« Un million d’emplois pour le climat », un remarquable rapport collectif d’associations et syndicats. Une question toutefois sur « le sexe des emplois ».

lundi 6 février 2017, par Jean Gadrey

Si les propositions ambitieuses et nécessaires du rapport « un million d’emplois pour le climat » étaient mises en œuvre rapidement, ce serait une excellente nouvelle sur presque tous les plans, mais pas nécessairement sur celui de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.

Quel est le risque ?

Dans le million d’emplois à ajouter, une bonne moitié se trouve dans des branches, secteurs et métiers qui, aujourd’hui, excluent de fait massivement les femmes. Ces dernières ne représentent par exemple que 11% du secteur de la construction et du bâtiment, qui doit jouer un rôle très important dans la transition en raison du programme absolument indispensable de réhabilitation thermique des logements et bâtiments.

Et cette forte inégalité concerne presque tous les secteurs « verts » dont l’emploi est appelé à augmenter nettement. Dans une étude publiée en janvier 2017 par la DARES, on distingue les métiers typiquement « verts » et les métiers « verdissants » (voir les détails en annexe, car certains chiffres sont spectaculaires). Tous sont concernés par la transition écologique et climatique. Or la part des femmes dans l’ensemble de ces métiers, qu’ils soient verts ou verdissants, est actuellement de 16 à 17 %, alors qu’elle est de 48 % dans l’ensemble de l’emploi. Il existe donc un risque d’accroissement de l’écart des taux d’emploi des hommes et des femmes si l’on crée des centaines de milliers d’emplois en quelques années dans ces secteurs qui, dans l’état actuel des choses, sont à très forte majorité masculine.

Heureusement, on trouve aussi dans le rapport, outre les besoins précédents les plus directement en prise sur l’enjeu climatique, d’autres besoins sociaux où les emplois correspondants sont aujourd’hui à forte majorité féminine. Ils auraient, comme les autres, besoin de plus de mixité, il faudrait les revaloriser, mais au moins, à court terme, ils conduiraient à recruter un grand nombre de femmes. Il s’agit, selon le rapport, des « branches fondamentales de l’accompagnement de la transition écologique juste » : action sociale, administration publique nationale et territoriale dont l’enseignement et la formation, activités associatives, activités créatives, artistiques et culturelles, recherche. Soit en tout 450.000 emplois prévus, près de la moitié du million de créations nettes envisagées.

Ce relatif équilibre des exigences écologiques/climatiques et sociales répond à l’idée de « transition juste » : il faut simultanément prendre soin de la nature et du climat, et prendre soin des humains et du lien social. Ces deux exigences sont bonnes l’une pour l’autre, en plus d’être désirables pour elles-mêmes. La transition écologique a besoin de justice sociale. Ce n’est pas un supplément social de l’écologie, c’est une nécessité pour l’écologie.

Mais il faudrait aller plus loin.

Il ne suffit pas, même si c’est nécessaire, d’ajouter une exigence à l’autre, des emplois utiles aux autres. C’est particulièrement vrai sous l’angle de l’égalité professionnelle entre les sexes. La mixité des emplois doit également progresser aussi bien dans les secteurs verts ou verdissants que dans ceux de « l’accompagnement de la transition juste ». Il faut pour cela :

  1. Une nette amplification des politiques (qui existent depuis longtemps, mais dont les résultats sont restés très faibles) de mixité des métiers à prédominance masculine dans les branches d’activité les plus liées aux programmes de réhabilitation thermique des logements et bâtiments, de développement des énergies renouvelables, des transports collectifs, etc.
  2. Une semblable politique de mixité des métiers du « care » à prédominance féminine actuelle, la meilleure solution étant de les revaloriser.
  3. Il faut également s’appuyer sur les volets du projet relatifs aux emplois à financement essentiellement public,labellisés « transition écologique » et aux emplois « transition écologique » dans le service public
    pour y garantir une plus grande mixité, en s’appuyant si besoin sur la loi.

Prenons un exemple majeur, celui de la réhabilitation thermique des logements et bâtiments. On n’y voit a priori qu’une opération technique confiée aux actuels professionnels du bâtiment et conduisant à créer des emplois et métiers sur le mode actuel. Mais si l’on pense la réhabilitation en partenariat avec les occupants, sur le mode du « prendre soin » et du service, de la réponse à des besoins individualisés autant qu’à des normes techniques, alors ce sont de nouvelles compétences, de nouveaux métiers, ou de nouvelles formations à ces métiers, qui seront exigés. Et ces compétences « sociotechniques » seront plus attractives pour les deux sexes que les actuels intitulés des métiers du bâtiment.

Il ne suffit donc pas de prévoir un « accompagnement social » de la transition écologique, il faut les articuler sous l’angle de la nature, de la qualité et de la mixité des emplois et des métiers, au-delà de leur quantité.

Part des femmes dans les professions de l’économie verte

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Site web du rapport > http://emplois-climat.fr

P.-S.

Image : Tumisu, Domaine Public.

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