Qatar 2022 : le foot on l’aime, mais pas comme ça !

dimanche 20 novembre 2022, par Attac France

La coupe du monde masculine au Qatar bat tous les records d’indécence. En ces temps d’urgences sociale et climatique, elle nous pousse à nous interroger sur les événements sportifs à venir, les enjeux sociaux et environnementaux, et les valeurs qu’ils transmettent.

Attac se mobilise et organise une soirée (contre) coupe du monde le mardi 22 novembre à 19h30 à La Recyclerie (Paris 18) !

Attac France et ses partenaires ouvrent le bal le 22 novembre à 19h30 à Paris à la Recyclerie. Dans le cadre d’une soirée conviviale, ponctuée d’animations organisé avec Attac, Climax, Notre Affaire à Tous, Carton Rouge, venez disputer un match des idées, au programme :

1/Table ronde de 19h30 à 20h45

  • Nicolas Ksiss-Martov, auteur du livre « Qatar, le mondial de la honte , journaliste pour "Sport et Plein Air » revue de la FSGT
  • Jean-Pascal François, responsable Inter de la FD CGT de la Construction, chargé du suivi de la situation des travailleurs migrants sur les chantiers du Qatar
  • Alma Dufour, députée LFI
  • Pierre Rondeau, économiste du sport, chroniqueur à Sofoot et RMC, professeur à la Sport Management School
  • Lola Schulmann, chargée de plaidoyer à Amnesty international
  • Justine Ripoll, responsable de campagne de Notre Affaire À Tous

2/ Activités jusqu’à 23h par Climax

  • Kermesse footballistique avec son magistral “tir aux brutes”
  • Projection de vrais bons moments de foot,
  • Atelier de fabrication de casquettes-télécommandes pour éteindre les matchs à la télé, avec Praticable (ex-Collectif Bam).

Nous vous invitons à organiser vous-même des évènements alternatifs, festifs et créatifs, et les annoncer sur la plateforme Carton Rouge Qatar partout en France !

Ca commençait déjà très mal !

La désignation du Qatar comme pays organisateur en 2011 serait le fruit d’une affaire de nombreux actes de corruption commis par les 18 membres du conseil exécutif de la FIFA, dont la moitié a été suspendue aujourd’hui. L’affaire a même été portée jusqu’au plus haut de l’État, puisque Nicolas Sarkozy, Président de la République française à l’époque, est suspecté d’avoir incité Michel Platini - ancien international de football et président de l’UEFA entre 2007 et 2015 - de voter, au nom de la fédération européenne de football, pour la candidature qatarienne et ce, en échange d’un rachat du PSG et de la création d’une chaîne de sport, BeinSport.

Un si mauvais départ ne pouvait qu’annoncer le pire : l’organisation de la coupe du monde, dans ce pays qui en a fait un enjeu de premier plan pour son image, a inéluctablement produit une série de scandales aussi bien environnementaux qu’humains.

Un drame environnemental en pleine urgence climatique.

Selon la récente étude d’une ONG spécialisée en droit de l’environnementè, la coupe du Monde c’est :

  • 6 millions de tonnes de CO2 émis, soit 2 fois plus que ce qu’annoncent les organisateurs.
  • 8 stades climatisés. Bien que la coupe soit organisée en hiver - en espérant que la climatisation ne sera pas mise en fonctionnement - les stades ont bien été construits et ont une activité en dehors la coupe. La FIFA a légitimé ces constructions. Véritable gabegie environnementale, la climatisation à ciel ouvert a déjà été utilisée lors des championnats du monde d’athlétisme en septembre 2019, et sera utilisée lors de la coupe d’Asie de football en 2023.
  • Des milliers de vols en avion. Le Qatar est un pays trop petit pour accueillir une compétition d’envergure internationale. Il ne dispose en effet que de 90.000 lits hôteliers, alors qu’il attend plus de 1,3 million de touristes étrangers. Des navettes vont donc être mises en place pour assurer le transit entre les hôtels étrangers et le Qatar. On estime ainsi qu’un avion décollera du pays toutes les 10 minutes. Et ce avec son lot d’émissions carbones…

Face aux nombreuses critiques de ce drame écologique , le Qatar multiplie des communications et initiatives de Greenwashing pour donner l’illusion que le pays est capable d’organiser une compétition sobre. Le Qatar a ainsi planté plus d’1 million d’arbres autour des stades.

Mais la compensation carbone est déjà en soi une fausse solution, peu, pour ne pas dire inefficace, mais surtout en l’espèce elle n’a absolument pas de sens ! Il faut plus de 50 ans pour observer les effets espérés des arbres, or ils ont été plantés en plein désert. Ils disparaitront très certainement quelques mois après l’évènement, ne pouvant résister aux conditions climatiques désertiques.

Par ailleurs, le Qatar a promis d’équilibrer ses émissions carbones en investissant dans des crédits carbone, sur le modèle « des droits à polluer ». Or, pour l’instant, seuls 5% des crédits dédiés ont été alloués à des projets environnementaux

Un enfer pour les travailleurs étrangers et les droits humains.

Sur la base de listings des travailleur·euse.s étranger·e·s, et dans son estimation la plus basse, la presse britannique annonce le nombre de 6500 morts sur les chantiers. Néanmoins, ce chiffre doit être revu à la hausse puisque l’analyse du Guardian ne tient compte que des listings des pays asiatiques (Népal, Philippine, Sri-Lanka, Pakistan). Les listings des pays africains manquent à l’appel.

Bien qu’annoncée comme officiellement suspendue, La kafala est pourtant encore appliquée dans le pays. Ce système juridique impose un contrôle et une restriction de déplacement et de droits aux travailleurs étrangers. Ils sont ainsi placés sous la tutelle d’un natif qatari, subissent des discriminations raciales et sont souvent traités comme des esclaves.

De plus, Le Qatar a récemment connu un mouvement social : des travailleurs étrangers ont fait grève réclamant simplement d’être payés pour le travail accompli. Ils ont été renvoyés manu militari à la frontière.

La répression des visiteurs·euses, et surtout des populations locales, est aussi inquiétante et doit être dénoncée. L’homosexualité reste pénalement condamnée, jusqu’à 7 ans d’emprisonnement. Au Qatar, les homosexuel·les et les membres de la communauté LGBTQI+ sont opprimé·es, chassé·es, vilipendé·es, ou bien encore battu·es à mort. De nombreux témoignages font état de sévices et d’attaques violentes contre ces personnes. L’un des ambassadeurs de la coupe du Monde au Qatar a même récemment déclaré que l’homosexualité résultait d’un "dommage mental".

De le même façon, le pays réprime les femmes dont les droits sont inexistants. Elles sont le plus souvent sous la tutelle de leur père ou mari. Une femme qui divorce n’a pas le droit d’avoir la garde de ses enfants. Par ailleurs toute relation sexuelle en dehors des liens du mariage est considérée comme un adultère, prohibée, et peut mener à la prison y compris quand la femme est victime de viol.

Les autorités du Qatar sont obsédées par leur image qu’elles veulent contrôler à tout prix. Au point d’atteindre la liberté et les droits de la presse nationale et internationale. Les autorités qatariennes multiplient les injonctions empêchant de filmer les zones des travailleurs étrangers durant la compétition. Récemment, un journaliste danois a été menacé par les autorités qatariennes alors qu’il filmait simplement sur une place publique.

La libre circulation des supporters durant la compétition sera pour les mêmes raisons controlée. Les organisateurs vont imposer aux supporters d’installer des applications pour avoir accès aux stades et aux fan-zones. Selon les expert·es, ces applications s’apparenteraient à des logiciels espion. En France, la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) conseille d’ailleurs les supporters à se rendre au Qatar avec des téléphones vierges et jetables.

Pourquoi faut-il s’insurger, et organiser des contre-événements et des actions ?

Cela fait déjà plus de 10 ans que le Qatar a été désigné pour organiser cette coupe de la honte, pourtant il aura fallu du temps pour que des mobilisations fleurissent un peu partout. La crise climatique ayant désormais franchi un seuil d’urgence extrême, et maintenant que cet évènement est sur le point de faire la une médiatique, nous ne pouvons plus rester sans rien faire face à tant d’injustice sociales et écologiques. Il faut nous mobiliser !

En réponse aux échecs des actions politiques, sportives, diplomatiques, des appels aux boycotts…il faut déployer l’action populaire et citoyenne, surtout celle qui aime le foot !

L’affaire de la Super-Ligue européenne en est le plus bel exemple. En avril 2021, un projet de compétition privée et fermée voit le jour. Les supporters d’Espagne et d’Angleterre le refusent et manifestent leur opposition. Le projet est abandonné en 48 heures par la pression économique. En effet, les droits TV de la coupe du Monde c’est 2,5 milliards d’euros en 2018.

Si demain, la coupe du monde au Qatar marchait moins bien (en 2018, 26 millions de téléspectateurs en France pour la finale, 1,3 milliard à travers le globe), les diffuseurs exigeraient une décote et la FIFA seraient obligés de remettre en question les modalités d’organisation et de désignation des pays hôtes.

C’est ce qu’il s’est passé au CIO (Comité International Olympique) : pour les Jeux 2024 et 2028, beaucoup de villes se sont désistées (Boston, Rome, Hambourg, Budapest), refusant le coût économique et l’absence d’intérêts sur le long terme. Le comité olympique a alors imposé que les dossiers garantissent des critères économiques, sociaux et environnementaux ainsi qu’une réhabilitation totale des infrastructures afin de relancer le désir d’accueillir un évènement.

Continuons à nous indigner, ce combat servira pour les compétitions à venir car la honte ne s’arrêtera pas au mondial de football. Après le Qatar viendra la coupe du Monde 2026, à 48 nations, sur un continent entier (l’Amérique du Nord). Elle sera aussi une véritable aberration environnementale, avec des déplacements en avion de plus de 3000km sous des températures caniculaires.

Même drame pour les jeux asiatiques d’hiver de 2029, en Arabie Saoudite, dans des montagnes désertiques sans neige. Sans parler de la coupe d’Asie 2023, encore au Qatar, en juin prochain, sous 45 degrés dans les fameux stades climatisés. Les jeux olympiques de Paris produiront aussi leur lot de conséquences néfastes.

Nous devons lutter contre le gigantisme délétère des rencontres sportives, qui doit être révolu. Cela est possible par une révision des critères d’attribution et la proposition d’alternatives. Et cela ne saurait se faire que par la mobilisation citoyenne, par l’action populaire, et la multiplication d’événements dénonçant cette coupe de la honte !

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