La nomination de Jean-Claude Juncker : un désaveu des électeurs européens et un danger pour l’avenir de l’Union européenne

mercredi 16 juillet 2014, par Attac France

L’élection par le Parlement européen de Jean-Claude Juncker pour présider la future Commission européenne est une mauvaise nouvelle pour l’avenir d’une Union européenne en pleine crise. Contrairement au discours officiel, il s’agit d’un désaveu des électeurs. Les élections européennes ont montré un profond désir de changement des politiques, et donc des responsables européens. Or Jean-Claude Juncker a été élu à une courte majorité, à la suite de tractations politiciennes entre les gouvernements et les partis politiques (y compris les socialistes) qui ont abouti à la désignation du candidat du PPE, le parti conservateur arrivé en tête mais qui n’a obtenu que 12% des suffrages des électeurs inscrits.

La nomination de Jean-Claude Juncker constitue un danger pour l’Europe solidaire, sociale et écologique que nous défendons, pour au moins trois séries de raisons. Tout d’abord, Jean-Claude Junker a été pendant près de 20 ans premier ministre du Luxembourg, dont il a fait l’un des principaux paradis fiscaux européens, plaque-tournante de l’évasion fiscale et du blanchiment de l’argent sale. On peut être certain qu’il continuera de défendre les intérêts de la haute finance qui étouffe les peuples d’Europe et qu’il freinera des quatre fers pour mettre en œuvre le projet de taxe européenne sur les transactions financières.

En second lieu, Jean-Claude Juncker a présidé pendant huit ans l’Euro-groupe, véritable gouvernement économique de l’Europe. A ce poste, il s’est érigé en promoteur en chef des politiques néolibérales qui ont conduit l’Union européenne dans une impasse et fait de la zone euro la région du monde développé où la crise économique et sociale est la plus grave.

En troisième lieu, le programme économique que Jean-Claude Juncker a proposé pour se faire élire confirme qu’il s’agit d’un homme du passé, incapable de répondre aux défis économiques, sociaux et écologiques auxquels l’Union européenne va devoir faire face. En témoignent les points clés de son programme : « Respecter le pacte de stabilité » et donc poursuivre les politiques d’austérité qui engendrent le chômage ; « créer un environnement favorable aux entreprises » et donc accroitre la flexibilité du marché du travail ; « accéder à d’autres sources d’approvisionnement énergétique », et donc importer du gaz de schiste des États-Unis à bas prix ; « Nous devons réduire notre forte dépendance en matière de financement bancaire » et donc donner un poids plus grand aux marchés financiers ; « négocier un accord de libre-échange raisonnable et équilibré avec les États-Unis », ce qui veut dire l’harmonisation vers le bas des normes sanitaires, sociales et environnementales pour le plus grand profit des multinationales et au détriment des peuples européen et états-unien.

Avec la nomination d’un président qui symbolise les politiques du passé, l’Union européenne vient de manquer une occasion de changer de cap et de renoncer aux politiques qui l’ont conduite au bord du gouffre.