Revenu d’existence universel : quel projet de société ?

Parce qu’elles s’appuient sur des conceptions philosophiques, politiques, économiques particulières, les propositions de revenu universel interrogent le projet de société. Quelles options sont ouvertes face à l’augmentation du chômage, de la pauvreté et de la précarité, ou devant la nécessité d’engager la transition écologique, sociale et féministe ? Différents projets de société sous-tendent les options offertes, dont nous synthétisons les principales tendances.

1) Quelle protection sociale ?

Projets envisagés autour d’un revenu d’existence universel
Face à l’augmentation du chômage et de la précarité, le revenu universel remet à plat les principes de la protection sociale sur la base de l’universalité et de l’inconditionnalité. Ses partisans estiment que ces deux principes permettraient de généraliser une vie décente, ce que la protection sociale actuelle n’a pas réalisée jusque-là et ne permettrait pas davantage à l’avenir.La mise en place d’un revenu d’existence entraînerait le remplacement des minima sociaux et, dans certains projets, d’une partie au moins des pensions de retraite. C’est surtout le cas des projets libéraux sous-tendus par une philosophie de la liberté individuelle qui ne prend pas en compte la structure sociale dans laquelle les individus évoluent, les inégalités qui y règnent, mais qui se focalise sur les aspirations des individus et leur supposée capacité à répondre eux-mêmes à leurs besoins.

Projet de société organisé autour du travail,des droits et de l’égalité
La protection sociale existante fut fondée sur le principe de solidarité en opposition à l’idéologie libérale du « self made man » et de la réussite individuelle. Elle fut assise sur le travail (assurance maladie, retraite par répartition), avant de connaître progressivement une généralisation à toute la population. Les services publics complètent cette solidarité, et, bien qu’attaqués par les politiques libérales, ils atténuent dans une certaine mesure les impacts des crises économiques. Ce projet n’est pas devenu obsolète, il doit être défendu, la solidarité renforcée, les minima sociaux revalorisés et leur attribution doit être automatique dès lors qu’une personne y a droit. De plus, s’impose l’exigence d’égalité entre femmes et hommes, en évitant les effets pervers, notamment liés à la familialisation des droits. (voir encadré).

2) Un emploi pour qui ?

Projets envisagés autour d’un revenu d’existence universel
Il n’est plus nécessaire d’exiger des entreprises qu’elles créent des emplois, ni pour l’État de conduire des politiques dans ce sens, car beaucoup de personnes ne souhaitent plus travailler, ou, avec un revenu universel, n’auraient plus besoin de travailler. « Plutôt que ’travailler tous’, c’est bien ’travailler moins’ qui devrait être l’objectif » car il s’agit d’une réduction individuelle choisie « qui diffère d’une réduction collective du temps d’emploi » [1]Dans certains projets, l’opposition capital/travail n’est plus considérée comme essentielle. Dans d’autres, elle n’est pas suffisante pour mieux répartir les richesses. Pour la plupart, il semble que déplacer le plancher de revenu à 400€, 700€ ou 1000€ dégagerait une marge de manœuvre suffisante pour une meilleure répartition.Dans les projets les plus libéraux, parier sur une autre répartition des richesses n’est de toute façon pas un objectif prioritaire.

Projet de société organisé autour du travail,des droits et de l’égalité
L’objectif de plein emploi est lié à celui de la solidarité car ils sont les leviers essentiels de la cohésion sociale et de l’accès à l’autonomie personnelle. L’accès à l’emploi est notamment un enjeu majeur pour les femmes. Cependant, les normes sociales font que, historiquement, les salaires des femmes ont été considérés comme des salaires d’appoint, idée qui n’a pas entièrement disparue aujourd’hui : accéder à un emploi à temps plein, et le conserver sont une bataille continue. Le revenu universel qui se base sur la liberté individuelle, occulte ces inégalités. Il comporte un risque de retour des femmes à la maison, validant un salaire maternel ou domestique.L’alternative au revenu universel serait une refondation du modèle productif autour de la transition pour satisfaire les besoins sociaux et écologiques et autour de la réduction collective du temps de travail (RTT). Compte tenu des transformations que connaîtra le travail à l’avenir, la RTT devra certainement s’envisager d’une nouvelle manière, notamment sur l’ensemble de la vie active.Il s’agit non seulement de renforcer les emplois publics et d’élargir le champ de la gratuité, mais aussi de créer de nouveaux emplois et se réapproprier socialement des secteurs abandonnés au secteur privé, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de la recherche, ou bien en lien avec la transition écologique et énergétique.Les partisans du revenu universel assurent également souhaiter qu’on s’engage dans une économie non productiviste, mais cela ne pourra pas se faire avec un désengagement de la société dans les immenses travaux à accomplir. De la même façon, la fixation d’un revenu maximum dans les entreprises suppose que la question du travail ne soit pas abandonnée.

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