Calais : la droite à la manœuvre et le fantôme de Sangatte

lundi 19 septembre 2016, par Philippe Wannesson

L’attention médiatique se tourne à nouveau vers Calais en cette rentrée qui est aussi l’ouverture de la pré-campagne de l’élection présidentielle, à l’occasion d’un jeu de postures entre l’opposition de droite et le gouvernement, autour de la destruction du plus grand bidonville de France et du déplacement forcé de ses quelques dix mille habitant-e-s vers des centres dispersés dans toute à la France, alors qu’aucune voix forte portant une autre vision ne parvient à émerger.

Agenda de rentrée :

  • 28 août, Le Figaro titre sur 10 000 « migrants » à Calais, d’après un rapport du syndicat Alliance Police Nationale, proche de la droite et de l’extrême-droite
  • 29 août, annonce d’un blocage de l’autoroute par un collectifs de commerçants, transporteurs routiers, syndicats portuaires, agriculteurs, pour le 5 septembre
  • 30 août, déclaration conjointe des ministres de l’intérieur britannique et français, le vote pour le brexit n’affecte pas la coopération entre les deux pays dans le domaine de la politique anti-migratoire et sécuritaire
  • 31 août, le ministre de l’intérieur annonce sa venue en catastrophe le 2 septembre pour rencontrer les organisateurs du blocage de l’autoroute
  • 2 septembre, le ministre de l’intérieur annonce la destruction du bidonville de Calais, en restant flou quant à l’échéance et aux modalités
  • 5 septembre, la préfète du Pas-de-Calais désamorce le blocage de l’autoroute en promettant des compensations financières pour les « dommages » causés par les « migrants »
  • 13 septembre, Le Figaro révèle le plan du gouvernement d’ouvrir 12 000 places dans des centres dans toute la France pour transférer les personnes expulsées du bidonville de Calais. L’opération annoncée est le calque exact, à une échelle décuplée, de celles mises en place entre 2002 et 2006, après la fermeture du Centre de Sangatte.

L’opposition de droite demande la destruction rapide du bidonville de Calais, la renégociation des accords franco-britanniques de contrôle de la frontière, et s’oppose à la création de centres d’accueil, qualifiés de « mini-Calais », dans toute la France.

Le gouvernement s’oppose à toute renégociation des accords franco-britanniques et prépare la destruction du bidonville et le déplacement forcé d’environs 10 000 personnes. Il prépare aussi à n’en pas douter un déploiement policier d’envergure pour entraver le retour des personnes déplacées qui ne souhaiteront pas rester en France et repartiront vers Calais, basé sur des contrôles au faciès et des arrestations dans les gares et les trains, et un harcèlement aggravé à Calais. Avec peut-être des expulsions collectives vers des pays comme le Soudan, comme vient de le faire l’Italie, et comme le permettent plus facilement les outils que l’Union européenne est en train de mettre en place (accords de réadmission, laissez-passer européens).

La gauche bien-pensante trouve que la création de camps de réfugiés en France est un concept intéressant pour signifier l’accueil des réfugiés, plus intéressant en terme de communication que l’hébergement d’urgence inconditionnel pour les sans-abris inscrit dans le droit commun français, ou le désengorgement du système d’accueil des demandeurs d’asile.

La réflexion critique ne manque pourtant pas, mais force est de constater qu’elle n’émerge pas dans le débat public.

Plus largement, les expulsions – destructions de campement se multiplient à la frontière britannique, en dehors de Calais, les violations des droits se multiplient à la frontière franco – italienne, l’annonce d’un camp de réfugié à Paris sert à masquer un harcèlement policier accru dans les rues.

  • 20 septembre, comité de pilotage du dispositif des Centres d’Accueil et d’Orientation, présidé par les ministres de l’intérieur et du logement, sur le « démantèlement » du bidonville de Calais. Forte pression sur les associations pour qu’elles contribuent à faire passer le déplacement forcé de milliers de personnes pour une politique d’accueil, sous peine de faire le jeu de la campagne xénophobe de la droite.
  • 21 septembre, visite de Nicolas Sarkozy à Calais

Quelle mobilisation pour quelles alternatives ?