Notre amie et camarade Susan George nous a quittées

jeudi 19 février 2026, par Attac France

Nous témoignons de notre peine face à sa disparition, elle qui a accompagné de sa présence active l’ensemble de notre association dont elle fut membre fondatrice en 1998 et toujours présidente d’honneur.

Depuis les instances nationales et internationales jusqu’aux comités locaux, elle a incarné et nourri de son expertise cette éducation populaire tournée vers l’action qui a été la force de notre association. Tel était l’esprit de ses nombreux livres et innombrables conférences.

Nous exprimons aussi notre reconnaissance à une figure inspirante de l’altermondialisme et à la tisseuse d’un vaste réseau. Politisée par son opposition à la guerre du Vietnam et l’accueil en France des insoumis américains, sa fibre internationaliste ne s’est jamais démentie. Elle a œuvré, dans ces années de guerre et de répression, au repli en Europe d’un Think tank américain, l’Institute for Policy Studies, devenu le TNI, Transnational Institute, basé à Amsterdam, et dont elle fut présidente et présidente d’honneur.

Après avoir été chargée d’un rapport pour la FAO en 1974, elle a publié en 1976 son premier livre, qui lui a valu un succès international : Comment meurt l’autre moitié du monde (Laffont, 1978). Ce fut le début de son combat contre les multinationales qui affament la planète, contre le colonialisme pervers de la « dette » des pays du Sud et le rôle des institutions internationales dans sa fabrication.

En 2000, elle publie Le rapport Lugano (Fayard), une « fiction factuelle » détonnante, mettant en scène à Lugano en Suisse un groupe d’experts réunis pour sauver le capitalisme. Il reste d’actualité. Sensible aux dérèglements écologiques, elle fut membre du Conseil d’administration de Greenpeace International et de Greenpeace France dès 1989 et a participé au lancement en France d’une organisation connue au Royaume-Uni, Extinction Rebellion.

Face au néolibéralisme incarné par le dogme du marché généralisé et du libre échange, aux déchaînements de la finance, elle fut de tous nos combats, depuis le blocage de l’OMC à Seattle en 1999, les forums sociaux mondiaux initiés à Porto Alegre en 2001, jusqu’à l’organisation concrète, avec les comités locaux d’Attac, de campagnes nationales contre les accords de libre-échange (l’AGCS notamment, Accord général sur le commerce des services), les paradis fiscaux ou les campagnes contre les OGM et Monsanto.

Nous gardons en mémoire sa détermination, sa disponibilité, son élégance et son humour, souvent dévastateur pour ses adversaires. Dans les sombres temps qui sont les nôtres, nous entendons son message : « Naturellement, je peux ressentir parfois du découragement. Mais je ne pense pas avoir perdu mon temps. Je crois que les effets d’une action, et plus encore de l’accumulation des actions, peuvent survenir à tout moment et souvent lorsqu’on s’y attend le moins » (Je chemine avec Susan George, Seuil, 2020).