Radio France, c’est comme pour Syriza, d’abord tu acceptes 380 licenciements, et après on discute.

jeudi 30 avril 2015, par Bruno Knez, Dominique Plihon

Bruno Knez et Dominique Plihon, membres du CA d’Attac, ont été associés à la lutte des grévistes de Radio France. Voici comment les arguments budgétaires ont été utilisés par les autorités, avec la plus grande mauvaise foi, pour déstabiliser les grévistes.

Le projet stratégique de Radio France (RF) affirme :

Les évènements tragiques de janvier 2015 ont rappelé à tous l’importance cruciale d’une éducation aux médias pour les plus jeunes générations balayées aux quatre vents de la propagande et de la désinformation.

Où sont la propagande et la désinformation ?

Le COM (contrat d’objectif et de moyens) établi pour les années 2010 à 2018, prévoyait une augmentation de la dotation annuelle de l’État à RF de 592M€ à 621M€ pour les années 2012 à 2014. Dans la réalité, la dotation annuelle a plafonné à 575M€, soit une diminution des ressources de 86 M€.

Le COM prévoyait, pour les trois dernières années, des dépenses de 178M€ avec un financement assuré de 83M€, soit une différence de 95M€ à payer par RF, ce qui a asséché totalement sa trésorerie !

Pour rénover la Maison de la Radio, le COM prévoyait pour 2015 à 2018 des investissements pour 304M€, avec un financement de 124M€. Aucun financement n’était prévu pour la différence de 180 M€

Résultat : à cause de l’incurie des autorités, RF était confrontée à un fort déficit au début de 2015, alors qu’elle a été en excédent pendant de nombreuses années.

Que répond le président de radio France face à cette mauvaise gestion ?

L’ambition du projet stratégique doit s’articuler avec la situation financière très dégradée de l’entreprise, dont l’ampleur est apparue depuis l’automne 2014, sous l’effet combiné d’une contraction de ses ressources et d’une hausse de ses coûts d ‘exploitation et des charges liées à la réhabilitation.

Pourquoi confondre charges de fonctionnement et charges liées à la réhabilitation ? Si ce n’est pour faire apparaître une situation dégradée, ce qui n’est pas le cas !

C’est pour faire accepter des (fausses) solutions : d’une part, la recherche de ressources « propres » auprès du secteur privé pour 16 M€, ce qui menace l’indépendance de RF ; et d’autre part, des économies de charges de fonctionnement pour 16 M€, « grâce » à la suppression ondes longues et moyennes.
Et comme, ce n’est pas suffisant, le projet prévoit la suppression de 380 emplois !

Depuis quand a t-on vu que, pour construire un immeuble, il fallait chercher le financement dans le licenciement de 380 personnes ?

Un bel exemple de désinformation auprès de l’opinion publique à qui les autorités ont voulu faire croire que RF vivait au-dessus de ses moyens, dans le but de s’attaquer au service public de l’information.

Pour en savoir plus

Extraits des AG et des rencontres entre les salariés et la direction avec les économistes Dominique Plihon (Université Paris 13), Xavier Timbeau (OFCE), Julia Cagé (Sciences po paris) et Philippe Askenazy (CNRS) (avril 2015)