Contre l’introduction de la compensation « forêts » dans le marché carbone californien

lundi 20 mai 2013, par Collectif

La Californie est en train de mettre sur pied un marché carbone, prenant exemple sur le marché carbone européen, par ailleurs défaillant, inefficace et dangereux.

La lettre suivante, adressée notamment au gouverneur de l’État de Californie, à laquelle Attac France s’est associée, exige que de ne pas connecter ce nouveau marché carbone aux mécanismes de compensation REDD+ qui offre des opportunités aux industriels pour ne pas réduire leurs propres émissions, et ce au détriment des populations vivant dans ou des forêts.

A destination de :

  • Jerry Brown, Gouverneur de Californie
  • Le groupe de travail de compensation REDD en Californie (Via le site web stateredd.org)

Copie à : Mary Nichols (Présidente, California Air Resources Board), Ashley Conrad-Saydah (Secrétaire adjoint pour la politique climatique, Agence de protection de l’environnement de Californie), Arsenio Mataka (Secrétaire adjoint pour la justice environnemental, Agence de protection de l’environnement de Californie), La Ronda Bowen (Médiateur, California Air Resources Board), Jason A. Gray (Staff Counsel, California Air Resources Board)

Monsieur le Gouverneur Brown,

Nous vous écrivons pour vous exhorter de ne pas inclure le mécanismes de compensations internationales REDD + (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts) dans le marché carbone en Californie. Les systèmes de marché carbone n’ont pas réussi à réduire les émissions alors que les projets de compensation ont constamment ignoré les droits des communautés locales et sont intrinsèquement viciés. Les organisations soussignées envoient cette lettre pour alerter contre l’inclusion de crédits REDD + qui ne manqueront pas d’aggraver les conflits environnementaux et sociaux.

Les premières tentatives pour inclure les forêts dans les marchés carbone soutenus par l’ONU ont conduit à d’importants débats techniques. Les crédits forêts internationaux REDD + ont été jusqu’à présent rejetés dans les négociations climatiques de l’ONU et exclus du marché carbone européen de l’Union européenne (EU ETS) pour de bonnes raisons. Des problèmes techniques non résolus, y compris l’additionnalité (qui prouve que la zone forestière n’aurait pas été protégée sans), les ’fuites’ (les destructeurs de la forêt passant à un autre domaine), la permanence (les arbres ne stockent pas le carbone en permanence), la mesure (très complexe et incertaine car elle repose sur la diversité des variables biologiques) et la temporalité (les émissions et les absorptions peuvent encore survenir plusieurs années après qu’un projet arrive à terme). Outre ces incertitudes techniques, les causes sous-jacentes de la déforestation restent largement ignorées tandis que la responsabilité de réduire les émissions à la source est édulcorée.

En raison de ces problèmes, introduire les mécanismes internationaux de compensations forêt dans le cadre du marché carbone en Californie augmenterait probablement les émissions de gaz à effet de serre (GES) relatives aux objectifs AB32 plutôt que de les diminuer, puisque les industries polluantes achètent des droits pour accroître leurs émissions. Cela reviendrait à exposer les communautés à faible revenu qui vivent à proximité des installations industrielles en Californie à des problèmes environnementaux et de santé encore plus importants. Alors que de nombreux peuples autochtones et des communautés tributaires des forêts qui vivent dans le Sud ont très peu de titres officiels sécurisant pour leurs terres, REDD + va alimenter la spéculation, augmenter la pression sur les droits fonciers et déposséder les populations locales. Ces risques sont aggravés par l’inclusion de la monoculture dans la définition standard des Nations Unies de ce que constitue une forêt.

Les forêts riches en biodiversité ont une signification unique pour ceux qui y vivent et en dépendent pour leur subsistance et leur survie culturelle. Les projets REDD+ font peser de graves préoccupations en termes de violations des droits humains et environnementaux et ont conduit à ce que des peuples autochtones et des communautés locales dans le Chiapas (Mexique) et dans la région Acre (Brésil) s’y opposent (ce sont les deux régions où les pollueurs de la Californie achèteraient ces crédits internationaux). Réduire les forêts à de seuls puits de carbone fait courrir d’énormes dangers. Les luttes pour la terre s’intensifient à mesure que les droits sur les terres sont séparés des droits d’accès et d’usage d’autres éléments de la nature.

Le gouvernement du Chiapas au Mexique, promeut par exemple un projet REDD + pilote dans la forêt tropicale Lacandon sur plus de sept réserves naturelles. Afin d’être « prêt pour REDD + », le gouvernement doit prouver que les zones à partir desquelles des certificats de carbone seraient générés sont sous une protection environnementale. A cet effet, la Commission nationale a déjà déplacé plusieurs communautés locales en utilisant des expulsions forcées et des pressions économiques en dépit de fortes résistances.

En outre, l’expansion des monocultures d’agrocarburants est une autre raison de l’empressement du gouvernement du Chiapas. Un programme d’État, intitulé "Reconversion productive de l’agriculture », finance les communautés locales de la jungle Lacandon pour planter des palmiers africains et de plants de jatropha pour les agrocarburants qui sont envahissants, qui détruisent les forêts locales et créent des dépendances économiques qui écrasent l’autonomie locale. Le Chiapas est l’État au Mexique avec la plus grande zone de plantation de palmiers, situés sur les bords de zones naturelles protégées, et ces monocultures utilisent de grandes quantités de pesticides qui polluent les sols et l’eau et nuisent gravement à la santé des populations locales. Une fois de plus : les plantations ne sont pas des forêts !

La Californie devrait appliquer des politiques qui s’attaquent aux causes profondes de la déforestation et du changement climatique afin d’entamer une transition vers une ère post-fossile. Les politiques fondées sur la justice sociale et environnementale doivent garantir que les pollueurs soient tenus responsables de leurs émissions de GES et de la destruction de l’environnement, tout en faisant en sorte qu’elles bénéficient aux communautés vulnérables et à faible revenu. Nous vous demandons de maintenir le système international REDD + hors du marché carbone californien. En outre, nous vous recommandons respectueusement de regarder attentivement la façon dont le marché carbone européen a échoué, comme une préfiguration de ce qui pourrait advenir marché carbone en Californie. Commercer les émissions de carbone n’est PAS une solution au changement climatique.

Cordialement,

  • Aliança RECOs – Redes de Cooperação Comunitária Sem Fronteiras (Brazil)
  • Movimento Mulheres pela P@Z ! (Brazil)
  • ITEREI (Refúgio particular de animais nativos - Portaria IBDF163/78 - DOU 20/04/1978, Membro oficial da sociedade planetária UNESCO PROJETO BRA022/1998)
  • Friends of the Earth International
  • Centro de referência do movimento da cidadania pelas águas florestas e montanhas Iguassu ITEREI
  • Plataforma Interamericana de Derechos Humanos, Democracia y Desarrollo (PIDHDD)
  • Terræ Organização da Sociedade Civil (Brazil)
  • Carbon Trade Watch
  • FERN
  • Re:Common
  • Attac France
  • The Corner House
  • Centre for Civil Society Environmental Justice Project (Durban, South Africa)
  • Earth Peoples

Lectures complémentaires :

Pétition « Stop California REDD Now ! » (arrêtez maintenant REDD en Californie)

Vous pouvez signer la pétition en ligne demandant l’arrêt de REDD en Californie ici : http://www.ienearth.org/stop-california-redd-now/

Lire le texte complet de l’appel.

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