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Les retraites franchissent un cap symbolique… dans la régression

mardi 26 avril 2022, par Christiane Marty

Reculer l’âge de départ à 64 ans ou accélérer l’allongement de la durée nécessaire de cotisation ne ferait qu’aggraver encore la dégradation inquiétante de notre système de retraites. Une analyse des données du rapport annuel de la Drees. Les retraités et les retraites révèle en effet une inversion très préoccupante dans l’évolution du montant des pensions : la pension brute de droit direct de l’ensemble des retraité·es diminue de 1,1 % en euros constants en 2019 par rapport à 2018. Jusqu’en 2017, cette pension moyenne progressait par le jeu normal du renouvellement de la population retraitée : les générations âgées qui décèdent et qui ont de plus faibles pensions laissent la place à de nouvelles générations ayant bénéficié dans l’ensemble de meilleures carrières et donc avec de meilleures pensions ; c’est l’effet de noria. Mais ce mécanisme est devenu insuffisant.

Les pensions brutes des retraité·es ont bien sûr baissé du fait d’une revalorisation qui ne suit plus l’inflation : leur pouvoir d’achat a ainsi diminué de 1 % en 2019. Mais, et c’est inédit, la pension brute moyenne des personnes ayant liquidé leur retraite en 2019 est devenue inférieure à la pension moyenne de l’ensemble des retraité·es (1401 € contre 1430 €) ! On pouvait le voir venir car, sur chacune des trois années précédentes, la pension moyenne des personnes nouvelles retraitées de l’année diminuait année après année. Et en 2019, elle est passée sous le niveau de l’ensemble des retraité·es ! C’est un cap symbolique qui est franchi, significatif : il acte la fin d’une évolution positive qui assurait que chaque génération percevait une meilleure pension que celle de la génération précédente.

Autre évolution notable. On sait que les inégalités entre les femmes et les hommes sont importantes : sur l’ensemble des retraité·es, la pension moyenne de droit direct des femmes est inférieure de 40 % à celle des hommes (28 % si on intègre la réversion). Du fait des meilleures qualifications acquises par les femmes au fil du temps, leur pension augmentait et l’écart avec les hommes se résorbait lentement. Mais les réformes successives ont freiné, si ce n’est quasi-stoppé, cette dynamique : depuis quelques années, au lieu de refléter leurs meilleures carrières, les pensions des femmes qui liquident leur retraite sont juste stables. Au final, sur les 10 dernières années, la baisse de l’écart hommes-femmes est essentiellement due à la diminution des pensions des hommes. C’est l’égalité par le bas…

Cette évolution est le résultat attendu des réformes passées. Envisager un nouvel allongement de la durée de cotisation aboutirait à accroître la baisse du niveau de pension pour les futurs - et, plus encore, les futures - retraité·es. En effet, les conséquences de l’allongement en cours de la durée de cotisation – elle doit atteindre 43 ans pour la génération née en 1973 - sont bien visibles : la part des retraité·es n’ayant pas réussi à se constituer une carrière complète s’accroit au fil des ans et elle n’est pas négligeable. Ainsi, pour la génération née en 1950, ce sont 39 % des hommes et 46 % des femmes qui ont liquidé leur retraite avec une carrière incomplète... entraînant donc une pension amputée.

Dans une situation où le niveau de chômage reste élevé, augmenter la durée de cotisation tout comme reculer l’âge de départ, pénaliserait un grand nombre de personnes. Car au moment où elles liquident leur retraite, elles sont loin d’être toutes en emploi : parmi celles nées en 1946, seules 58 % avaient un emploi (54 % parmi les femmes) ; les autres étaient soit au chômage (pour près de la moitié), soit en maladie, inactivité ou préretraite. Reculer l’âge de la retraite signifierait alors pour toutes ces personnes prolonger une situation précaire avec des revenus faibles voire nuls… Cela signifierait aussi remplacer le versement de pensions de retraite par le versement d’allocations chômage ou de minima sociaux par d’autres caisses de la Sécurité sociale.

La part de retraité·es dans la population va augmenter dans les prochaines années : refuser d’accompagner cette évolution par une augmentation de la part de la richesse produite qui leur revient signifie décider de paupériser les retraité·es actuels et futurs. Cela a déjà commencé et ce n’est pas acceptable. Le déficit du système de retraite (13 milliards d’euros en 2020, selon le dernier rapport du COR) est dû au refus obstiné, depuis des années, d’en accroître les ressources. Notamment le Medef refuse d’envisager une augmentation des cotisations car elle impliquerait une augmentation de la part patronale. Pourtant, on constate par ailleurs qu’il y a des marges : par exemple, les montants de cotisations versées librement auprès des assurances privées représentent en 2019 près de 14 milliards d’euros. La réflexion devrait plutôt s’orienter sur les moyens d’améliorer la situation de l’emploi – il y de nombreux besoins sociaux et environnementaux non satisfaits -, et des salaires, d’assurer un rattrapage des salaires des femmes et un meilleur partage des riches produites,… toutes pistes qui amélioreraient le financement des retraites.

P.-S.

Christiane Marty
Membre de la Fondation Copernic et du Conseil scientifique d’Attac
Co-autrice de Retraites l’alternative cachée, Syllepse, 2013

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