Le secteur aéronautique doit réduire ses émissions, pas les compenser !

lundi 26 septembre 2016, par Attac France

Avec le transport maritime, l’aviation est un des deux seuls secteurs au monde qui ne soit pas soumis à un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Les États, qui s’empressent de ratifier l’Accord de Paris, ont l’occasion de remédier au problème lors de l’Assemblée générale de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) qui débute ce 27 septembre. Avec plus de 80 organisations du monde entier, nous exigeons que le secteur de l’aviation réduise ses émissions de façon significative et sans tarder, sans mise en oeuvre d’un dispositif mondial de compensation carbone.

L’aviation civile représente plus de 3% des émissions mondiales de GES, soit l’équivalent d’un pays qui serait le 7e plus gros émetteur mondial. « Si rien n’est fait, les émissions du secteur pourraient augmenter de 300 % à 700 % d’ici à 2050. Ces statistiques sont particulièrement disproportionnées et révoltantes quand on sait que moins de 10 % de la population mondiale prend l’avion et que ce seul secteur pourrait gaspiller plus du quart du budget carbone dont nous disposons d’ici à 2050 pour rester en deçà de 1,5°C de réchauffement global » déclare Maxime Combes, en charge du suivi des politiques climatiques pour Attac France.

Lors de la COP 21, les lobbies de l’aviation ont obtenu d’être exemptés, renvoyant le sujet devant l’OACI. Ce sont ainsi les ministres des transports, premiers relais des lobbys industriels, et non pas les ministres de l’environnement, qui se retrouvent en position de (mal)décider. La proposition sur la table fait en effet de la compensation carbone l’outil privilégié pour qu’en 2020, la croissance de l’aviation civile devienne « neutre en carbone » : le secteur de l’aviation pourrait ainsi continuer à faire croître ses émissions indéfiniment contre le financement de quelques projets visant à réduire les émissions d’un autre secteur ou à préserver des stocks de carbone existants (forêts et sols). Pourtant profondément et durablement discréditée par les dysfonctionnements du marché carbone européen et du Mécanisme de développement propre, la compensation ne ferait que déplacer les émissions de GES d’un secteur à un autre avec à la clé, au mieux, un résultat nul pour le climat.

Avec de nombreuses organisations internationales, nous rejetons cette proposition contradictoire avec l’impératif climatique et nous appelons les membres de l’OACI à prendre des mesures justes et adaptée à l’effort global visant à limiter le réchauffement climatique en dessous de 2°C, ou idéalement en-deçà de 1,5°C comme le prévoit l’article 2 de l’Accord de Paris. Pour Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac France, « le gouvernement français, en tant que président de la COP 21, ne doit pas accepter un dispositif de compensation carbone qui ne ferait que nous éloigner des objectifs fixés dans le cadre de l’Accord de Paris : sans objectifs ambitieux et sans règles strictes, un accord de l’OACI sur le climat sera un vol pour le chaos climatique ».

Paris, le 26 septembre.

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