La monnaie confisquée

vendredi 2 octobre 2015, par Dominique Plihon

François Hollande a annoncé la nomination de François Villeroy de Galhau à la tête de la Banque de France. Celui-ci est l’ancien directeur général délégué de BNP Paribas de 2011 à 2015, la banque championne dans le domaine de l’évasion fiscale. Réaction de Dominique Plihon, porte parole d’Attac, dans une chronique de Politis n°1370

François Hollande vient de nommer à la tête de la Banque de France François Villeroy de Galhau, directeur général délégué de BNP Paribas de 2011 à 2015. C’est la première fois qu’un banquier privé est amené à présider la banque centrale française, institution en charge du service public de la monnaie dont les missions sont d’assurer la stabilité de la monnaie et du système bancaire. Cette nomination constitue une grave atteinte aux règles les plus élémentaires du service public et de la démocratie car elle pose un grave problème de conflit d’intérêts. En effet, comment croire qu’il est possible d’assurer le contrôle du système bancaire avec impartialité et en toute indépendance, après avoir servi les intérêts de la plus grande banque française ?

Le parcours de François Villeroy de Galhau ressemble à celui de Mario Draghi, qui a été directeur de Goldman Sachs en Europe, avant d’être nommé à la tête de la Banque d’Italie, et de présider la Banque centrale européenne qu’il gouverne dans l’intérêt des créanciers et des banquiers.

En France, cette emprise de la haute finance sur la monnaie est aggravée par le mode de recrutement des élites financières. Ces dernières appartiennent pour la plupart au corps de l’inspection des finances, issu de l’Ecole nationale d’administration (ENA). Leur cursus est identique. Après avoir fait leurs premières armes à Bercy, au ministère des Finances, ces hauts fonctionnaires pantouflent dans le privé, le plus souvent dans les banques [1]. C’est ainsi que François Villeroy de Galhau, condisciple de Pierre Moscovici à l’ENA, a été directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn avant de rejoindre BNP Paribas. Ces va-et-vient entre la haute fonction publique et la banque ont été pratiqués par d’autres personnages non moins célèbres, tels le ministre Macron, ancien de Rothschild, et François Pérol, secrétaire général adjoint de l’Elysée puis PDG de Banques Populaires Caisses d’Epargne (BPCE), qui a été devant la justice pour prise illégale d’intérêts.

Cette consanguinité banques / appareil d’État est un poison mortel

Cette consanguinité entre les responsables des banques et de l’appareil d’État est un poison mortel pour la démocratie et le système bancaire. Très bien organisées, ces élites constituent un puissant lobby, en mesure d’influencer les décisions politiques. C’est ainsi que l’on peut expliquer le blocage des réformes bancaires. Une bonne illustration en est fournie par la réforme avortée de 2014 (loi Moscovici) concernant la séparation des activités des banques de détail et de banques d’investissement, dont les modalités ont été dictées par le lobby bancaire.

On peut douter que le nouveau gouverneur de la Banque de France saura imposer à l’avenir à ses confrères les règles contraignantes nécessaires à la stabilité du système bancaire. Et qu’on ne vienne plus nous parler plus de l’indépendance de la banque centrale !

La réappropriation par les citoyens de la monnaie, bien public aujourd’hui confisqué par une minorité, doit passer par le contrôle démocratique des banques, à commencer par la banque centrale. Ce monde que nous voulons est aux antipodes de celui de François Hollande et de ses alliés de la haute finance.

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