Le rapport d’orientation

lundi 13 juin 2016, par Attac France

Les axes de travail de la mandature 2016/2019

L’identité et la stratégie d’Attac

Causée par la finance et les dettes privées, la crise de 2007-2008 n’a pas conduit à la remise en cause des politiques néolibérales. Au contraire, elle a débouché sur une nouvelle bulle de dettes publiques et de spéculation financière. Les pays émergents ont soutenu la croissance mondiale, mais s’enfoncent désormais dans une grave crise écologique et financière, notamment la Chine, qui est confrontée au défi de la réorientation de son économie. Le commerce mondial a ralenti après la crise des subprimes. Lorsque la prochaine crise financière se produira, la plupart des gouvernements ne pourront plus guère gonfler encore les dettes publiques, déjà colossales ; et les banques centrales seront dans l’impossibilité de réduire les taux d’intérêt, déjà quasi nuls. Le processus de mondialisation du capital pourrait s’inverser et laisser la place à une période de fragmentation de l’économie mondiale

Au cours de la mandature 2016-2019, ce contexte nouveau va interpeller profondément notre association, créée à la fin des années 1990 pour lutter contre le néolibéralisme triomphant. Le néolibéralisme n’est pas mort, la finance a même renforcé sa concentration et son pouvoir après 2008, mais son instabilité est de moins en moins contrôlable. Les tendances à la fragmentation économique sont doublées par les replis identitaires. Le pillage des ressources naturelles, les interventions militaires au Proche et Moyen-Orient et en Afrique contribuent aux désordres sanglants dans ces régions et à déclencher les départs de migrants qui se heurtent à la forteresse Europe.

Partout la brutalité du capital financier sans foi ni loi provoque des luttes sociales, écologiques, féministes et démocratiques, mais génère à l’opposé des réactions intégristes, sexistes, nationalistes ou racistes. Certains courants de l’extrême droite se présentent comme des adversaires du libéralisme alors qu’ils se contentent d’en dénoncer les excès sans jamais combattre les fondements du système capitaliste. Ils prétendent représenter le peuple contre les élites, mais détournent leur colère contre des boucs émissaires pris en son sein (étrangers, réfugiés, chômeurs, assistés, exclus etc.), ce qui nous oblige à déconstruire leurs discours et renforcer notre message.

Face à la violence sociale croissante, les gouvernements répondent par la répression, la criminalisation des lanceurs d’alerte et des mouvements sociaux, les politiques sécuritaires et la surveillance généralisée qui portent gravement atteinte les libertés publiques et la démocratie, et renforcent le sentiment de dépossession. Le mouvement social est, quant à lui, resté divisé, notamment dans le monde syndical où de véritables questions stratégiques se posent, et incapable de rassembler les secteurs sociaux les plus touchés par la mondialisation néolibérale. Ses mobilisations, critiques et propositions sont largement ignorées par les grands médias, aux mains de quelques grands groupes privés dont l’emprise menace gravement le pluralisme de l’information. On a assisté en conséquence, ces dernières années, à un recul des mobilisations sur le terrain social et des luttes contre l’austérité. La crise grecque a révélé le déficit de coordination des mouvements dans l’Union européenne et le vide du débat politique dont les conséquences apparaissent aujourd’hui. Dans le même temps, d’autres mouvements sociaux et écologiques gagnent du terrain, comme les résistances contre les grands projets inutiles et imposés, le mouvement pour la justice climatique ou les mouvements féministes.

Les dimensions centrales de l’identité d’Attac

Des décennies de défaites sociales et de reculs idéologiques imposent un esprit de reconquête au plus près du terrain. Attac s’est employée, dans ce contexte difficile de crise permanente, à relancer et à renouveler le débat. Attac a également cherché à favoriser les mobilisations à toutes les échelles (locale, nationale, européenne et internationale) et à participer à la construction, au renforcement et à la mise en visibilité de la solidarité international. C’est notamment le cas dans le cadre de l’Altersommet, du mouvement pour la justice climatique, des forums sociaux mondiaux (FSM) et de son réseau des Attac d’Europe et du monde, en prêtant une attention particulière aux nouvelles formes de mobilisation (Indignados et Occupy, Alternatiba, Blockupy, Marches européennes contre l’austérité, Marche mondiale des femmes…).

Notre opposition aux politiques néolibérales ne vise pas à revenir à un passé mythifié – l’unité de la communauté nationale ou religieuse -, mais à affirmer une communauté politique mondiale des peuples apte à affronter les défis sans frontières que sont les inégalités de richesse, les inégalités de genre et le dérèglement climatique, ainsi que leurs conséquences, les migrations de populations désespérées. L’altermondialisme porte le projet de sociétés ouvertes sur le monde et refusant le règne de la concurrence généralisée. Il doit pour cela chercher à articuler les niveaux de souveraineté démocratique, du local au global, du politique à l’économique. À la liberté de circulation des capitaux et des marchandises, mais aussi à la fermeture des frontières et au règne du chacun pour soi, nous opposons la liberté des individus de circuler et de coopérer pour décider ensemble des moyens de protéger la nature et la société.

L’élite politico-économique cherchera à préserver ses privilèges et choisira, sans hésitation, de se rallier aux politiques du profit tout en refusant autoritairement une société sobre et égalitaire. Il appartient aux mouvements sociaux d’empêcher ces politiques aux terribles conséquences et de rendre désirable un nouveau modèle de société solidaire et conviviale, fondé sur la justice sociale et environnementale et sur la démocratie.

Les lignes de force de la stratégie d’Attac

La stratégie d’Attac se décline autour de trois pratiques et réflexions fondamentales  : l’éducation populaire pour une rupture avec les politiques néolibérales et un dépassement du capitalisme et du modèle patriarcal  ; l’engagement dans des expériences de transition  ; la désobéissance non violente.

Attac doit donc s’engager dans une résistance multiforme afin de promouvoir une véritable régénération des sociétés et de la nature. Le discours néolibéral doit être déconstruit et la résistance s’organiser contre la globalisation économique et financière, la financiarisation avec ses conséquences sur les sociétés, sur la nature et sur la démocratie. Le libre-échange généralisé, la libre concurrence, la financiarisation de la nature, la privatisation des communs, le productivisme sont incompatibles avec les institutions sociales, écologiques, politiques nécessaires pour édifier un monde commun, diversifié, juste et soutenable. L’égalité entre les femmes et les hommes, pourtant un des moteurs du changement de société, est en panne, alors que les politiques d’austérité touchent encore plus durement les femmes et accroissent encore davantage les inégalités de genre.

Cette résistance passe par une éducation populaire active, par l’appropriation des savoirs et l’émergence d’une expertise citoyenne capable de contrer le lavage de cerveau sous toutes ses formes, notamment par les médias dominants. Elle passe aussi par des actions culturelles dans les quartiers, comme des fêtes populaires (par exemple pour célébrer la nuit du 4 août 1789, nuit de l’abolition des privilèges), des cinémas populaires, des repas populaires qui touchent largement la population, notamment les jeunes. Au discours simplificateur des faiseurs d’opinion, Attac oppose des analyses et propositions élaborées avec le travail des militants et la participation effective des citoyens eux-mêmes.

Il s’agit notamment de déconstruire la croyance majoritairement partagée en une croissance salvatrice, seule capable d’assurer le plein emploi. C’est le sens de l’articulation des luttes sociales, écologistes et féministes, de l’opposition à l’accélération de l’accumulation capitaliste, aux grands projets d’infrastructure inutiles et imposés et à l’extractivisme. C’est aussi le sens de la lutte contre les multinationales et leurs lobbies industriels et financiers qui ont colonisé l’action publique.
La deuxième caractéristique de notre stratégie est l’engagement actif dans des expériences de transition, dans des alternatives locales et systémiques qui relocalisent les sociétés : expériences coopératives et collaboratives, nouveaux statuts de l’entreprise permettant la prise de contrôle par le salariat, économie sociale et solidaire, monnaies complémentaires, habitat coopératif, circuits courts, agro-écologie paysanne, décentralisation et coopération énergétique, mouvement des communs, villes en transition, etc. Sans attendre, nous réagissons à l’effondrement du modèle dominant de civilisation et à la fuite en avant en montrant que des alternatives désirables sont possibles maintenant. De nouveaux mondes s’édifient et construisent des sociétés capables de s’adapter aux chocs qui les menacent, choc financier, choc écologique, choc technologique, choc démocratique.

Nous savons en effet que la fin est dans les moyens utilisés pour l’atteindre. Ces alternatives, très nombreuses partout dans le monde, en apparence dispersées, sont guidées par des aspirations communes, qui dessinent, préparent et rendent possibles les basculements nécessaires à d’autres échelles, nationale, régionale et international.

Enfin, face aux menaces, nous ne pouvons pas continuer à seulement déplorer la destruction légale des sociétés, de la démocratie et de la nature. La plupart des représentants élus gouvernent pour la finance et les transnationales, pas pour les peuples, comme l’illustre la politique d’austérité imposée à la Grèce. Les politiques imposées sont illégitimes, les gouvernements trahissent leurs promesses et bafouent la démocratie. C’est pourquoi nous appelons aussi à des actions de désobéissance civile déterminées et non violentes. Opérations de réquisition et d’occupation, réappropriation de l’espace public, zones à défendre, lieux autogérés, doivent devenir des symboles et des appuis pour déclencher un mouvement plus global de désobéissance.

Les principaux axes de l’engagement d’Attac

L’engagement d’Attac (éducation populaire, alternatives et expériences de transition, actions de désobéissance civile) se décline autour de plusieurs axes. Ils sont présentés ici par rubriques séparées. Notre travail essentiel est précisément de relier ces axes, de les féconder mutuellement, de les enrichir de réflexions et de pratiques qui permettent de penser et d’agir dans un contexte d’effondrement global. Aucune des questions traitées ne peut être séparée des autres, car c’est bien un réveil civilisationnel qui est requis. De nouveaux récits sont nécessaires pour rendre la bifurcation désirable, crédible et engageante.

Désarmer la finance

Huit ans après la crise financière, le temps semble n’avoir jamais été aussi favorable à la finance et aux banques. Les timides réformes financières avancées après la crise sont déjà remises en cause. Les lobbys et l’oligarchie politico-financière bloquent les investissements nécessaires à la transition des économies européennes vers des modèles plus soutenables. Plus que jamais, Attac doit s’emparer du combat pour désarmer les marchés financiers : il faut mettre le secteur financier sous contrôle démocratique, plutôt que mettre la démocratie sous contrôle financier, et combattre les fausses solutions, telle la finance verte.

Dans cette perspective, Attac s’engage sur plusieurs thématiques  :

  • La question de la dette est centrale en France et en Europe, ainsi que son articulation avec les politiques d’austérité. Nous allons poursuivre nos efforts d’explication, de proposition et de mobilisation dans le cadre du collectif citoyen sur l’audit de la dette
  • la fraude fiscale, l’évasion fiscale et l’optimisation fiscale agressive aboutissent au niveau de l’UE à des pertes fiscales d’un montant estimé à 1000 milliards d’euros par an ce qui est intolérable. Attac renforcera ses actions pour lutter contre les paradis fiscaux et les prix de transfert. Attac poursuivra son combat pour l’abrogation de conventions de double imposition et la disparition dans le projet de loi de finances des niches fiscales « déclassées  ».
  • Attac continuera à se battre pour une véritable taxe sur les transactions financières à l’échelle européenne, pour remettre les banques sous contrôle social et dénoncer leurs activités dans les paradis fiscaux, notamment dans le cadre de la campagne Requins.
  • Le projet d’Union des marchés de capitaux et le plan d’investissement européen élaborés par la commission Juncker présagent d’une nouvelle offensive de dérégulation financière et de privatisation des services publics via les partenariats public-privé. Attac devra se mobiliser pour y opposer la nécessité d’un contrôle démocratique sur la finance et du développement des biens communs.

Pour une transition écologique, sociale et féministe

La crise écologique ne cesse de s’aggraver, et le mythe de la croissance sans limites élude la nécessaire réorientation des économies des pays industrialisés vers une diminution de la production matérielle et une baisse des émissions des gaz à effet de serre. Les multinationales étendent chaque jour davantage leur prédation sur les populations et les écosystèmes, bafouent les droits sociaux et environnementaux, et développent des projets destructeurs (grands projets inutiles, agriculture industrielle, accaparement et artificialisation des terres, exploration et exploitation d’hydrocarbures non conventionnels, poursuite de l’extraction des fossiles, réouverture de mines, accaparement de l’eau, projets nucléaires civils et militaires). Les États, de plus en plus dominés par des lobbies industriels et financiers, accompagnent le plus souvent ce mouvement au lieu de mettre en place des réglementations strictes. Ils se refusent à faire les investissements nécessaires pour faire face à la fois aux impératifs écologiques et à l’urgence sociale, par la création d’emplois répondant aux besoins collectifs.

Notre travail de résistance aux multinationales et sur les alternatives a renforcé Attac comme espace de réflexion sur l’effondrement écologique et ses impacts sur nos manières d’appréhender le monde. Une rupture avec le système productiviste et est nécessaire, ce qui suppose un développement des activités et de l’emploi tournées vers la satisfaction des besoins sociaux et écologiques, avec une diminution du temps de travail et une formation tout au long de la vie : des services publics de l’éducation, de la santé, de la culture, du logement, de l’eau, protection sociale, investissement dans les énergies renouvelables… Cette rupture ne peut se faire sans une refondation majeure de l’organisation du travail au plan qualitatif comme à celui du temps de travail, coupant court au déséquilibre entre surmenage des uns et précarisation des autres, sur fond de chômage de masse.

Cela passe par la défense et le renforcement du droit du travail que les politiques néo-libérales s’efforcent de détricoter et de faire de la négociation collective un outil au service de la compétitivité, au mépris des protections des travailleurs. L’uberisation de l’économie a pour conséquence la précarisation et l’isolement des travailleurs. Attac défend une vision alternative de la réglementation du travail, permettant de repenser la valeur à donner au travail, de favoriser la variété des parcours professionnels, de renforcer les solidarités sur le plan économiques (participation à l’impôt) et social (assurance maladie, retraites). Dans le contexte actuel de chômage de masse, Attac participe au débat sur différentes propositions - revenu inconditionnel, revenu de base, salaire à vie, etc.- en complément ou à la place de l’amélioration des montants des revenus actuels et de leur conditions (RSA, intermittents, etc.) ainsi que de la réduction du temps de travail avec création d’emplois. Attac s’engage à réfléchir et à construire avec les intéressé-e-s (collectifs, associations, partis, syndicats etc.) des espaces et structures permettant de discuter démocratiquement sur l’élaboration de ces concepts et les mobilisations ad-hoc.

Un changement de système est nécessaire, et les expériences de transitions et les alternatives locales contribuent à montrer la voie d’un autre monde possible. Enfin, la lutte contre le réchauffement climatique est au cœur de nos engagements  ; ses impacts croisent toutes nos luttes contre le libre-échange, l’organisation financière et la croissance sans limite. Il suscite des luttes prenant la forme de la désobéissance non-violente et radicale. Nous proposons  :

  • De poursuivre le travail d’éducation populaire auquel Attac contribue, tant au niveau national que par les actions de ses comités locaux, autour des réflexions sur les différentes dimensions de la transition pour un nouveau projet de société
  • D’amplifier les actions et les campagnes d’Attac, engagées en 2013-2015 dans la perspective de la COP 21, alliant résistances, désobéissance et alternatives. Elles nécessitent des stratégies d’élargissement qui sont désormais à notre portée. L’expérience Alternatiba le confirme. Attac poursuivra son soutien actif à cette initiative porteuse d’espoir et de renouvellement des pratiques
  • De renforcer Attac comme acteur majeur de la construction du mouvement pour la justice climatique, en s’appuyant sur le tournant de 2015. Son rôle dans la Coalition Climat 21 a été essentiel, il se poursuivra, avec en ligne de mire les échéances et discussions collectives post COP 21, aux échelles locale, nationale et internationale.

Lutter contre les multinationales, le libre-échange et les accords transatlantiques

Les projets d’accords transatlantiques négociés par l’Union européenne avec les États-Unis, le TAFTA [1] et avec le Canada, le CETA [2] sont lourds de menaces : il ne s’agit plus seulement d’abaisser les barrières douanières, mais aussi de s’attaquer aux normes sociales, environnementales, sanitaires, voire aux régulations financières sous prétexte d’harmonisation. Ils représentent de plus un danger pour la démocratie, en permettant aux multinationales de s’attaquer aux gouvernements lorsque des réglementations entraveraient leurs profits.

Ces traités s’inscrivent dans une offensive globale pour accroître la mainmise des multinationales sur nos sociétés, qui se traduit aussi par la reprise des négociations au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ou la négociation d’un accord géant de libéralisation des services : le TiSA [3]. Face à ces menaces, Attac et ses partenaires, ainsi que de nombreux collectifs locaux, partout en France, ont lancé une grande campagne sur la question des accords de libre-échange et d’investissement. Ce travail est mené en lien étroit avec plusieurs membres fondateurs d’Attac. Faire échec aux différents projets d’ALE ne suffira pas à désarmer les acteurs politiques économiques et institutionnels qui les portent. La campagne contre ces ALE constitue un axe d’intervention majeur pour  :

  • Sensibiliser, et remobiliser, à la question du libre-échange en général : OMC, autres accords de libre-échange imposés par l’UE, notamment les accords de partenariat économique avec les pays du bloc « ACP [4] » et ce en solidarité internationaliste avec les mouvements en lutte contre les accords de libre-échange sur tous les continents.
  • Reposer la question des lobbies, des impacts sociaux et environnementaux des multinationales et de leur impunité, et les réponses à y apporter.
  • Développer nos alternatives, la relocalisation lorsqu’elle est possible, la modification de nos modes de production et de consommation, la taxe kilométrique, la défense d’une démocratie locale au service de l’accès aux droits et des impératifs écologiques.
  • Faire connaitre le mandat de négociation alternatif pour le commerce et l’investissement, et lui donner une forme adaptée à une diffusion plus large.

Rompre avec le néolibéralisme en Europe

Les mobilisations d’Attac contribuent à faire émerger un autre monde possible ; elles se donnent aussi pour objectif intermédiaire de contribuer à renverser le rapport de force en Europe. L’expérience de la confrontation du gouvernement Syriza aux institutions européennes a apporté un éclairage au débat stratégique qui traverse la gauche et les mouvements sociaux européens. La violence des institutions européennes ne laisse plus guère le choix. Il est désormais clair que ceux qui refusent de désobéir se condamnent à la soumission.

Une option est susceptible de rassembler une large majorité sociale pour un gouvernement qui défendrait les intérêts populaires  : engager le rapport de force avec les institutions européennes, en prenant une série de mesures unilatérales portant sur la monnaie, la fiscalité, la dette et les banques, et en se préparant, en dernier ressort, à une monnaie nationale complémentaire à l’euro, voire une éventuelle sortie de l’euro. L’inflexibilité des créanciers ne pourra qu’accroître le soutien populaire à de telles mesures. Une telle stratégie permettrait de nouer de possibles alliances européennes et de s’appuyer sur les mouvements sociaux européens ; et donner corps à une véritable alternative au néolibéralisme en Europe.

L’autre leçon de la confrontation entre la Grèce et ses créanciers est qu’il est vain d’attendre que les solutions soient apportées par les forces politiques seules. Sans la pression constante des mouvements sociaux et de l’essor des alternatives citoyennes, aucun changement positif ne peut advenir en Europe. C’est pourquoi Attac s’engage à les renforcer en France comme en Europe – avec ses partenaires et le réseau des Attac d’Europe. Nous devons construire des résistances à tous les niveaux, local, national et européen, contre le capitalisme et pour une authentique transition écologique et sociale de nos sociétés.

La démocratie et l’égalité au cœur de notre action

Après les attentats de janvier et surtout de novembre 2015, François Hollande et son gouvernement ont pris un très dangereux tournant
sécuritaire et antidémocratique  : État d’urgence permanent, recul des droits et libertés démocratiques, répression des mouvements sociaux, déchéance de nationalité, interventions militaires ont suscité une réaction de la société civile à laquelle Attac prend toute sa part et qui devrait s’élargir. Ce tournant sécuritaire amplifie la perte de légitimité des institutions politiques actuelles, et nous oblige à redoubler notre mobilisation pour une démocratie réelle, économique, sociale, écologique et féministe. Cela suppose de lutter contre toutes les formes de domination et de discrimination et les combats pour l’accès aux droits de toutes et tous.

Les droits des populations les plus touchées par la mondialisation néolibérale, migrants, travailleurs précaires, femmes, personnes sans logement, sont toujours plus battus en brèche par des politiques cyniques qui visent à détourner la colère populaire légitime sur des boucs émissaires. Face aux discriminations sociales promues par le néolibéralisme et renforcées par l’ordre sécuritaire, au discours raciste et xénophobe de l’extrême-droite, comme à la tentation du repli communautariste, il faut réaffirmer et mettre en application au quotidien les principes républicains d’égalité, de solidarité et de laïcité qui sont les fondements du vivre ensemble. Le combat anti-raciste est partie prenante de l’altermondialisme, et Attac se mobilise à ce titre pour l’instauration de la citoyenneté de résidence et du droit de vote des étrangers.

Les mobilisations féministes sont, quant à elle, transversales à l’ensemble de l’action de l’association et doivent y prendre toute leur place, qu’il s’agisse des luttes contre l’austérité ou pour la justice climatique, et ce d’autant plus que les droits des femmes sont remis en cause par la montée des droites en Europe. Le combat contre les inégalités entre les sexes est non seulement une exigence politique, mais également une condition pour l’émancipation individuelle et collective des hommes comme des femmes.

Le droit à une information pluraliste et de qualité doit quant à lui être défendu comme une pièce essentielle de la démocratie, au moment où les grands médias sont de plus en plus concentrés entre les mains de grands groupes privés.

Attac contribue par ailleurs à l’élaboration et à l’expérimentation de formes de contrôle social et démocratique, de socialisation des entreprises et des institutions. Dans le champ de l’action politique démocratique, nous promouvons les mécanismes qui permettent une participation directe des citoyen.ne.s aux décisions les concernant et un véritable contrôle des représentant·e·s. Cela passe par l’élaboration de nouvelles pratiques démocratiques non exclusivement délégataires et conjuguant à cette fin l’élection avec d’autres modes de désignation des responsables : démocratie directe, tirage au sort, volontariat, expérimentation du mandat impératif, etc. C’est un domaine où la nécessité d’avancer est particulièrement pressante. D’autant que des propositions, à discuter, ne manquent pas au sein d’Attac  : référendum révocatoire, Conventions et Chambre des citoyens tirées au sort, modalités d’un processus constituant issu de la société, expérimentations «  ici et maintenant  » de pratiques démocratiques nouvelles à l’initiative du mouvement social et politique etc.

La transition écologique, sociale et féministe et la rupture avec le capitalisme ne seront possibles que si elles résultent de l’irruption des citoyen.ne.s dans la gestion de leurs propres affaires au plan local, national, européen et mondial. Lors de la prochaine mandature, Attac, dans toutes ses composantes, s’engagera et avancera résolument dans la définition, la promotion, la mise en œuvre des formes possibles de cette irruption citoyenne. Cela suppose une rénovation fondamentale des mécanismes. Et, ainsi, prendra toute sa place dans le mouvement de transformation profonde des modes de participation et des mécanismes de décision dans tous les domaines de la vie sociale à la vie économique et politique. Cette élection présidentielle pourrait être l’occasion de débats à une échelle sans précédent en France sur la nécessité et les moyens d’une démocratisation radicale de la vie politique. Attac apportera sa contribution au débat par des propositions innovantes.

Dans ce but, Attac créera une commission «  démocratie  » sur la base des groupes de travail déjà créés. Cette commission pourra solliciter le CS et d’autres commissions et groupes de travail. Elle désignera en son sein un ou plusieurs coordinateurs qui se mettront en relation avec le CA. Cette nouvelle commission devra renouveler la réflexion sur la démocratie, ses moyens et ses finalités, en tant qu’opérateur de transformation sociale en vue de l’émancipation individuelle et collective. De nombreuses populations éprouvent un sentiment d’injustice et souhaitent l’instauration d’une plus grande égalité sociale, mais choisissent des gouvernants acquis au néolibéralisme, voire au libéralisme radical. Attac entamera une réflexion approfondie pour analyser ce paradoxe et rechercher les voies de sortie de cette impasse périlleuse. Devront, entre autres, être réexaminés des concepts tels que souveraineté, émancipation, représentation, démocratie directe, citoyenneté, démocratie instituante et instituée, convention citoyenne. L’objectif étant de contribuer à la construction d’alternatives de court, moyen et long termes, à la double dépossession, politique et économique, que le capitalisme et la «  démocratie réellement existante  » mettent en œuvre quotidiennement dans l’ensemble des sphères sociales.

C’est la confiscation des décisions par l’oligarchie qui permet à cette dernière de saccager les droits et la nature. Face aux désastres du capitalisme, la démocratie et l’égalité doivent être au cœur de toute démarche de transformation sociale et de préservation de la nature !

Le fonctionnement interne d’Attac France

Au vu des enjeux à venir et du rôle que nous assignons à Attac, il est de renforcer la démocratie interne, en améliorant le fonctionnement de nos instances et en assurant le renouvellement des équipes militantes.

Renforcer la démocratie interne et améliorer le fonctionnement de nos instances

Au début de la mandature qui s’achève, il a été décidé de faire un pas supplémentaire dans la démocratisation d’Attac en remplaçant les deux co-présidents par un collectif plus large de quatre porte-parole respectant la parité. Ce collectif a été réduit à trois à mi-mandat en raison du départ du CA de l’une des porte-parole, appelée à de nouvelles responsabilités. Le porte-parolat a permis de mieux répartir les responsabilités et de donner une représentation plus diverse et moins personnalisée d’Attac, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’association. Il serait souhaitable de poursuivre ce processus de partage des responsabilités et de la représentation d’Attac.

Ce partage des responsabilités doit s’appliquer au sein du CA. Le suivi des campagnes et les autres responsabilités ne doivent pas reposer sur un nombre restreint d’administrateurs, au détriment de la démocratie et de l’efficacité des actions de l’association. Les élus devront être formés pour s’approprier les différents aspects du rôle d’un administrateur, et un recensement des différentes responsabilités sera fait régulièrement au cours du mandat. Le bureau assure la gestion et le suivi au quotidien, mais c’est l’ensemble du CA qui est responsable des orientations de l’association et de leur mise en œuvre.

Les membres du CA et du bureau doivent par ailleurs être en lien direct avec le reste de l’association  :

  • Les commissions doivent être un appui important pour le travail du CA et plus généralement de l’association. Ouvertes à tous, elles permettent d’éclairer des débats et prises de décision et de faciliter le suivi quotidien de campagnes et espaces collectifs, d’élaborer du matériel en lien avec les instances de l’association. La prochaine mandature sera l’occasion de relancer le travail des commissions en lien avec les activités de l’association. Chaque commission auto-désignera en son sein au moins un coordinateur qui entretiendra un lien permanent avec au moins un·e élu·e, qui devra pouvoir rendre compte régulièrement de ses travaux en réunion de bureau ou de CA. Des groupes de travail transversaux peuvent être mis en place avec les membres de plusieurs commissions sur des campagnes spécifiques, comme c’est le cas pour les campagnes TAFTA, COP 21.
  • L’équipe du siège est le socle sur lequel repose notamment l’organisation, la communication et l’animation des campagnes et des actions prioritaires de l’association, en lien avec ses différentes instances. Le CA doit s’assurer du lien entre le siège et les instances de l’association. Un ou une élue continuera de s’occuper du suivi de l’activité du siège dans un échange permanent. Le CA doit par ailleurs assurer des conditions de travail en phase avec les valeurs de l’association (locaux, congés, temps de travail, déroulement de carrière…) et en organisant l’appui de bénévoles. Les conditions d’une vigilance spécifique du CA et du bureau sur ces points devront être mises en place
  • Le lien entre le CA et les comités locaux doit être assuré, par exemple par la participation des membres du CA à des réunions dans les comités locaux. La participation des administrateurs aux CNCL ajoute également à cette cohérence au sein de l’association.

Inscrire l’action d’Attac dans le territoire avec les comités locaux

Présents sur l’ensemble du territoire, nos 150 comités locaux sont une dimension essentielle de notre association. Les CL se réunissent trois fois par an lors de la conférence nationale des comités locaux (CNCL). Il s’agira, lors de la prochaine mandature, de se donner les moyens de renforcer les comités locaux et le fonctionnement de la CNCL :

  • Proposer des moyens pour les CL, à travers la pérennisation des « fonds dédiés » aux CL et la fourniture de matériel militant spécifique. Le développement des sites locaux et les facilités d’adhésion en ligne y contribuent. Des pistes seront proposées pour améliorer l’accueil et l’intégration des nouveaux adhérents, et déployer le réseau des Attac Campus en articulation avec les CL. Une matrice de site évolutif sera proposée aux comités locaux désireux de se doter d’un site web. La ré-internalisation de la base de données adhérents permettra de développer des outils pour les CL.
  • Renforcer les liens avec les CL grâce notamment à la commission « vie de l’association » qui assure un lien permanent et un appui aux comités locaux. Ce lien sera renforcé par la redynamisation du réseau des correspondants adhésion et l’engagement et la présence accrus des membres du CA auprès des comités locaux.
  • Organiser des séminaires réunissant les CL d’une zone géographique pertinente (région …) sur des thèmes décidés en commun.
  • Renforcer la CNCL comme lieu d’intégration : associer davantage de comités et mandater dans la mesure du possible par chaque comité un·e nouvel.le adhérent·e pour participer à la CNCL. Des démarches dans ce sens seront entreprises par la commission «  vie de l’association  »
  • Assurer les liens entre la CNCL et les instances  : invitation systématique d’un·e représentant·e d’un membre fondateur, d’une des
    commissions de l’association et de la coordination Attac Campus ; renforcement de la présence et de l’implication des membres du conseil scientifique et des fondateurs. Y intégrer des échanges sur les campagnes en liaison avec le CA et les comités organisateurs.

Ouvrir Attac sur le monde académique et le mouvement social : le Conseil scientifique et le collège des fondateurs

Le Conseil scientifique (CS) est un outil d’approfondissement théorique en lien avec les thèmes d’engagement d’Attac. Il permet d’établir un lien entre Attac et le monde académique. Les réunions du CS sont désormais des séminaires ouverts à des participants extérieurs. En 2015, des séminaires se sont tenus sur la laïcité, la transition sociale et écologique, la crise européenne avec la participation de représentants de Syriza et de Podemos. Une revue électronique trimestrielle, Les Possibles, a été créée. Le renouvellement du CS engagé depuis plusieurs années doit être poursuivi, notamment en termes de pluridisciplinarité. Il doit être un lieu de proposition et de discussion sur les activités de l’association, ses campagnes et publications associées ; un lieu de débat avec les autres acteurs du mouvement social, et un collectif au service d’Attac pour la formation de ses militants.

Le Collège des fondateurs permet quant à lui de consolider le lien avec les organisations qui structurent le mouvement social. Sa composition doit être mise à jour pour prendre en compte de nouveaux types d’organisations et de nouveaux mouvements, ainsi que l’émergence de nouveaux moyens d’information et d’expression. Un binôme composé de deux membres du CA, dont l’un issu des fondateurs et le second un membre actif, assurera un lien permanent avec le collège des fondateurs avec pour objectifs un suivi et sa redynamisation. Différents aspects pourront être abordés : état des lieux et reprise de contact avec l’ensemble des fondateurs, organisation de trois à quatre réunions annuelles du collège, création d’un espace d’expression des fondateurs dans Lignes d’Attac, promotion d’Attac dans les outils de communication des fondateurs, collecte des cotisations…

Former les militant·e·s

Attac a toujours été et reste un lieu pour faire de la politique autrement – en dehors des partis, mais au cœur du mouvement social. Notre association continue de jouer un rôle important d’information et de formation politique. Plus de 16 ans après sa création, Attac doit poursuivre ses efforts dans ce sens.

Attac doit faire une priorité de la formation, de l’intégration et de la prise de responsabilité de nouveaux militants – notamment des femmes, des jeunes et des personnes issues des milieux populaires. Le développement du réseau des Attac Campus s’inscrit dans cette perspective, mais révèle des enjeux spécifiques. Les jeunes militants intégrant Attac Campus en sont souvent à leur première expérience militante et amenés à se déplacer régulièrement (mobilité nationale ou internationale dans le cadre des études). La formation des membres est donc cruciale pour permettre l’émergence et la pérennisation des groupes sur tout le territoire. Afin de contribuer au renouvellement générationnel d’Attac, il conviendra de rechercher les moyens (humains, techniques, financiers,…) permettant de relever ces défis.]. Une réflexion devra être engagée pour créer les conditions du renouvellement des équipes, par exemple à travers l’organisation de formations d’adhérent·e·s aux plans local et national.

Communiquer auprès d’un large public

Afin de toucher un plus large public, un important travail a été mené depuis deux ans sur la communication externe et la visibilité d’Attac, qui a abouti à la refonte de certains de nos supports d’information, d’éducation populaire et de communication, comme notre site web et le Lignes d’Attac, mais également à l’élaboration de nouveaux outils (revue Les Possibles, collection de «  Petits guides  », matériels de campagne…). Ce travail devra être poursuivi avec un triple objectif  : valoriser nos analyses, servir de support à nos campagnes, toucher de nouveaux publics. Les quatre dimensions de notre communication seront renforcées :

  • Nos outils de communication web (sites internet, vidéos, lettre d’infos, réseaux sociaux).
  • Nos activités d’édition (livres, rapports, notes, Lignes d’Attac, Les Possibles).
  • La production de matériel militant (petits guides, autocollants, affiches…).
  • Nos relations aux médias avec des partenariats (autour d’évènements, de publications, de campagnes…)

Notes

[1Trans-Atlantic Free Trade Agreement

[2Canada-EU Trade Agreement - en français Accord Économique et Commercial Global (AÉCG)

[3Trade in Services Agreement

[4Afrique, Caraïbes, Pacifique

Lire le texte complet de l’appel.

Attac France protège vos données. Vos informations personnelles resteront privées, ne sont pas divulgées à des tiers et seront conservées de manière sécurisées. Si vous l’avez demandé, vous recevrez des informations sur les mobilisations d’Attac ; il est possible de vous en désinscrire à n’importe quel moment.

Si vous souhaitez modifier ou supprimer des informations vous concernant, vous pouvez nous contacter à l’adresse attacfr@attac.org.

J’agis avec Attac !

Je m’informe

Je passe à l’Attac !

En remplissant ce formulaire vous pourrez être inscrit à notre liste de diffusion. Vous pourrez à tout moment vous désabonner en cliquant sur le lien de désinscription présent en fin des courriels envoyés. Ces données ne seront pas redonnées à des tiers. En cas de question ou de demande, vous pouvez nous contacter : attacfr@attac.org