Sixième numéro des Possibles, la revue éditée à l’initiative du Conseil scientifique d’Attac

mercredi 8 avril 2015, par Conseil scientifique d’Attac France

Le sixième numéro de la revue trimestrielle Les Possibles, éditée à l’initiative du Conseil scientifique d’Attac, est disponible. Retrouvez ci-dessous le sommaire de ce numéro et inscrivez-vous pour recevoir la revue.

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Les précédents numéro sont disponibles en ligne Numéro 1 ; Numéro 2 ; Numéro 3 ; Numéro 4 ; Numéro 5.

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Dette et monnaie font société (Jean-Marie Harribey, Jean Tosti)

S’il est une question qui reste un peu mystérieuse au royaume de l’économie, c’est bien celle de la monnaie. Les mauvaises langues diraient que c’est parce que les économistes s’en mêlent, et elles n’auraient pas tout à fait tort. La monnaie est en effet un objet mal identifié si on la considère uniquement sous l’angle des fonctions économiques qu’elle remplit, a fortiori celles qu’elle remplit dans l’économie capitaliste. Cet angle est un angle mort : on croit que l’humanité est passée du troc à la monnaie comme elle est passée de l’âge de pierre à l’âge de fer, et que la dette est une tache qu’il faudrait effacer à jamais parce qu’elle serait une faute, la marque d’un déshonneur.

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Dossier : Monnaie et finance

Qu’est-ce que la monnaie ? Petit préalable à sa reconquête (Guillaume Pastureau)

La monnaie est une institution sociale présente dans toutes les sociétés comme outil d’intégration et de cohésion sociale, elle ne peut pas être considérée par ses simples fonctions économiques. La monnaie n’est pas spécifique aux sociétés capitalistes, ni même aux échanges marchands. Cependant, la dynamique du capitalisme transforme son essence même en l’intégrant dans le processus de marchandisation. Il convient donc pour le mouvement social, dans une optique de transformation sociale et économique vers la transition écologique, de se battre pour sa réappropriation collective, pour cela il est nécessaire de bien appréhender les enjeux en commençant par comprendre le fait monétaire par l’usage et les pratiques de la monnaie.

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« La monnaie est un rapport social » Entretien avec Michel Aglietta (Michel Aglietta)

Dans le contexte de crise globale, de crise de l’Union européenne, de crise de l’euro, de crise de la dette, il est légitime de se reposer la question de la nature de la monnaie. Comment la définiriez-vous ?

La monnaie est un rapport d’appartenance des membres d’une collectivité à cette collectivité dans son ensemble. Un mode d’appartenance qui s’exprime sous la forme d’une dette. Toute monnaie est une dette, quelle qu’elle soit, ce qui donne une certaine unité au phénomène monétaire.

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Grèce : une économie dépendante et rentière (Michel Husson)

La Grèce est une économie dépendante et rentière. Dépendante, parce qu’elle doit importer une bonne partie de son énergie et toute une série de marchandises qu’elle ne produit pas. Rentière, parce que sa classe dominante est plus compétente pour capter la richesse produite, directement ou par l’intermédiaire de son État, que pour investir et innover. La dette n’est au fond que le reflet de ces caractéristiques, et l’alternative passe aussi par « la destruction des fondements du système oligarchique » (pour reprendre une expression de Yanis Varoufakis).

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Pourquoi un audit de la dette de la Grèce (Eric Toussaint)

La présidente du parlement grec Zoé Konstantopoulou, qui a décidé de créer une commission d’audit de la dette grecque, m’a demandé d’y collaborer activement. La correspondante du Monde à Athènes a écrit récemment : « La présidente a surtout promis la création dans les prochaines semaines d’un comité d’audit de la dette grecque. L’objectif est de déterminer l’éventuel caractère odieux, illégal ou illégitime des dettes publiques contractées par le gouvernement grec », précise-t-elle, faisant allusion à plusieurs affaires de corruption et à l’opacité qui entoure l’achat d’armes par son pays.

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La perspective locale inédite d’une sortie de la zone euro : la Grèce et ses avantages comparatifs (Thierry Pouch)

L’accession de Syriza au pouvoir en Grèce n’a pas seulement replacé l’économie grecque au centre de l’actualité européenne, elle a également donné un souffle nouveau aux controverses sur les stratégies possibles de sortie de la crise que peut ou pourrait déployer l’équipe gouvernementale d’Alexis Tsipras. Manifestement, un bras de fer s’est engagé entre le gouvernement grec fraîchement élu, et les autorités européennes, avec notamment le diptyque Eurogroupe et Banque centrale, et internationales, avec le Fonds monétaire international. La suite montre que les pressions exercées par les pays membres de la zone euro ont été suffisamment fortes pour que le pouvoir actuellement en place à Athènes soit amené à revenir sur certains aspects de son programme électoral.

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Dette illégitime : un concept dangereux ! (Edwin Le Heron)

Je considère que le concept de « dette illégitime » est un concept dangereux, parce qu’il est fondamentalement un concept libéral, antidémocratique, moraliste et contradictoire. Il est donc selon moi un concept qui fragilise les idées progressistes que nous essayons de défendre, au lieu de les servir. Mon point de vue critique sur ce concept ne remet absolument pas en cause l’utilité du rapport d’Attac, et plus généralement d’une analyse par tous les citoyens de la dette d’un État, de son origine, de ses contreparties, de son financement et in fine de son utilité pour la société. Toute information en ce domaine est la bienvenue.

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À quoi sert une banque centrale ? Que fait la BCE ? Que devrait-elle faire ? (Esther Jeffers)

Injections de liquidité, baisse des taux, sauvetage des banques, politiques non conventionnelles, etc., les banques centrales sont, depuis l’éclatement de la crise en 2007, en première ligne. Normal, diront certains, puisque la banque centrale est la « banque des banques » et que les banques sont, depuis le début, au cœur même de la crise. Si on peut définir aujourd’hui, de façon très générale, la banque centrale comme une institution chargée de définir la politique monétaire et d’assurer sa mise en œuvre, on peut se demander si elle a toujours connu le même statut et joué le même rôle que de nos jours. À quoi sert une banque centrale ? Que faut-il penser des interventions de la Banque centrale européenne (BCE) ? Pourrait-elle et aurait-elle dû agir autrement ?

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Le déficit démocratique à la BCE du point de vue de ses salariés (Carlos Bowles, Emmanuel Larue)

Pour les salariés de la BCE, comment cela se passe-t-il ? Quel est le droit qui doit s’appliquer au sein de la Banque centrale européenne ? Est-ce celui du pays d’origine ? Est-ce celui du pays du siège ? Les salariés de la BCE travaillant en Allemagne, on pourrait s’attendre à ce que leurs contrats de travail soient régis par le droit allemand. En réalité, il n’en est rien. Du fait de l’indépendance conférée par les traités à la BCE, le droit du travail allemand n’est pas applicable à l’intérieur de l’enceinte de la BCE.

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Notes sur la finance, une perspective marxiste. (Suzanne de Brunhoff)

Que nous apporte la référence à Marx dans une étude de la finance contemporaine ? Non seulement il y a un décalage historique, mais de plus Marx n’a traité la question que dans des manuscrits, y compris celui du Livre 3 du Capital publié en 1894 par Engels. Je voudrais reprendre cette question en examinant le rapport de Marx avec l’école classique, principalement Ricardo, et l’apport original de Marx sur le lien entre « capital réel » productif et « capital-argent ».

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Docteur Freud and Mister Keynes (Bernard Maris)

Avant d’arriver à l’économie et à la philosophie de Keynes (nous avons déjà une petite idée de sa Weltanschaung), il nous faut prendre un second sentier détourné. Le premier passait par Virginia Woolf et ses amis, le second passe par le docteur Freud.

Ignorer Freud en économie – et particulièrement dans l’oeuvre de Keynes, grand lecteur et admirateur de Freud – est à peu près équivalent à ignorer Einstein en physique. C’est peut-être difficile à croire, mais l’économie orthodoxe voulut créer une science ignorant l’argent. Ainsi la théorie quantitative de la monnaie, pilier de l’économie orthodoxe, est une théorie de la « neutralité » de la monnaie. La monnaie n’a pas d’incidence sur l’économie. L’économie orthodoxe postule également la rationalité des individus : ce sont de simples considérations de coût-avantages qui en guident les décisions.

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Débats

Bulles financières et profits (Michel Husson)

La finance n’est pas autonome par rapport à l’économie réelle. Autrement dit, les crises financières ne se déclenchent pas par hasard, mais quand l’envol des cours boursiers est devenu totalement déconnecté de l’évolution des profits. On peut illustrer cette proposition sur l’exemple des États-Unis, à partir d’une comparaison entre deux indicateurs : la Bourse et les profits.

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La baudruche du capital fictif, lecture du Capital fictif de Cédric Durand (Jean-Marie Harribey)

L’économiste Cédric Durand vient de publier Le capital fictif, Comment la finance s’approprie notre avenir (Paris, Les Prairies ordinaires, 2014). Cet ouvrage fait partie des quelques-uns, très peu nombreux hélas, qui proposent une vision de la crise à partir des concepts théoriques fondamentaux permettant de comprendre et de critiquer le capitalisme aujourd’hui dominé par la finance mondialisée.

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Sur le capital fictif, Réponse à Jean-Marie Harribey (Cédric Durand)

Je voudrais d’abord remercier Jean-Marie Harribey pour sa lecture attentive de mon livre et pour ses commentaires bienveillants. Dans ce qui suit, je vais brièvement tenter de clarifier ce qui semble faire obstacle à une convergence plus grande de nos points de vue. Le problème central tient à la définition même du capital fictif. Un concept que Jean-Marie Harribey refuse de saisir dans sa globalité, écartant les créances bancaires et les dettes publiques, pour ne retenir qu’une délimitation rétrécie du capital fictif « au sens strict », incluant la valeur de marché des actions et des produits dérivés. Cette tentative de réduction empêche, à mon sens, de mobiliser la puissance du concept de capital fictif pour saisir la spécificité du capitalisme financiarisé et, ainsi, mieux le combattre.

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Capital fictif, dictature des actionnaires et des créanciers : enjeux du moment présent (François Chesnais)

Je suis largement d’accord avec plusieurs des critiques faites par Jean-Marie Harribey du livre intéressant de Cédric Durand, notamment quant au statut très flou de la théorie de la valeur à laquelle la théorie du capital fictif exige pourtant d’être adossée. Mais je ne vois pas comment il peut émettre l’hypothèse que le capitalisme financiarisé correspond à « une phase de son histoire où s’approche le moment où les perspectives de croissance de la productivité du travail et, partant, de croissance économique s’amenuisent, voire s’épuisent » et qualifier en même temps le capital fictif de « baudruche ». Aussi grave qu’ait été le krach financier de 2008, le capital fictif n’a pas été touché à la racine et a pu faire supporter la crise aux travailleurs.

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Le Livre noir des banques (Laurence Scialom)

La lecture de cet ouvrage co-écrit par des membres d’Attac et de Basta ! est une charge sans concession sur les dérives multiples des banques que la crise n’a pas éradiquées. On a même le sentiment que certaines pathologies se sont exacerbées, comme le caractère systémique des établissements ou leurs connexions avec le shadow banking. Volontairement polémiste, militant, parfois provocant, cet ouvrage repose pourtant sur des données et analyses très sérieuses, tant académiques qu’issues de grandes institutions internationales, type FMI ou BRI, ou d’ONG comme Finance Watch, Oxfam ou Tax Justice Network. Les angles d’attaque – au plein sens du terme – sont nombreux : coûts du sauvetage des banques, pression des lobbies, dangerosité de certaines innovations financières, emprunts toxiques, trading à haute fréquence, évasion fiscale, hypertrophie et danger des marchés dérivés, conflits d’intérêt, etc.

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Faire un homme augmenté ou rester humain ? (Jean-Marie Harribey)

En publiant Osons rester humain, Les impasses de la toute-puissance (Les Liens qui libèrent, 2015), Geneviève Azam avance sur un chemin original. Elle nous avait déjà offert Le temps du monde fini en 2010, où elle avait disséqué les limites écologiques de la planète. Elle fait aujourd’hui le lien entre ces limites et les tentatives technicistes pour les transgresser.

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La revue des revues

Revue des revues n° 6 (Jacques Cossart)

La revue des revues comporte deux volets, répartis en cinq parties. Au programme des rapports internationaux, figure la lancinante question du réchauffement climatique, toujours plus préoccupante, dont les conséquences vont, entre autres, de la montée des températures à la modification des précipitations et des écosystèmes marins, à la baisse des rendements agricoles et à l’aggravation de la vulnérabilité sociale. La responsabilité du système bancaire et financier est grandement engagée dans les dégradations actuelles et à venir. Les phénomènes de corruption avérés ne sont sans doute que la partie émergée d’un système délétère.

Le second volet propose un panorama international, non exhaustif, donc forcément subjectif, des réactions dans le monde soulevées par les assassinats de janvier 2015 à Paris. De la difficulté des religions à ne pas voir leur histoire associée aux pires barbaries, telle pourrait être l’une des questions angoissantes qui est revenu après ces attentats. De la difficulté à approfondir laïcité, liberté et conditions du vivre ensemble, telle est la question corollaire de la précédente. L’enjeu est crucial : éviter l’engrenage du « choc des civilisations ».

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