Après la crise, quelle gouvernance ?

Faillite des marchés financiers, équilibre environnemental menacé, multiplication des risques de conflits, essoufflement des systèmes démocratiques : la crise est protéiforme. Ce qui l’est moins tient dans l’incapacité générale des États à affronter des situations qui dépassent leurs compétences nationales. Pour appréhender ce contraste, nous avons profité des états généraux du Renouveau pour réunir Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et Aurélie Trouvé, coprésidente de l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne (Attac France). Alors, après la crise, quelle gouvernance ? Libération 25 juin Aurélie Trouvé, coprésidente de l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne (Attac France). Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) Pascal Lamy : Premier constat, la crise a effectivement révélé un défaut de gouvernance globale dans le système international et particulièrement dans le secteur de la finance. Les grands pays ont réagi et la création du G20, c’est-à-dire le passage d’un conclave des huit pays les plus développés à une structure à vingt pays, marque la prise de conscience du monde tel qu’il est devenu. Une page vient de se tourner. Deuxième constat : si la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Indonésie, le Mexique et quelques autres sont désormais à la table de la gouvernance mondiale, cela ne fait pas pour autant gouvernement. Il faut être lucide. Dans le monde actuel, il n’y a toujours pas de gouvernement. Il y a un système de gouvernance qui se dessine autour de trois pôles, le G20, les Nations unies, et les grandes organisations internationales. Aurélie Trouvé : Je partage le constat d’un déficit de régulation. Personne ne s’attaque aux causes profondes de cette crise et chaque institution persiste dans la logique néolibérale. Poursuite du transfert des richesses du travail des salariés vers le capital, vastes plans de rigueurs, exploitation croissante des ressources humaines et naturelles au seul service de la rentabilité à court terme du capital… Ces solutions sont injustes et inefficaces et mènent à une régression et non vers une sortie de crise par le haut. La libéralisation des marchés de biens, de services et de capitaux est le credo des institutions internationales depuis des dizaines d’années. Mais que font-elles pour en amortir les effets néfastes ? Rien du tout. P.L. : Les économies croissaient de 5% par an mondialement et le taux de rentabilité des entreprises s’échelonnait entre 5% et 8%. A côté, on a envie de dire parallèlement, l’industrie financière filait à un rythme de 15%. Ce n’était pas tenable. C’est cet hiatus qui n’a pas été résolu. Regardez ce qui a été mis en place à la suite de l’effondrement des subprimes américaines : les États ont emprunté 1 000 milliards de dollars pour sauver le système mais aucun ne s’est posé la question du remboursement. Et on s’étonne d’avoir un problème de dette souveraine ! Mais je ne suis pas d’accord avec vous sur le fait que c’est la libéralisation qui a amené tout ça. D’ailleurs, quand vous dites libéralisation, vous confondez deux notions très différentes que sont l’ouverture et la dérégulation. Ouvrir ne signifie pas déréguler. Ouvrir les échanges agricoles n’empêche pas de contrôler la sécurité alimentaire. L’OMC est une organisation de régulation mais nous sommes favorables à l’ouverture des échanges puisque l’histoire a montré que les pays qui se sont ouverts se sont mieux développés et, dans l’ensemble, ont mieux réduit la pauvreté. A.T. : Ce n’est pas mon avis. L’ouverture du marché mondial s’est accompagnée d’une dérégulation généralisée et tous azimuts. L’OMC a d’ailleurs été aux avant-postes en portant des accords qui ont prôné la libéralisation et la dérégulation des services financiers. Cela s’intègre dans une logique globale, elle a promu un démantèlement des règles sociales et environnementales. Quand on ouvre les échanges, on nivelle vers le bas. L’une des conséquences de la libéralisation des échanges est l’augmentation depuis vingt ans des inégalités sociales entre les pays. P.L. : Vous prônez l’idée d’une taxe miracle sur les banques qui aurait un effet positif sur le comportement de risque des établissements. Prendre de l’argent dans la poche des banques ne fera que répercuter le montant des taxes sur le consommateur. Ce n’est pas comme ça qu’elles feront plus attention aux prêts aux logements. A.T. : Cette fameuse taxe miracle comme vous dites, c’était une idée plus globale de désarmement des marchés financiers, qui s’accompagne d’autres mesures pour contenir les comportements à risques, on n’y coupera pas. Je voudrai revenir sur l’agriculture et l’histoire de la régulation. Beaucoup de gouvernements africains se sont rendus compte de la nécessité de revenir à des cultures vivrières alors que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) les avaient poussés, via les plans d’ajustement structurels, à recourir aux importations ; au détriment de leur autosuffisance alimentaire. Pourquoi l’Inde - en 2008 - a-t-elle refusé l’accord en matière agricole qui se profilait ? Parce qu’elle ne voulait plus que ses protections douanières s’effondrent. On les comprend, l’agriculture représente plus de la moitié de ses travailleurs. Et on pourrait multiplier les exemples de ceux qui résistent et ne veulent plus se laisser faire. L’OMC est un des acteurs de cette dérégulation. Avant les États membres avaient de véritables politiques agricoles d’intervention sur les prix qui leur permettaient des prix rémunérateurs pour leurs paysans, ils avaient à leur disposition toute une série d’autres régulations publiques. L’OMC a poussé à les démanteler. Pourquoi ne pas mettre en place une relocalisation des activités, ce qui ne veut pas dire supprimer tous les échanges ? Si on veut qu’il y ait à nouveau une confiance entre les consommateurs et les producteurs, que les consommateurs puissent à nouveau se réapproprier leurs produits, il faut peut-être envisager une relocalisation des différentes économies. Lire la suite de l’article

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