Le Conseil des États-membres de l’UE vient d’adopter le projet de ratification de l’accord de libre-échange entre l’UE et les pays du Mercosur. C’est la première fois de l’histoire de l’Union européenne qu’un accord de libre-échange n’est pas approuvé à l’unanimité : l’Irlande, la Pologne, l’Autriche, la Hongrie et donc la France ont voté contre, alors que la Belgique s’est abstenue. La majorité qualifiée n’est atteinte que de justesse [1]. Preuve en est que la politique commerciale de l’UE, et la façon dont son économie est devenue si dépendante des marchés internationaux tant pour ses débouchés que pour son approvisionnement, ne fait plus consensus. L’histoire n’est pas finie : le Parlement européen peut encore bloquer la ratification de cet accord si nocif.
Le collectif national Stop Mercosur appelle toutes les forces associatives, syndicales et citoyennes à s’engager dans ce combat à nos côtés : nous ne voulons ni de la loi de la jungle de Donald Trump, ni de la poursuite d’une mondialisation néolibérale désastreuse, mais une relocalisation écologique et solidaire qui permette de satisfaire les besoins des populations sans détruire les activités des agriculteurices et des salariées, ni la planète.
Réactions des membres du collectif national Stop-Mercosur
Pour Youlie Yamamoto, porte-parole d’Attac France :
« La mobilisation citoyenne et syndicale a payé, contraignant le gouvernement français à s’opposer à cet accord. Nous nous en félicitons. Maintenant, pour la santé, les agriculteurices et la planète, la France doit œuvrer pour que cet accord, d’une illégitimité démocratique et d’une nocivité historiques, soit rejeté au Parlement européen. Nous restons mobilisées pour que ce cadeau fait aux multinationales de l’agrobusiness finisse à la place qu’il mérite, la poubelle de l’histoire des projets écocides et injustes. »
Pour Fanny Métrat, porte-parole de la Confédération paysanne :
"Ce vote n’entame pas notre détermination à faire tomber cet accord inique. La Confédération paysanne est mobilisée contre cet accord depuis plus de 20 ans. En France, aujourd’hui, tous les syndicats agricoles se sont rangés derrière cette opposition, même si les dirigeants de la FNSEA jouent un double jeu avec ses adhérentes, notamment vis à vis des éleveureuses. La répression syndicale systématique à notre encontre, comme aujourd’hui lors de notre action sur Paris et la violente interpellation de nos porte-parole nationaux, est insupportable et n’entame en rien notre détermination. Elle montre aussi que notre opposition dérange les tenants du libre-échange qui bradent l’agriculture pour des bagnoles ! Nous sommes mobilisés aujourd’hui, nous le serons encore dans les jours qui viennent pour arracher le rejet de cet accord auprès du Parlement européen."
Pour Julien Rivoire, chargé de campagne Agriculture pour Greenpeace France :
« Le vote d’aujourd’hui marque une étape de plus dans l’avancée de cet accord de libre échange aux conséquences potentielles terribles, pour l’agriculture paysanne en France et dans les pays du Mercosur, pour les écosystèmes, le climat et les droits humains. Ces impacts risquent d’être démultipliés, alors que l’Union européenne s’est lancée dans une série de détricotage des outils de protections sociaux et environnementaux. La mobilisation doit s’amplifier pour que son passage au Parlement européen devienne un blocage, et que cet accord du siècle dernier ne voit jamais le jour. »
Pour Karine Jacquemart, directrice générale de foodwatch :
« L’accord UE-Mercosur nous enferme dans un cercle vicieux qui écrase tout sur son passage – agriculture, santé, sécurité et souveraineté alimentaire, démocratie…-. En aggravant la concurrence déloyale d’importations de produits qui ne respectent pas les mêmes normes que dans l’UE (OGM, pesticides toxiques, antibiotiques activateurs de croissance), cet accord et sa logique sert aussi de prétexte pour faire abaisser les normes sociales et environnementale en France et dans l’Europe (comme avec le passage en force de l’Omnibus 7 européen). Une fuite en avant intolérable. ».
Pour Maxime Combes, économiste à l’Aitec et co-animateur du collectif national Stop-Mercosur :
« Nous vivons un moment historique : jamais un accord de libre-échange n’avait été si contesté dans l’histoire de l’Union européenne, montrant que la politique commerciale européenne ne fait plus consensus. À l’heure de la guerre commerciale mondiale, l’exposition de l’économie européenne aux marchés mondiaux, tant pour ses approvisionnements que pour ses débouchés, est devenu une fragilité économique et géopolitique. Il est temps de changer de logiciel pour une relocalisation écologique et solidaire qui réduise notre dépendance ».
Pour Nabil Berbour, directeur de campagne chez Ekō :
« Ce vote arraché à la marge n’est pas une validation, c’est un aveu de faiblesse. En ignorant l’opposition historique de six États membres, la Commission européenne choisit le passage en force contre la volonté des peuples. Le Parlement européen est désormais le dernier rempart : les eurodéputés ne peuvent pas valider un accord qui a perdu toute légitimité politique et qui sacrifie nos agriculteurs sur l’autel du libre-échange. La bataille ne fait que commencer : notre détermination reste entière pour transformer cette courte majorité en un échec définitif à Strasbourg. »

