ou établissant des convergences avec des organisations implantées dans des quartiers populaires ou menant des luttes pour les droits des plus défavorisés (précaires, travailleurs et travailleuses, retraité.es pauvres, chômeuses et chômeurs, personnes racisé.es, parents isolés...). Pour cela, une réflexion et des échanges d’expériences dans ce domaine doivent être organisés au sein de notre association.

3.2 La vie d’Attac
3.2.1 Les comités locaux
Le premier espace d’engagement militant proposé correspond bien sûr aux nombreux comités locaux (CL) implantés sur presque tout le territoire. Ceci passe par un renforcement de l’appui aux comités locaux, pour se créer ou se développer, pour accueillir de nouvelles et nouveaux adhérent·es. De nombreuses régions ou localités n’ont pas ou plus de comités locaux. Nous devons dans les trois ans qui viennent aider à reconstruire une activité locale partout où des adhérent·es sont présent·es. Il est également nécessaire de favoriser les mutualisations entre comités locaux, notamment les pratiques facilitant l’intégration de nouvelles et nouveaux militant.es. Pour mener les campagnes d’Attac et le cas échéant des interventions dans les politiques locales, il est également nécessaire de favoriser les mutualisations entre les comités locaux, les pratiques d’intégration des nouvelles et nouveaux militant.es et la recherche de partenariat avec des associations proches. La Conférence nationale des comités locaux (CNCL), qui se réunit trois fois par an, pourrait également peser davantage dans les décisions de l’association, avec une meilleure articulation avec le CA et une plus forte représentation de l’ensemble des comités locaux. La CNCL est aussi un espace important à investir par de nouveaux et nouvelles militant.es pour favoriser leur connaissance de l’association. Il est donc nécessaire de sensibiliser les CL pour développer et élargir leur implication dans la CNCL et y envoyer de nouvelles têtes.

3.2.2 Les espaces de travail nationaux
Un autre niveau d’engagement passe par les espaces de travail nationaux, qui ont été relancés. L’activité de ces espaces, notamment des cinq considérés comme prioritaires pour la prochaine mandature (banques et finances, enjeux et mobilisations internationales, libre-échange, écologie et société, travail santé et protection sociale), doit se poursuivre, avec un noyau solide d’animatrices et d’animateurs, pour articuler expertise et mobilisation et mettre en oeuvre les campagnes de l’association. Les autres espaces (notamment actions, alternatives, démocratie, genre, migrations, formation et éducation populaire) sont évidemment importants dans Attac pour continuer, sur ces questions, à échanger, élaborer des réflexions collectives et proposer des initiatives.

3.2.3 Le Conseil d’administration
Pour porter les campagnes et orientations nationales d’Attac, une instance est centrale : le Conseil d’administration. Celui-ci doit pouvoir compter notamment sur des élu·e·s qui connaissent la vie d’Attac et de ses comités locaux, ou encore qui aient une solide expérience dans le mouvement social et qui y consacrent de l’énergie et du temps en acceptant les compromis inhérents à toute organisation collective. Il en est ainsi des élu·es issu·es des adhérent·es comme des fondateurs. C’est pourquoi le renouvellement des élu·es du CA et de son bureau sont à penser bien en amont des élections tous les trois ans, pour que les orientations d’Attac, inscrites dans ce rapport, soient davantage portées et partagées par un cercle large d’élu·es. Le conseil d’administration s’engage également à développer l’accès d’informations aux comités locaux sur les perspectives militantes des mois à venir (comptes rendus, tableaux organisationnels, ...).

3.2.4 L’équipe salariée
L’activité d’Attac et son développement actuel nécessitent d’être collectivement vigilant·es aux conséquences sur l’équipe salariée. La cohérence portée par notre mouvement nous oblige à garantir des conditions de travail en notre sein que nous revendiquons pour tou·te·. Ainsi, nous devons tout à la fois développer nos ressources financières afin d’assurer les embauches répondant au développement de notre association, et favoriser, par la formation et une réflexion sur l’accueil des nouveaux·elles, les prises de responsabilités militantes afin que le dynamisme de notre association ne repose pas trop sur l’équipe salariée.

3.2.5 L’Université d’été
L’UE est un évènement essentiel pour Attac. Elle permet la rencontre des militant·es, la diffusion des analyses et propositions dont nous sommes porteurs, mais également fait émerger de nouvelles questions et débats à poursuivre. Elle est un temps de visibilité et de rencontre avec Attac pour de nouvelles et nouveaux militant·e·. Enfin, que ce soit lors des Universités d’été européennes, ou à l’occasion de la 1re Université des mouvements sociaux à Grenoble, Attac joue pleinement son rôle en favorisant les convergences entre divers mouvements sociaux, médias alternatifs et intellectuel·le·s. Ce sont des formes d’Universités d’été à poursuivre si possible.

3.2.6 Attac Campus
Attac Campus a compté jusqu’à récemment plusieurs groupes locaux, mais s’est nettement affaiblie ces dernières années. Or, c’est un des moyens du renouvellement générationnel dans Attac, mais surtout de réinvestir les lieux d’enseignement supérieur pour en faire des espaces de mobilisation en lien avec les organisations déjà présentes. Là aussi, il faut reconstituer une équipe de militant·es qui animent le réseau national, mettent en lien les groupes locaux, les connectent avec les instances et campagnes nationales d’Attac. Il faut également approfondir la réflexion sur la fonction d’Attac Campus : par exemple, est-ce un espace d’engagement lié à un lieu de vie déclinant les activités habituelles d’Attac, ou est-ce un cadre d’engagement permettant de faire vivre des questions spécifiques à la jeunesse et à l’enseignement supérieur ?

3.2.7 Le Collège des fondateurs
Attac a par son lien avec d’autres organisations du mouvement social un caractère exceptionnel et un rôle particulier à jouer. Nous sommes, sur bien des sujets ou à certaines occasions, une des seules forces pouvant favoriser la convergence dont les mouvements sociaux ont besoin. Le rôle joué par Attac lors de la Marée populaire, pour la construction de l’Université d’été 2018, dans les liens entre syndicats et mouvements écologiques (lors de la COP 21 ou à l’occasion de la campagne Emplois climat) sont autant d’exemples d’une vocation que nous devons continuer maintenir, voire amplifier. Ainsi, nous pourrions, au cours des prochaines années, chercher à ouvrir le Collège des ou médias).

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