Sans surprise, le gouvernement poursuit la même logique austéritaire : pour préserver les acquis fiscaux des plus riches et des multinationales et éviter de les mettre davantage à contribution, face aux enjeux budgétaires, préfère opérer nouvelles coupes budgétaires dans les services publics. L’été caniculaire et les incendies ont pourtant montré à quel point les pompiers étaient privés des moyens nécessaires à la lutte contre le feu ; la rentrée scolaire a confirmé l’incapacité de l’Éducation nationale a garantir qu’il y a bien une professeure devant chaque classe ; les hôpitaux sont saturés. De la même manière, les éboulements ont illustré à leur manière les difficultés croissantes de la population en montagne. Il faudrait investir massivement dans les services publics et la bifurcation écologique, mais le gouvernement annonce un effort supplémentaire de 54 milliards d’euros après des années de tour de vis budgétaire qui n’ont pourtant pas eu d’effet en termes budgétaires ni de relance de l’activité économique. Les services publics vont donc encore trinquer.
De même, après de multiples réformes des retraites et de l’assurance-chômage, qui ont considérablement affaibli notre système de protection sociale, le gouvernement entend continuer le détricotage de la Sécurité sociale. La piste du déremboursement des médicaments se confirme : en prétendant « responsabiliser » les malades, le gouvernement les culpabilise, les infantilise et creuse encore plus les inégalités d’accès au soin. Le gouvernement a également laissé fuiter la piste d’une désindexation des retraites, ce qui se traduirait par une perte de pouvoir d’achat des retraitées.
L’injustice fiscale organisée par le gouvernement
Le prétexte pour ce nouveau tour de vis budgétaire est connu : la dette publique atteint des niveaux records (117,5% du PIB), il n’y aurait d’autre solution que de réaliser 54 milliards d’euros d’économies. Pourtant Attac a démontré que depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017, la dette a été massivement creusée par les cadeaux fiscaux faits aux plus riches et aux grandes entreprises (suppression de l’ISF, flat tax, baisse de l’impôt sur les sociétés et des impôts de production...). L’INSEE confirme d’ailleurs que depuis 2017, les dépenses publiques sont stables en proportion du PIB et que si le déficit public s’est creusé, c’est bien parce que les recettes publiques ont chuté (de 54,3 % du PIB en 2017 à 52,2% en 2025). Cela n’empêche pas le Premier ministre de prétendre que les économies qu’il propose « serviront à refroidir considérablement le moteur des dépenses qui augmentent inexorablement chaque année ».
Le gouvernement a donc volontairement privé l’État de recettes, cela a profité massivement aux plus fortunés et aux plus grandes entreprises, mais il refuse de les mettre à contribution et veut faire payer l’ensemble de la population.
Avec la complicité des médias appartenant à des milliardaires, le gouvernement cherche à nous faire oublier l’injustice fiscale fondamentale qui consiste à ce que les ultra-riches échappent à l’impôt. Une note de Bercy a pourtant indiqué en mars 2026 que 13 335 millionnaires assujettis à l’Impôt sur la Fortune Immobilière payent zéro euro d’impôt sur le revenu. Les solutions sont connues pour mettre fin à ce scandale, comme la taxe Zucman ou la restauration d’un ISF. Aucune de ces solutions n’est envisagée par le gouvernement, qui prend le risque d’alimenter encore le sentiment légitime d’injustice fiscale et de mettre davantage en péril le consentement à l’impôt.
Par ailleurs, une commission d’enquête sénatoriale a révélé en juin 2025 que les aides publiques aux entreprises coûtaient un pognon de dingue et étaient versées sans condition ni contrôle aux entreprises. Si le montant de 211 milliards a pu être discuté, le rapport du Haut commissariat au plan, publié en juin 2026, confirme que les aides publiques représentent le premier budget de l’État et arrive à une estimation de 187 milliards d’euros. Le gouvernement a-t-il prévu de mieux évaluer ces aides pour supprimer ou réduire celles qui sont inefficaces ? A-t-il prévu de fixer des conditions pour que, par exemple, les entreprises qui licencient ou pratiquent l’évasion fiscale soient exclues de ces aides ? Non, aucune économie n’est prévue sur ce poste, même quand des rapports de la Cour des Comptes ont démontré l’inefficacité et l’injustice des dispositifs, comme c’est le cas pour le Crédit d’impôt recherche. Pire, le gouvernement a même promis aux grandes entreprises une réduction de leur contribution exceptionnelle.
Et pendant ce temps, TotalEnergies voit ses profits flamber du fait de la guerre en Iran. Le gouvernement prévoit-il quelque chose pour taxer les profits exceptionnels de la multinationale ou pour faire en sorte que les grandes entreprises cessent de payer proportionnellement moins d ’impôts que les PME ? Non seulement il ne fait rien, mais il relaie la campagne de communication cynique de TotalEnergies sur un pseudo « plafonnement des prix » et il ne soutient pas l’initiative de 6 pays européens de mettre en place un mécanisme de taxation européen des superprofits. Il ne fait rien non plus pour empêcher les multinationales comme TotalEnergies de délocaliser leurs profits dans des paradis fiscaux, comme si les Françaises étaient prêts à accepter de nouveaux sacrifices alors que TotalEnergies paye zéro euro d’impôt sur les sociétés.
Alors que nous venons d’apprendre que les grandes entreprises françaises ont versé 61 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires au 2e trimestre, soit le record en Europe, que fait le gouvernement ? Il ne prévoit aucune remise en cause de la flat tax, afin que les revenus financiers soient à nouveau taxés selon le barème progressif de l’impôt sur le revenu. Pourtant, les rapports du comité d’évaluation des réformes de la fiscalité du capital ont montré que cette mesure n’avait non seulement eu aucun effet sur l’investissement ou l’emploi, mais encourageait en plus le versement de dividendes au profit d’une minorité d’ultra-riches. Les annonces budgétaires de Sébastien Lecornu ont de quoi laisser pantois : pendant que le festin se poursuit pour les ultrariches, on continue de dépouiller la population des services publics et d’affaiblir la couverture sociale.
Bref, nous serions censées accepter sans broncher un nouveau budget austéritaire et injuste, alors que rien n’a été fait pour faire contribuer les plus riches et les grandes entreprises. Attac s’engage à se mobiliser pour un autre budget qui épargne les services publics et la protection sociale et mette enfin à contribution ceux qui polluent le plus et ont été les grands gagnants de 10 ans de macronisme.

