Appel de la jeunesse malagasy contre la Françafrique et le mal-développement structurel

En septembre 2025, des mobilisations d’ampleur ont eu lieu à Madagascar.
La Gen Z porte une feuille de route pour un modèle fondé sur la souveraineté, la transparence, la justice sociale et environnementale.

Peuples malagasy, africains et français : nos luttes sont liées. C’est un même combat pour l’émancipation, la justice et la fin du néocolonialisme sous toutes ses formes.

Avec nos remerciements à l’association Terres malgaches pour sa collaboration à la rédaction.

Madagascar a conquis son indépendance en 1960, mais le peuple malagasy n’a jamais obtenu la pleine maîtrise de son destin. Depuis six décennies, le pays subit une succession de régimes autoritaires et les conséquences d’une souveraineté confisquée.

Les décennies de mainmise persistante de réseaux politico-économiques liés à la France et à d’autres puissances étrangères, de dépendance aux institutions financières internationales, les programmes d’ajustement imposés par le FMI et la Banque mondiale, ont façonné un modèle de mal-développement structurel.

Madagascar a été maintenue dans un statut de périphérie dépendante : extraction minière et accaparement des terres au profit de multinationales (Rio Tinto/QMM à Fort-Dauphin, Ambatovy – consortium Sherritt, Sumitomo, Kores –, Base Toliara, ou encore les projets avortés de Daewoo Logistics), monocultures d’exportation, pillage des ressources naturelles, mise sous tutelle des politiques publiques et fragilisation volontaire de l’État. Ce modèle nourrit la pauvreté, la précarité énergétique, le chômage massif, l’insécurité alimentaire et la corruption, tandis que la majorité de la population peine à survivre malgré une richesse naturelle immense.

À partir du 25 septembre 2025, une mobilisation populaire inédite, partie d’Antananarivo et relayée dans plusieurs villes, a fait vaciller le pouvoir autoritaire d’Andry Rajoelina. Portée par la jeunesse, les quartiers populaires, les fonctionnaires et les étudiants, cette vague citoyenne a dénoncé les coupures d’eau et d’électricité, la vie chère, l’absence de perspectives pour la jeunesse, l’injustice sociale et un système politique construit au bénéfice d’une caste.

Face à la répression meurtrière, une partie de l’armée a refusé d’obéir et a rejoint le peuple. Ce mouvement a conduit à la destitution et à la perte de nationalité du président, symbole d’un pouvoir corrompu et déconnecté.

Cette chute révèle aussi les fissures d’un édifice néocolonial. Après les ruptures successives au Sahel et les contestations au Sénégal, c’est à Madagascar que s’effondre une figure adoubée par le pouvoir français et soutenue par les intérêts économiques extérieurs, de Bouygues et Fraise aux bailleurs internationaux.
L’exfiltration d’un président meurtrier par Paris, plutôt que sa reddition devant son peuple et la justice de son pays, illustre tristement le rôle encore joué par l’État français à l’égard d’un pays qui aurait dû être souverain depuis 1960.

La jeunesse malgache, notamment la Génération Z, a exprimé clairement son projet dans sa Proposition de feuille de route pour une transition souveraine et populaire.

« Nous refusons un État corrompu et une économie livrée aux puissances étrangères. Notre transition sera populaire ou ne sera pas. Nous voulons un modèle fondé sur la souveraineté, la transparence, la justice sociale et environnementale. »
«  L’avenir de Madagascar appartient à ceux qui refusent de plier sous la misère organisée. »

Cette jeunesse refuse les modèles imposés par les bailleurs, qui ont fabriqué un pays dépendant, affaibli et livré au marché global. Elle exige un État au service du peuple, non des intérêts géopolitiques ou financiers.

Aujourd’hui, un duo dirigeant paradoxal se met en place, entre figure citoyenne adoubée par la rue et représentant du patronat et du secteur bancaire. Dans un pays où plus de 80 % de la population vit de l’économie informelle, où l’agriculture familiale nourrit la nation, où le foncier demeure un enjeu vital, mettre un banquier à la tête du gouvernement résonne comme un choix dangereux.

L’avenir dira si ce pouvoir provisoire accompagnera la transformation profonde voulue par la population ou s’il tentera de restaurer l’ordre néocolonial et les schémas économiques destructeurs.

La détermination, le courage et l’organisation des jeunes Malgaches, leur capacité à articuler mobilisation populaire, aspirations démocratiques et exigence de souveraineté. Sont à saluer.

La répression et la violence extrême qui ont conduit à la mort et aux blessures de nombreux manifestantes sont à dénoncer.

De même que la mainmise historique des puissances étrangères, les privatisations imposées, le rôle des institutions financières internationales dans l’appauvrissement du pays, la confiscation des richesses, l’extractivisme et l’accaparement des terres, la dette climatique et la prédation des multinationales.

Nous sommes solidaires de l’exigence du peuple malgache pour une indépendance réelle, fondée sur la souveraineté politique, l’autonomie alimentaire, le respect des terres et de l’environnement, la démocratie vivante et la dignité sociale.
Nous soutenons la volonté d’une transition populaire, écologique, sociale et décoloniale.

Peuples malagasy, africains et français : nos luttes sont liées. C’est un même combat pour l’émancipation, la justice et la fin du néocolonialisme sous toutes ses formes.