Une crise du capitalisme mondialisé et financiarisé

lundi 22 février 2016, par Dominique Plihon

L’année 2016 a débuté par une panique générale sur les marchés financiers internationaux. Les cours boursiers se sont effondrés simultanément sur toutes les places financières, dans les pays avancés comme les émergents. La raison de cette panique soudaine des acteurs financiers : une incertitude totale quant à l’évolution future du capitalisme mondialisé. À commencer par les principales économies de la planète : le Japon et l’Europe sont au bord de la déflation, les États-Unis ont une sortie de crise plus laborieuse que prévu, l’économie brésilienne s’est effondrée, et – last but not least – la Chine va mal car elle est piégée par son modèle de croissance fondé sur les exportations, pénalisées par la récession mondiale.

Parallèlement à la chute des indices boursiers, on assiste à un effondrement sans précédent des cours du pétrole et des matières premières. La baisse de la demande mondiale liée à la récession n’en est pas la seule cause. Il y a aussi une pression à la baisse sur les prix des hydrocarbures causée par la « révolution » du gaz de schiste états-unien, et par des facteurs géopolitiques, tels l’arrivée de l’Iran sur le marché du pétrole, avec la fin de l’embargo sur ses exportations. Cette chute des prix des énergies fossiles a des effets pervers considérables, non seulement sur les émissions de gaz à effet de serre, mais également sur les tendances déflationnistes à l’œuvre dans l’économie mondiale.

Une nouvelle menace de krach bancaire

Les grandes banques sont à l’épicentre du séisme financier actuel car elles ont prêté massivement aux pays émergent et au secteur pétrolier. Depuis le 1er janvier 2016, les trois grandes banques françaises ont perdu 25 % de leur valeur boursière. C’est une nouvelle preuve que les « champions bancaires » tricolores sont des géants aux pieds d’argile. Plus que jamais, une réforme radicale du système bancaire s’impose, conduisant à un contrôle social sur les banques, et à un démantèlement des groupes bancaires par une stricte séparation des activités de banque de détail et de banque d’investissement.

Une crise de nature systémique

Contrairement au discours dominant, les difficultés actuelles de l’économie mondiale ne sont pas conjoncturelles et temporaires. Nous sommes en présence d’une crise systémique du capitalisme mondialisé et financiarisé. Celle-ci se manifeste par une situation de surproduction et de suraccumulation du capital à l’échelle internationale. D’un côté, les pays avancés font face à un ralentissement des gains de productivité, qui a débuté dès les années 1970, avec des conséquences négatives sur la rentabilité du capital que la financiarisation ne parvient pas à compenser. D’un autre côté, le modèle de croissance des pays émergents tiré par les exportations tend à s’essouffler, ce qui conduit également à une baisse de rentabilité du capital liée à une surproduction. Stimulés un moment par l’endettement, un grand nombre de pays capitalistes avancés et émergents sont aujourd’hui piégés par une dette privée et publique élevée dont le poids est aggravé par la chute de l’inflation.

Les politiques de sortie de crise, d’inspiration néolibérale et monétariste, mises en œuvre dans un grand nombre de pays sont inadaptées et dangereuses. En premier lieu, les politiques d’austérité, notamment dans l’Union européenne et au Brésil, ont largement contribué aux tendances récessives. Par ailleurs, l’une des principales sources d’instabilité financière provient de l’énorme quantité de liquidités injectée par les banques centrales, estimée à 30 % du PIB mondial, pour venir au secours des banques et des acteurs financiers en difficulté. Ces liquidités alimentent la spéculation. À la moindre alerte, ces milliards se déplaceront d’une place à l’autre, créant des bulles successives… jusqu’au krach global.

Face à ces risques, nous avons un devoir de lanceurs d’alerte. Avec un double message. Les soubresauts récurrents de l’économie mondiale révèlent le caractère non soutenable du système capitaliste mondialisé et financiarisé. Il est urgent de promouvoir des alternatives aux politiques néolibérales et monétaristes qui nous ont conduit à une impasse, afin d’organiser la nécessaire transition sociale et écologique.