Fauchage de chaises : les moissons du futur

jeudi 16 juillet 2015, par Thomas Coutrot

L’argent pour l’emploi et le climat existe, il est dans les paradis fiscaux ! Pour le démontrer, Attac s’apprête à lancer en septembre une grande campagne de réquisition citoyenne. Retour sur la genèse d’une idée qui marche.

Tout a commencé le 12 février, à l’agence HSBC de Bayonne. Les militant.e.s de Bizi ! réquisitionnent huit chaises pour protester contre l’impunité dont bénéficie la banque, organisatrice d’évasion fiscale à grande échelle. Ils remettent au directeur de l’agence un exemplaire du Livre noir des banques, publié quelques jours auparavant par Attac et Basta ! Hasard heureux, cette publication avait coïncidé avec la révélation, par Le Monde, du scandale « SwissLeaks », « avec des chiffres à faire tomber de la chaise » (Le Parisien, 9/02/2015). Entre 2005 et 2007, 180 milliards d’euros ont transité, à Genève, par les comptes HSBC de plus de 130 000 personnes physiques ou morales dans le monde, dont plus de 3 000 Français. Pour eux, plus de 20 000 sociétés offshore ont été créées dans les paradis fiscaux.

Juste après le forfait, Txetx Etcheverry, de Bizi !, appelle Attac pour un conseil technique : à combien estimer le préjudice subi par l’État français du fait des pratiques d’HSBC ? Un rapide calcul permet de chiffrer la « rançon » qui sera demandée à la banque en échange de la restitution des chaises : environ 2,5 milliards d’euros.

Mais la police entre en jeu et convoque les militants, tentant même de procéder à des prises d’ADN auprès de ces dangereux délinquants. Par solidarité, Attac propose à Bizi ! d’héberger temporairement les chaises détournées. Les Amis de la Terre et Solidaires Finances Publiques se joignent rapidement au gang, ainsi que P. Viveret, E. Morin, S. George, C. Alphandéry et A. Caillé. Les investigations policières semblent soudainement ralentir… A Bruxelles, le 18 février, une trentaine d’activistes saisissent du mobilier dans une agence de BNP Paribas Fortis. A Paris, le samedi 7 mars, Attac passe à l’action : des militant.e.s prélèvent cinq chaises dans l’agence BNP Paribas du boulevard Voltaire. Il s’agissait de renforcer l’exigence adressée depuis un an à la banque dans le cadre de la campagne « Requins », afin qu’elle ferme ses sept filiales aux Iles Caïmans.

Tels les nains de jardin d’Amélie Poulain, les chaises HSBC réapparaissent en avril dans la manifestation syndicale contre l’austérité, dans un campement de sans-logis du DAL (Droit au logement), place de la République, à la « Ferme à Paris » de la Confédération Paysanne… Fin mai, Attac restitue deux chaises aux fonctionnaires du Centre des impôts de Saint-Sulpice à Paris, afin de renforcer les moyens de leur lutte contre l’évasion fiscale. A chaque fois, la couverture médiatique est abondante.

BNP Paribas s’est retrouvée face à un « choix cornélien », comme le dit Andrew Boyd (théoricien de l’action désobéissante et coordinateur du livre Joyeux bordel), mais a finalement porté plainte, plus de 3 mois après la réquisition citoyenne des chaises. Cette plainte pourrait déboucher sur un procès où la banque elle-même risque de se retrouver principale accusée. Mais ne pas bouger aurait mis en danger son image alors qu’Attac prévoit d’ores et déjà de multiplier les actions dès septembre en vue de la Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP 21). Et reculer (en l’occurence quitter les Iles Caïmans), aurait encouragé le pouvoir citoyen et stimulé de nouvelles exigences.

Au delà du plaisir – non négligeable ! de jouer David face à Goliath, les faucheurs de chaises posent avec vigueur le débat sur la responsabilité des banques dans la crise sociale et écologique. Lors de la prochaine crise financière, lorsqu’il faudra décider de ce qu’il faut faire d’un secteur bancaire à nouveau en faillite, les faucheurs de chaises pourraient bien apparaître comme les précurseurs d’une idée désormais incontournable : le contrôle citoyen des banques.

Attac appelle à une mobilisation nationale sur les réseaux sociaux en incitant les citoyen.e.s à se prendre en photo et à les relayer avec la phrase « Toutes et tous #FaucheursDeChaises BNP et HSBC » pour dire stop à la fraude et à l’évasion fiscale.