Emmanuel Macron a annoncé que le fonds d’épargne [1] de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) financerait à hauteur de 60% la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2, dont l’objectif de coût de 72,8 milliards d’euros (euros 2020) mentionné par l’Elysée ne manquera pas de grimper au cours des prochaines années, comme ce fut le cas des premiers EPR.
Pour les organisations signataires de cet appel, cette décision est inacceptable car elle enfreint les règles de la démocratie, et risque d’avoir des conséquences négatives pour les ménages les plus modestes.
En effet, le président Macron a annoncé cette décision sans consultation préalable, de la même manière qu’il le fit pour acter la relance du nucléaire, à la sortie d’une réunion du conseil de politique nucléaire le 12 mars. Or cette utilisation de l’épargne réglementée des Français et des Françaises pour financer le nucléaire serait inévitablement réalisée au détriment du financement des logements sociaux et de leur isolation, domaines où les politiques publiques accusent déjà d’importants retards.
Alors que 2,9 millions de ménages sont en attente d’un logement social en 2026 - un nouveau record - il y a urgence à construire et rénover ces logements sociaux. Le livret A doit être prioritairement utilisé à cet effet, comme cela est stipulé par les textes qui régissent cette épargne [2], en doublant à minima l’enveloppe annuelle de prêts sur fonds d’épargne destinée au logement social.
En second lieu, cette priorité donnée au financement du nucléaire par l’épargne réglementée a été décidée sans véritable débat sur le mix énergétique souhaitable pour la France, au moment où on constate un recul budgétaire pour le soutien aux énergies renouvelables indispensables pour atteindre les objectifs de décarbonation, comme le souligne un rapport récent [3]. Le financement du nucléaire par l’épargne réglementée représenterait environ 30% de la part du Livret A dédiée au financement des infrastructures essentielles, comme les logements sociaux, les hôpitaux et les universités.
Enfin, la mobilisation de l’épargne réglementée pour la première fois vers le nucléaire pourrait amener un grand nombre d’épargnants à se détourner de ces dispositifs, aboutissant à un risque réel de décollecte, alors que le Livret A, le LDDS et le LEP sortent déjà d’une année 2025 difficile.
Les organisations signataires de cet appel demandent l’organisation d’un véritable débat démocratique sur l’utilisation de l’épargne populaire, d’une part, et sur le choix du mix énergétique, d’autre part. L’électricité est un bien public, dont la production doit relever d’une logique de service public, s’inscrire dans le cadre d’une véritable planification démocratique, et échapper à la pression des lobbies.
Signataires
(au 04/05/2026)
Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN), Attac France, Comité pour l’Abolition des dettes illégitimes (CADTM), Convergence Services Publics, CV70 - Comité de vigilance pour le maintien des services publics en Haute Saône , Greenpeace France, ICAN France, INDECOSA-CGT, Observatoire du nucléaire, Réseau Sortir du Nucléaire, Résistance sociale, Sortir Du Nucléaire Bugey, Stop Précarité, SUD PTT, Tchernoblaye, Union syndicale Solidaires

