Mourir ? Plutôt crever !

mardi 10 mai 2016, par Hervé Thomas

Drôle de façon d’apprendre que Siné s’est taillé comme ça hier, et d’entendre ce matin toutes les radios l’encenser, de parcourir toutes les unes de journaux lui rendre un tel hommage (Brassens disait déjà : « il est toujours joli le temps passé, une fois qu’il ont cassé leur pipe »).

Ah les sales cons d’hypocrites, eux qui ne l’ont jamais soutenu à chaque fois qu’il auraient pu et du le faire !

Siné, c’est le compagnon de route dont on se dit qu’il sera toujours là pour faire d’un trait de plume la nique au vieux monde et nous venger en un dessin de l’injustice et de la connerie humaine réunies.

C’est peu dire que ce sont nos décennies de militance qu’il a accompagné de son crayon depuis les luttes anticolonialistes avec Siné Massacre en passant par mai 68 et les journaux Action et L’Enragé, jusqu’à notre Siné Hebdo devenu mensuel et attendu impatiemment chaque mois.

Mais Siné c’était aussi le tendre Siné moins connu avec sa série des chats, le fin connaisseur de jazz, et l’amoureux partageur de la dive bouteille.

Bordel de merde, c’est pas juste, il verra pas le résultat du procès intenté contre BHL, il enverra pas de fleurs fanées aux funérailles nationales de Val, il goûtera pas les cerises qui arrivent et tant d’autres choses qui font plaisir rien que d’y penser.

Siné avait donné un joli dessin de lui à Attac il y a quelques mois pour le Lignes d’Attac no 101 (« Allez les grecs »), et il nous facilitait gentiment à chaque fois le contact avec les dessinateurs de talent qui oeuvraient dans son canard (Willis de Tunis, Mix & Remix, etc.).

Peut-être même que certains d’entre vous se souviennent encore de l’avant-première du film Mourir ? Plutôt crever réalisée par Stéphane Mercurio, la fille de Catherine Sinet, et qu’elle était venue présenter pour Attac à l’occasion de l’Université d’été 2010 d’Arles.

Tiens c’est trop con, il nous gâche l’Ascension, en guise de conclusion, il me vient en mémoire une chanson de Ferrat qu’il avait écrite sur Boris Vian et qui finissait comme ça :

On va quitter ces pauvres mecs
Pour faire une java d’enfer
Manger la cervelle d’un évêque
Avec le foie d’un militaire
Faire sauter à la dynamite
La bourse avec le Panthéon
Pour voir si ça tuera les mythes
Qui nous dévorent tout du long
Pauvre Boris
Tu vois rien n’a vraiment changé
Depuis que tu nous a quittés