[Tribune] L’éducation populaire et l’urgence du combat démocratique

mardi 8 décembre 2020, par Collectif

Alors que le contexte politique et social est particulièrement délétère, acteurs de l’éducation populaire et chercheur·euse·s s’associent pour interpeller pouvoirs publics, associations, médias et grand public sur l’urgence et la nécessité de mener un combat démocratique.

La situation actuelle du débat public en France se caractérise notamment par une polarisation simplificatrice, au nom de la lutte contre les extrêmes, les populismes ou les séparatismes. Cet appauvrissement inquiétant du débat démocratique, qui s’accompagne de tentations autoritaires, est un puissant accélérateur des phénomènes de repli sur soi et de diverses formes de radicalisations. Face à ce poison qui s’immisce, la société a plus que jamais besoin d’une démocratie vivante, d’une République laïque et d’une citoyenneté active, qui ne saurait se réduire au droit de vote.

A travers les valeurs de l’éducation populaire, des associations et des collectifs participent à ce mouvement. Ils organisent des espaces de discussion et d’action collective où des citoyennes et citoyens se rencontrent, débattent, s’impliquent pour transformer leur cadre de vie, agir sur les décisions prises à l’échelle de leur ville ou du pays et imaginer des alternatives pour la société de demain. On y parle d’éducation, de logement, d’économie, de santé, d’écologie, de discriminations ou encore d’aménagement du territoire, en partant des préoccupations et du vécu des personnes, de l’expression de leurs intérêts, de leurs envies, de leurs colères. On y vit des moments festifs et solidaires, des luttes, des débats vifs sur des sujets parfois complexes, et des réussites collectives, qui donnent chair à l’idée de fraternité.

Notre combat démocratique repose sur une vision de la citoyenneté qui ne relève pas de la seule instruction civique, mais se nourrit aussi de l’expression libre, de l’écoute, de la compréhension des désaccords, et de l’appropriation du cadre commun qui régule la vie en société. Le débat produit du commun, à partir des différences, et développe l’esprit critique par le dépassement des opinions particulières et la compréhension des enjeux plus globaux et des interdépendances. C’est un rempart au repli sur soi, au rejet, à la haine et à la violence. 

Notre approche est aussi un combat pour l’égalité. Les espaces que nous organisons favorisent le développement du pouvoir politique des citoyennes et citoyens, leur prise de parole, leur dialogue avec les pouvoirs publics et leur contribution à la prise de décision. Il faut affronter sans complaisance les inégalités et les discriminations qui existent dans notre pays, reconnaître les souffrances des personnes, pointer du doigt les dysfonctionnements de nos institutions. Tout cela n’est pas désavouer la République, c’est au contraire l’entretenir et la construire ensemble.

Enfin, c’est un combat sur le temps long. La démocratie n’est pas la confrontation immédiate et stérile de points de vue individuels stéréotypés ; c’est un processus d’émancipation individuelle et collective qui contribue à réduire les fractures qui traversent la société.

L’autonomie dans l’exercice de ces démarches d’éducation populaire, garantissant une expression libre, non contrainte ou instrumentalisée, est indispensable et doit être reconnue comme telle par les pouvoirs publics. Ces espaces sont complémentaires des instances représentatives et font écho au travail mené par les enseignantes et les enseignants. Cet engagement au long cours, particulièrement fondamental auprès et avec des jeunes, nous le menons avec humilité et persévérance. 

Nous en appelons, avec cette tribune, à la vigilance et à l’engagement des pouvoirs publics nationaux et locaux, des organisations politiques et syndicales, des associations, des médias et de chacune et chacun d’entre nous : ne laissons pas l’appauvrissement démocratique nous diviser encore plus. Organisons partout où cela est possible ces espaces de rencontre et de construction collective qui font vivre notre démocratie. Discutons, n’ayons pas peur des désaccords. Armons nos esprits critiques et prenons soin de nos liens. 
Le défi est immense et chacune, chacun, y a sa place.

Organisations signataires

la Fédération des Centres sociaux et Socioculturels de France (FCSF) 
la Ligue des droits de l’homme (LDH)
ATD-Quart Monde
le Secours Catholique
les Comités régionaux des associations de jeunesse et d’éducation populaire (CRAJEP) d’Occitanie, Île-de-France, du Grand-Est, de Nouvelle Aquitaine, du Centre-Val-de-Loire et des Hauts-de-France
l’Union nationale pour l’habitat des jeunes (UNHAJ)
le Comité national de liaison des Régies de quartiers (CNLRQ)
Peuple et culture
France Nature Environnement
Attac
les Maisons des Jeunes et de la Culture (CMJCF et FFMJC)
le Collectif des associations d’éducation populaire politique
les Eclaireuses et éclaireurs de France
le Mouvement de la Paix
le Planning Familial
le Collectif des associations citoyennes
la coordination nationale Pas sans nous
Animafac
Aequitaz
Les Cités d’or 
le réseau des SCOP d’éducation populaire
Co-exister
Bleu-Blanc-Zebre
le Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC)
la Confédération nationale des Foyers Ruraux (CNFR)
la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC)
l’Association Concordia
l’Union Nationale des Associations de Développement Local (UNADEL)
la Fédération française des clubs UNESCO
Alliance citoyenne
Alternatives pour des projets urbains ici et à l’international (APPUII)
Solidarités Jeunesses
YMCA France
le Réseau national des Juniors Associations (RNJA)
les Jeunes européens - France
les Associations des Ludothèques Françaises - ALF
la Fédération nationale des centres musicaux ruraux (CMR)

Avec le soutien du CNAJEP (Comité national des associations de jeunesse et d’éducation populaire) et de la Coalition pour les libertés associatives

Chercheuses, chercheurs et personnalités signataires :

 

Claude Alphandéry, Président d’honneur du Labo de l’ESS
Myriam Bachir, maîtresse de conférences en sciences politiques, Université de Picardie
Marie-Hélène Bacqué, professeure d’études urbaines, Université Paris-Ouest
Hélène Balazard, chercheure en sciences politiques, ENTPE, Chaire UNESCO Politiques urbaines et Citoyenneté 
Loïc Blondiaux, professeur en sciences politiques, Université de Paris 1
Jean Bourrieau, chercheur en sciences de l’éducation, LERIS
Marion Carrel, Professeure en sociologie, Université de Lille
Jean-Marie Charon, sociologue, ingénieur d’études, EHESS
François Dubet, professeur émérite en sociologie, Université de Bordeaux
Jean-Michel Fourniau, directeur de recherche en sociologie, Université Gustave Eiffel et Groupement d’intérêt scientifique Démocratie et Participation
Mathieu Hély, professeur en sociologie, UVSQ
Silyane Larcher, chargée de recherche en sciences politiques, CNRS
Sandra Laugier, professeure en philosophie, Université Paris 1
Rémi Lefebvre, professeur en sciences politiques, Université de Lille
Christian Maurel, sociologue, co-animateur du collectif national “Education populaire et transformation sociale”
Catherine Neveu, directrice de recherches en anthropologie, CNRS
Olivier Noël, sociologue, Université de Montpellier
Albert Ogien, directeur de recherches en sociologie, CNRS
Sébastien Pesce, professeur en sciences de l’éducation, Université d’Orléans
Hugues Sibille, président du Labo de l’ESS et de la Fondation du Crédit coopératif
Julien Talpin, chargé de recherches en sciences politiques, CNRS 
Sophie Wahnich, directrice de recherches en histoire, CNRS

Lire le texte complet de l’appel.

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