Face à l’impasse autoritaire, la justice sociale comme réponse à la colère

dimanche 18 octobre 2026, par Attac France

En cette fin 2026, la colère sociale atteint un niveau rarement égalé. Depuis plusieurs années, elle n’a cessé de monter : gilets jaunes, mobilisation contre la réforme des retraites, lutte contre les mega-bassines, mouvement justice pour Nahel et tant d’autres… La mobilisation de la jeunesse porte aujourd’hui un même message : l’indignation face à l’aggravation des conditions de vie, la crainte de l’avenir et l’espoir d’alternatives de justice fiscale, sociale et écologiques.

Arc-bouté sur la défense des intérêts des plus riches, le gouvernement n’a pour seules réponses à ces aspirations que la stigmatisation des manifestantes et une répression violente. Nous l’affirmons : ces violences d’État sont inacceptables, le mouvement actuel est légitime et il est porteur de propositions d’espoir pour répondre aux urgences sociales et écologiques.

Suite à l’intervention d’Emmanuel Macron dimanche soir, Attac condamne le saccage des services publics et le pillage des finances publiques organisés par les gouvernements successifs sous la présidence actuelle.

Aujourd’hui, trop de personnes voient leur situation se dégrader, elles parviennent de plus en plus difficilement à vivre dignement de leur revenu et doivent choisir entre se chauffer, se nourrir, se déplacer ou se soigner. Elles vivent le déclassement social, parfois même, l’exclusion. La question du pouvoir d’achat est évidemment centrale. Lorsque le prix de l’essence, de l’alimentation, du logement et de l’énergie augmente, c’est l’immense majorité de la population qui subit les conséquences les plus lourdes : les salariées, les travailleureuses précaires, les familles modestes, les retraitées, les étudiantes et toutes celles et ceux qui peinent à joindre les deux bouts.

Cette situation est d’autant plus insupportable que les inégalités se creusent, largement favorisées par les choix fiscaux, budgétaires et économiques de ces 10 dernières années en faveur des ultra-riches et des grandes entreprises. C’est une période de tristes records, ceux des profits des entreprises du CAC 40 et des distributions de dividendes, celui du taux de pauvreté et celui du désarroi, voire du désespoir. Ces orientations ont plombé l’action publique et le système de protection sociale et, au bout du compte, tout ce qui fait société.

Les services publics, qui doivent répondre aux besoins essentiels de l’immense majorité de la population, souffrent d’un sous-financement chronique alors que les besoins sont immenses. Pour seuls exemples, partout en France, nos écoles, lycées, hôpitaux ont besoin de moyens et de personnel. Au-delà, les incendies monstres de cet été ont dramatiquement illustré l’inaction face au changement climatique et les conséquences de l’austérité budgétaire sur les moyens dont disposent les pompiers.

En ce moment même, les discussions budgétaires portent sur un projet de budget injuste qui va encore appauvrir les classes populaires et asphyxier les services publics. Et le gouvernement n’est pas le seul à proposer cette politique injuste comme seul horizon. Le RN joue la surenchère dans la destruction des services publics : Marine Le Pen a annoncé un « effort radical » de 140 milliards d’euros d’économies d’ici à 2032 si le parti d’extrême droite venait au pouvoir.. Lors des discussions budgétaires à l’Assemblée nationale, le RN vote avec les macronistes contre toute mesure de justice fiscale.

Les raisons de la colère sont légitimes. Pourtant, le pouvoir a choisi la répression tous azimuts pour mater le mouvement impulsé par la jeunesse. Cette réponse répressive s’appuie sur une couverture médiatique qui stigmatise les manifestantes et omet soigneusement de rappeler les véritables causes et aspirations de ce mouvement. On assiste à un glissement autoritaire qui va de pair avec le refus obstiné du gouvernement de remettre en cause sa politique en faveur des plus riches. Ce choix irresponsable et dangereux pour la démocratie pave la voie à une arrivée au pouvoir de l’extrême droite.

Cette situation n’est ni une fatalité ni une injustice que nous devrions accepter en silence. La colère qui s’exprime est aussi une inquiétude face à l’avenir alors que les enjeux climatiques, sociaux, économiques et démocratiques sont intimement liés. Ce mouvement exprime un refus, celui de la hausse des inégalités et la précarité, mais aussi un espoir de changement. En particulier, l’exigence de justice fiscale n’a jamais été aussi forte au sein de la population.

Les propositions portées par ce mouvement doivent être entendues :

  • renforcer les services publics pour, notamment, garantir un accès équitable à l’éducation, à la santé, au logement et aux transports. En particulier, les revendications des pompiers et de la fonction publique doivent être entendues, une politique climatique ambitieuse doit être mise en place et le plan d’urgence de 10 milliards d’euros revendiqué par le mouvement lycéen doit mis en oeuvre dans le budget 2027.
  • mettre en œuvre des mesures de justice fiscale pour assurer le financement de ces urgences, de l’action publique et des investissements nécessaires pour faire face aux enjeux climatiques, énergétiques, environnementaux, sociaux, économiques et démocratiques. Attac propose un plan de 10 mesures pour récupérer 100 milliards d’euros pour financer les urgences sociales et écologiques.
  • améliorer le pouvoir d’achat, notamment les salaires, dans un contexte de forte hausse du coût de la vie, comme revendiqué par l’intersyndicale en vue de la journée de mobilisation du 5 novembre.
  • interdire les armes mutilantes et les techniques d’interpellation létales : museler la contestation sociale par la répression est une dérive autoritaire qui doit cesser. Attac a publié une pétition sur le site de l’Assemblée nationale déjà signée par plus de 140000 personnes.

Face à l’impasse de la politique menée depuis plus de dix ans en faveur des ultra-riches et des grandes entreprises, des alternatives de justice fiscale, sociale et écologique sont plus que jamais nécessaires.

Nous réaffirmons que le mouvement actuel est légitime et refusons le glissement vers un régime répressif, injuste, intolérant et autoritaire. Nous appelons à amplifier le mouvement les jours qui viennent, en particulier le 24 octobre et le 5 novembre, et à y défendre ces propositions pour un sursaut de l’espoir !

Macron : un pyromane à la tête de l’État

Depuis 2017, les mobilisations massives se succèdent : ordonnances travail, Gilets jaunes, marches climat, retraites, salaires, services publics et aujourd’hui la jeunesse. À chaque fois, la réponse de Macron est la même : mépris des revendications populaires, refus du dialogue social avec les syndicats et les associations, passages en force à coup de 49.3 et répression féroce.

En ne concédant rien, même face à des mobilisations historiques, Macron a rompu le dialogue social et laissé s’installer l’idée que manifester par millions ne suffit plus à se faire entendre. Il porte une responsabilité majeure dans l’explosion de la colère et dans l’évolution des formes de contestation.

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P.-S.

Crédit photo : Serge D’Ignazio