Blockupy International invite tous les mouvements, réseaux et organisations à une assemblée ouverte à Bruxelles les 26 et 27 septembre

Appel à construire ensemble un espace transnational d’initiative pour une Europe par en bas, via, contre et au-delà de l’Europe actuelle
jeudi 7 août 2014, par Blockupy International

Nous, groupe international de coordination de Blockupy, nous sommes réunis le 21 juin à Berlin pour discuter des résultats du May of Solidarity (mai de la solidarité) et des perspectives à venir. Durant ces journées de mobilisation les actions ont été riches et variées, et il nous paraît positif que beaucoup d’entre elles aient été organisées en dehors du processus May of Solidarity. Nous convenons également que, si le processus Blockupy est centré sur les mobilisations autour de l’inauguration du nouveau bâtiment de la Banque Centrale Européenne à Francfort (désormais prévu pour début 2015), une initiative politique autonome ne peut être exclusivement liée au calendrier institutionnel : nous avons besoin d’une perspective sociale et politique plus large. D’autre part, le report du sommet de l’UE prévu à Turin sur « le chômage des jeunes » a laissé beaucoup d’entre nous sans espace commun pour se rassembler, agir et discuter. Le message du May of Solidarity à travers l’Europe - « Solidarité au-delà des frontières, construire la démocratie par le bas ! » - a trouvé une large résonance, mais la construction d’un mouvement transnational fort est en devenir, et nous savons que personne, à commencer par nous, ne peut prétendre y suffire.

Nous savons aussi que nous ne sommes pas seuls à tenter de lier les luttes au-delà des frontières et de créer ce mouvement transnational de résistance. Nous reconnaissons ouvertement nos limites et nous constatons que différents réseaux à travers l’Europe font face à ces mêmes limites et contradictions. Nous pensons qu’il est temps désormais de transformer cette situation en une opportunité politique. Nous proposons donc une rencontre ouverte pour analyser ensemble la période actuelle et discuter de façon stratégique de nos pratiques et propositions pour la construction d’un espace transnational d’initiatives pour une Europe par en bas, via, contre et au-delà de l’Europe actuelle.

L’Europe des classes dominantes a beau être en crise encore et encore, ou en réorganisation continuelle ; les politiques d’austérité, qui étaient jusqu’ici plutôt menées à l’échelle nationale et de manière disparate, sont désormais consolidées dans ce qui représente un nouveau statu quo de l’UE. C’est cette réalité qui se cache derrière la rhétorique des gouvernements européens lorsqu’ils affirment qu’il est temps de dépasser l’austérité. Bien sûr, la « post-austérité » ne signifie pas des « avantages pour tous » ou de vrais changements pour le meilleur ! De plus, cette logique dominante n’est pas « nouvelle » : l’austérité et les privatisations sont une réalité en Europe de l’Est depuis maintenant plus de vingt ans. Nous sommes plutôt confrontés à une nouvelle phase, caractérisée par la tentative de stabiliser les conséquences sociales des politiques d’austérité par une politique transnationale basée sur la création et l’exploitation de différents espaces. C’est la logique de nouveaux processus de précarisation et de réorganisation de l’exploitation à l’oeuvre à l’échelle transnationale, dont le programme de gouvernance du travail « Garantie pour la jeunesse » est un parfait exemple. Ces processus reflètent le positionnement de l’UE dans la chaîne globale de création de la valeur, et la capacité des flux financiers à dépasser les frontières institutionnelles.

De cette manière, l’Europe devient un espace de transit et d’accumulation traversé par les différences, les déséquilibres, des dynamiques spécifiques par régions ou par zones. La mobilité dans et entre ces espaces devient de ce fait un élément crucial puisque les gouvernements européens gèrent les politiques de protection sociale et le régime de Schengen de façon à exploiter ces mouvements de personnes, avec ou sans passeport européen, qui forment la force vive de travail.

Ces évolutions sont le problème politique auquel nous devons faire face ensemble, afin de comprendre quelles actions mener, comment, et avec qui nous pouvons faire de l’Europe un espace pour des politiques transnationales de transformation radicale. Et ce d’autant que, plus que jamais, les espaces nationaux sont devenus trop étroits. Comme le montrent les résultats des dernières élections européennes, l’espace national est non seulement profitable aux solutions racistes et de droite comme réponse à la crise, il est également insuffisant pour contrer le pouvoir du capitalisme mondialisé.

À tous les égards, un mouvement transnational fort doit encore émerger. Bien sûr, le développement d’un tel mouvement dépendra des luttes de la vie quotidienne, ancrées dans le social, mais il dépend aussi de notre capacité à développer un espace commun - pour élaborer des stratégies et pour trouver des espaces communs de lutte. Alors que le fonctionnement en réseaux s’est accentué ces dernières années, nous n’avons toujours pas trouvé les pratiques qui permettraient de passer de luttes fragmentées à un mouvement transnational. Notre proposition de rencontre vient d’un véritable désir de discuter ensemble de manière ouverte, pratique, de la façon de transformer la variété de réseaux et d’agendas existants en une opportunité politique pour que les mouvements sociaux luttent ensemble et construisent leurs contre-discours, ceux de la coopération et des pratiques de luttes vivantes et partagées.

En tant que coalition internationale Blockupy, nous mobiliserons vers l’inauguration du nouveau siège de la BCE - expérimentant symboliquement un espace transnational commun de lutte dans la rue et bloquant réellement la production et la circulation à Francfort, la capitale financière de l’Europe continentale. Cependant, nous devons nous demander si nous sommes capables de nous réorganiser et de frapper de manière diffuse au coeur du nouveau régime d’exploitation, qui s’est construit sur les politiques d’austérité lors de ces dernière années.

Nous proposons donc de considérer avec sérieux cette nouvelle phase des politiques européennes de post-austérité. Pour la combattre, nous avons beaucoup à apprendre les un-es des autres. Nous savons que les relations sociales actuelles sont basées d’un côté sur la dette et la compétitivité, de l’autre sur la précarité, le statut de travailleur pauvre, le racisme institutionnel et la renationalisation de la citoyenneté. Cette nouvelle phase est également caractérisée par les attaques contre les salaires et les revenus, contre les biens communs et les systèmes de redistribution, et par la restriction qui en découle de l’espace démocratique. Nous savons qu’il nous faut apprendre des expériences déjà à l’oeuvre là où l’austérité est devenue depuis longtemps déjà la manière de vivre. Nous lançons donc de manière appuyée cette invitation à nos ami-es d’Europe de l’Est et du Sud-Est.

Partant de là, nous proposons de nous rencontrer et de discuter de ce que nous pouvons faire pour construire une initiative autonome au niveau transnational, qui s’attaque à l’enjeu important qu’est l’Europe post-austéritaire, en posant quelques questions :

  • Comment pouvons-nous inscrire nos luttes hétérogènes dans et contre le nouveau système de gouvernement qui se consolide, basé sur le statu quo de l’austérité et des institutions qui la mettent en place ?
  • En partant des conditions précaires de vie et au travail, de la question de la mobilité, de l’Europe comme espace de transit et d’accumulation, comment pouvons-nous définir notre propre calendrier de mobilisations pour les mois à venir ?
  • À quelles pratiques sociales et politiques transnationales pouvons-nous penser pour nous attaquer aux nouvelles conditions de travail et de vie ? Comment construire la possibilité de nous organiser de manière puissante afin d’agir efficacement ?
  • Comment pouvons-nous connecter les différentes activités, pratiques et rencontres dans un processus commun qui pourrait devenir une feuille de route partagée pour nous orienter ?

Nous pensons qu’il est temps de développer une perspective à la fois pratique et puissante, temps de penser à la façon d’agir ensemble et de construire les forces dont nous avons besoin pour renverser la situation. Nous pensons également que nous devons aborder ensemble la question politique d’une grève transnationale, à l’échelle européenne, autour de ces différents enjeux et discuter de la façon dont elle pourrait être organisée et véritablement affaiblir le nouveau régime d’exploitation.

Pour ces raisons, nous invitons tous les groupes intéressés par la perspective d’un changement radical à une rencontre le soir du du 26 et toute la journée du 27 septembre à Bruxelles pour une discussion ouverte qui, à partir de cette contribution, peut nous conduire à une ou plusieurs journées communes d’action et à la construction collective d’un temps plus grand d’analyse, d’échanges et de propositions politiques vers un espace transnational de mobilisation, vers un automne de luttes et vers des perspectives de moyen-terme partagées - en solidarité, au-delà des frontières.

N’hésitez pas à transmettre cette invitation à d’autres réseaux, groupes, organisations.

Les détails pratiques seront communiqués plus tard, merci d’écrire à international@blockupy-frankfurt.org pour toute information ou si vous souhaitez participer à cette rencontre à Bruxelles.