Rester sur terre - l’aviation est le mode de transport le plus néfaste pour le climat

lundi 8 octobre 2018, par Attac France

Attac France est signataire d’un appel international à l’initiative d’un réseau d’organisations - Stay Grounded pour Rester sur terre en français - qui met à l’index l’aviation civile comme le mode de transport le plus néfaste pour le climat. Cette déclaration établit en treize étapes un processus de transition pour rendre nos systèmes de transport plus justes et plus soutenables. Derrière cette déclaration, de nombreuses actions de mobilisation sont en cours contre la construction de nouveaux aéroports ou l’expansion d’aéroports existants, et contre les opérations de greenwashing que l’industrie de l’aviation a mises sur pied pour tenter de sauver les apparences. Attac France appelle à soutenir ces actions et le développement de ce réseau international.

L’aviation est le mode de transport le plus néfaste [1] pour le climat et une des sources d’émissions de gaz à effet de serre (GES) dont la croissance est la plus rapide [2]. Dans les vingts prochaines années, l’industrie espère doubler le nombre de voyageur.euse.s aériennes [3]. Une vague massive et globale d’expansion de l’aviation est en place, avec la prévision [4] de près de 1200 projets d’infrastructures aéroportuaires. Beaucoup de ces projets d’aéroports sont parmi les plus coûteux et les plus gros des méga-projets, un certain nombre étant imposé par des gouvernements servant des intérêts privés.

Le dilemme

Alors que moins de 10 % de la population mondiale a déjà mis les pieds dans un avion [5], ce sont principalement les non-voyageur.euse.s qui sont le plus durement touché.e.s par la crise climatique et les effets négatifs de l’extension des aéroports tels que l’accaparement des terres, le bruit ou les problèmes de santé. Les communautés des pays appauvris [6], qui n’ont pratiquement pas contribué à la crise, sont les plus affectées. Le problème de l’aviation est une petite partie d’une histoire bien plus large d’injustices : il est contraire à la nécessité d’éliminer l’utilisation d’énergie fossile ; il est étroitement lié au complexe militaro-industriel ; il est aussi en lien avec l’influence excessive des grandes entreprises sur les politiques publiques, concernant le commerce, le développement économique et le climat. L’aviation reste dépendante des énergies fossiles même si l’industrie fait la promotion de fausses solutions comme de nouveaux aéroplanes qui n’existent pas encore. De même, les compensations (voir plus loin) et les agrocarburants ne permettent pas de limiter les émissions sans mettre en danger la production alimentaire, la biodiversité et les droits humains.

Qui nous sommes ?

Nous sommes des personnes, des communautés, et des organisations du monde entier, concernées par les multiples impacts de l’aviation : certain.e.s d’entre nous sont directement touché.e.s par les infrastructures aéroportuaires et les effets négatifs sur la santé du bruit et de la pollution de l’aviation. Certain.e.s d’entre nous sont des activistes pour une justice climatique et de jeunes personnes qui veulent habiter sur une planète vivable. Certain.e.s d’entre nous vivent dans des communautés, et défendent leurs maisons, leurs terres et les écosystèmes contre l’accaparement des terres pour la construction ou l’agrandissement d’aéroports, la production d’agrocarburants ou des projets de compensation d’émissions des GES de l’aviation.

Certain.e.s d’entre nous sont des universitaires, des syndicalistes et des travailleur.euse.s du secteur des transport, mais aussi des organisations environnementales ou pour les transports, favorisant les initiatives pour d’autres modes de transports comme le rail, partout dans le monde.

« Business as usual » n’est pas une option. C’est pourquoi nous luttons pour les 13 étapes suivantes pour transformer les transports, la société et l’économie pour être juste et répondre à des critères environnementaux.

Ce qu’il faut

1. Une transition juste

Nous devons mettre fin à la sur-dépendance aux formes de transport les plus polluantes et néfastes pour le climat, fondées sur une économie globalisée. Cela passe par des négociations et une planification concertée pour une transition qui ne se fasse pas au détriment des travailleur.euse.s des secteurs concernés – même si cela comprend des changements dans ce que nous faisons et comment nous travaillons. Cela nécessite le remplacement des privatisations ratées par des initiatives locales favorables au climat, de bonnes conditions de travail, des entreprises publiques et un contrôle démocratique. Pour réussir cela face à une industrie fondée sur la croissance de l’industrie aérienne, il faudra surmonter le pouvoir des multinationales. Nous avons besoin d’un système de transport qui soit démocratiquement régulé et planifié, qui favorise et soutienne le bien commun, et qui soit intégré et écologique.

2. Aller vers d’autres modes de transport

Nous devons passer des modes de transports nuisibles à des modes plus environnementalement surs. Les courtes distances et certains vols moyens peuvent être remplacés par les trains dans les régions où des infrastructures ferroviaires adéquates existent, ou autrement par des bus/cars. Il n’est pas nécessaire d’avoir des TGV, mais les services de jour et de nuit doivent être attractifs, abordables et alimentés par des énergies renouvelables [7]. Les navires et ferries peuvent aussi être des alternatives si leur source d’énergie est neutre en carbone ( vent, batterie électrique, hydrogène ou ammoniac).

3. Une économie basée sur des trajets courts

Le transport de marchandises est responsable d’une part significative des émissions de carbone. Plutôt que de tripler les volumes transportés d’ici 2050 [8], nous devons réduire la demande de biens venant de loin et développer des économies locales. L’objectif ici est la protection du climat, pas un protectionnisme de style nationaliste. C’est possible et cela doit se faire tout en maintenant des sociétés multiculturelles et ouvertes.

4. Rendre possible le changement des habitudes et des modes de vie

Nous devons contester les normes sociales et les milieux de travail qui encouragent un transport aérien excessif. Les voyages pour le loisir peuvent généralement se faire à des échelles régionales ou à vitesse réduite. Les conférences en ligne peuvent remplacer de nombreux voyages professionnels. Nous devons interroger le développement des habitudes de voyages lointains, des week-ends en avion et du tourisme de masse qui nuit aux cultures et aux écosystèmes locaux.

5. Le droit à la terre et les droits humains

Pour mettre fin à la dépossession en cours, aux pollutions, destructions et écocides causés par l’industrie de l’aviation et ses activités connexes, les droits des Peuples autochtones, des communautés locales, des paysannes [9] et des femmes, concernant la gouvernance et la propriété de leurs terres et territoires doivent être entièrement reconnus et respectés. Cela aide aussi à assurer la souveraineté alimentaire et la protection des moyens d’existence, des activités, cultures et coutumes des personnes. Le bruit permanent et nocif lié au vol à proximité des aéroports doit être réduit.

6. La justice climatique

Atteindre une Justice climatique est plus qu’un processus juridique. Cela demande que les sociétés mettent en priorité « une bonne vie pour tout.s » [10] plutôt que des profits pour quelques un.e.s. Cela comprend une justice pour tou.te.s – maintenant et pour les générations futures. Cela implique également de lutter contre toutes les formes de discrimination basées sur le genre, l’origine, la race, la classe, la religion ou l’orientation sexuelle. [11] Cela signifie aussi que les pays enrichis [12] soient responsables d’une part plus grande des efforts pour combattre la crise climatique et pour en atténuer les conséquences, ce qui comprend des paiements financiers relatifs à la responsabilité et à la réparation. La justice climatique signifie aussi que les personnes des pays appauvris ont le droit de résister aux politiques climatiques néocoloniales telles que les compensations d’émissions de GES, la géo-ingénierie et les agrocarburants (voir les étapes 11,12,13).

7. Des engagements politiques fermes

Pour limiter le réchauffement global à 1,5°, nous ne pouvons pas compter sur des promesses d’actions volontaires. Nous avons besoin de règles contraignantes et obligatoires ainsi que de limites d’émissions de GES clairement définies . Il est nécessaire que les émissions de l’aviation internationales fassent partie des efforts de réductions nationaux dans le cadre de la CCNUCC [13] et que l’actuelle main-mise de l’industrie sur les politiques publiques prenne fin. Nous avons besoin à tous les niveaux – localement, nationalement, et régionalement- d’objectifs contraignants, de transparence et d’une participation véritablement démocratique. Même si des objectifs globaux sont importants, il y a aussi besoin de mesures régionales et locales plus strictes et de régulations telles que des taxes sur le kérosène, une TVA [14], des taxes sur les billets, des impôts sur les voyageur.euse.s régulièr.e.s, des normes environnementales pour l’aviation, des limitations du nombre de vols, et un moratoire sur les infrastructures aéroportuaires.

Ce qu’il faut éviter

8. Les nouveaux aéroports et l’extension des aéroports

Un moratoire sur la construction et l’agrandissement d’aéroport est nécessaire. Cela inclut les centre commerciaux aéroportuaire et les développements industriels servant à la croissance aérienne, y compris les aéropolis [15] ( ville-aéroport) et les projets de Zone Economique Spéciale. Les communautés qui seraient isolées sans un accès par les airs doivent être prises en compte et des moyens écologiques de les joindre doivent être cherchés.

9. Les privilèges de l’industrie aéronautique

L’aviation ne doit plus recevoir d’avantages particuliers par rapport aux autres modes de transport. Les compagnies aériennes, les aéroports et les producteurs d’avions ont reçu d’énormes subventions et exemptions de taxes – ce qui explique en grande partie pourquoi tant de vols sont si peu chers. Peu de pays taxent le kérosène et il y a rarement de TVA ou de taxes passagers. Parmi les sujets de préoccupations, on trouve entre autres : le renflouement des compagnies aériennes, les subventions pour les vols, l’endettement, la construction et l’achat d’avions, les crédits à l’exportation et les aides publiques à la construction de nouvelles infrastructures aéroportuaires. [16]

10. La publicité pour l’industrie du transport aérien

Les incitations systémiques au transport aérien doivent cesser. Cela comprend les publicités liées au transport aérien et les autres formes de marketing des industries de voyage, de transport aérien et de construction.Il faut arrêter les système de fidélisation Grands Voyageurs qui renforce fortement le fait de prendre l’avion comme symbole de statut social [17]. Il y a des précédents à des actions fortes de ce type. Certains pays ont interdit les publicités pour la cigarette depuis des décennies, malgré l’omniprésence de la cigarette ( et des publicités) et les taxes perçues sur les fumeur.euse.s. Certains pays ont déjà interdit les systèmes de fidélisation Grands Voyageurs [18]

11. Les mécanismes de compensations

La stratégie actuelle de réduction des GES consistant à utiliser des systèmes de compensation est une fausse solution poussée par l’industrie de l’aviation et ses législateurs dévoués [19]. Les vols et les aéroports reposent sur la promesse intenable de pouvoir compenser les émissions de GES plutôt que de les réduire, en achetant des crédits carbone à d’autres – comme à des projets de reforestation ou de barrage hydro-électrique qui sont supposés conduire à des économies d’émissions. Les aéroports essayent aussi souvent de rendre acceptable la destruction de la biodiversité qu’ils provoquent en compensant la perte de biodiversité. La compensation carbone ne produit aucune réduction réelle d’émissions [20] et la perte de biodiversité ne peut en réalité pas être compensée [21] Les projets de compensation conduisent souvent à des conflits locaux ou à l’accaparement de terres. C’est le cas particulièrement pour les projets basés sur des terres ou des forêts comme le projet REDD + [22]. Le système de compensation est injuste et détourne de la nécessité urgente de réduire et non pas seulement de déplacer les destructions.

12. Les agrocarburants

Remplacer le kérosène fossile par des agrocarburants est un faux projet, hautement destructeur. Les agrocarburants ne peuvent pas être fournis à l’échelle que l’industrie demanderait [23]. L’usage important d’agrocarburants dans l’aviation conduirait (directement aussi bien qu’indirectement) à une augmentation massive de déforestations et d’assèchements de tourbières et provoquerait ainsi de vastes émissions de carbones. Cela conduirait aussi à un accaparement de terres, et à la violation de droits humains, notamment par des expulsions par la force et la perte de souveraineté alimentaire [24].

13. L’illusion des solutions technologiques

Nous devons éviter le piège du greenwashing de l’industrie aéronautique. De futures améliorations techniques pour les avions et leur exploitation ont été identifiées et doivent continuer à être cherchées mais nous devons admettre que c’est et que ça restera insuffisant pour résoudre les problèmes d’émissions liées à l’aviation. Les gains d’efficacité prévus sur la consommation de combustible sont dépassés par le taux de croissance historique, actuel et prévu, du transport aérien de passager.e.s et de marchandises ( phénomène connu sous le nom d’ « effet rebond »). Les changements dans les technologies de l’aviation sont incertains et ne se mettront pas en place avant des dizaines d’années. Etant donné l’urgence à réduire les émissions de GES, se fier à des scénarios douteux tels que celui de l’introduction d’un large secteur d’avions électriques est trop risqué et détourne l’attention de la nécessité de réduire les émissions immédiatement. [25] Même les futurs avions propulsés avec des combustibles électriques seront néfastes s’il n’y a pas des critères forts de soutenabilité et une limitation de l’aviation [26]. Pour les décennies à venir, un transport aérien décarboné ou « à croissance carbone zéro » restera donc une illusion.

Passons à l’action

STAY GROUNDED est un réseau qui s’agrandit et qui regroupe des initiatives, des organisations et des activistes travaillant ensemble dans le mode entier pour faire avancer un système de transport juste et environnementalement sûr et pour réduire rapidement le trafic aérien. Ses activités comprennent : le soutien aux communautés affectées, l’organisation de campagnes, la recherche, l’analyse des politiques et des industries, des manifestations et des actions directes. Nous appelons à à la solidarité avec les personnes déjà touchées par le changement climatique, avec celles qui luttent contre des projets d’aéroports, avec celles qui protègent les forêts et les droits des peuples autochtones, avec celles qui mettent en avant des alternatives au transport aérien et avec celles qui travaillent à une transition juste.

La crise climatique n’est pas qu’une simple question environnementale. C’est notre responsabilité sociétale et elle doit être prise en compte en mettant en commun nos efforts. Nous invitons tou.te.s les parties prenantes à nous rejoindre et mettre en place ces 13 étapes nécessaires.

Lire le texte complet de l’appel.

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