D’abord, faire de la politique !

mardi 17 novembre 2015, par Pierre Khalfa

Face au massacre opéré par Daesh, c’est d’abord la sidération qui l’emporte. Les mots, quel que soit le sentiment qu’ils expriment - condamnation, écœurement, solidarité, recueillement –, semblent toujours en deçà de l’événement lui-même. Le premier réflexe est celui de serrer les rangs. Face à une agression intolérable, l’unité nationale semble s’imposer. « Nous sommes en guerre » nous répètent à satiété la plupart des responsables politiques. Et à la guerre, tout est permis pour gagner. Dans cette surenchère belliqueuse, la palme revient à Laurent Wauquiez qui veut tout simplement en finir avec l’État de droit en proposant d’interner tous ceux que les services de renseignements peuvent soupçonner de terrorisme. La proclamation de l’état d’urgence participe de cette logique. Outre que la suspicion de délit de terrorisme permet aujourd’hui d’appliquer la plupart des mesures coercitives qui y sont attachées, on voit mal comment elles pourraient empêcher un fanatique de se faire sauter dans un lieu public.

Mais c’est surtout la tentation de mettre de côté la politique qui est la plus mortifère pour notre démocratie. La politique, c’est la prise en charge collective de l’avenir de la cité, c’est le débat public sur les solutions à mettre en œuvre dans une situation concrète. Car, plus la situation est difficile, moins une vérité s’impose d’emblée et plus la confrontation d’idées est nécessaire. Qui peut aujourd’hui sérieusement penser qu’une posture guerrière permettra en quoi que ce soit de répondre au défi qui nous est posé. L’objectif des terroristes est de fracturer la société et d’engager ainsi une guerre des civilisations dont ils ne pourront que sortir vainqueurs. Ce qu’ils veulent, c’est la fin de nos principes basés sur le tryptique « liberté, égalité, fraternité ». Or ceux-ci sont déjà mis à mal, tant par les politiques néolibérales qui précarisent des franges toujours plus importantes de la population, que par des politiques sécuritaires qui visent à la contrôler toujours plus étroitement, politiques dont l’inefficacité contre le terrorisme vient hélas d’être démontrée.

Alors certes, le rôle de l’État est de protéger sa population. Mais la manière de le faire n’est en rien technique et relève de dispositions et d’objectifs politiques. Et ce sont ces derniers que nous avons le droit et devoir de discuter. Un président de la République « chef de guerre » ? Mais quels sont les objectifs des guerres menées par la France dans le monde, où ont-ils été mis en débat et décidés ? De même, est-ce par un discours de guerre, qui peut vite tourner à la guerre civile et à la lutte contre l’ennemi intérieur, que l’on colmatera les brèches géantes existantes dans la société française ? Face à ces problèmes, la solidarité nationale face au terrorisme ne doit pas se transformer en unanimisme factice. Ce qu’il nous faut, c’est faire de la politique !

P.-S.

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