L’aéroport de Notre Dame Des Landes : un projet inutile et imposé

mardi 6 novembre 2012, par Gustave Massiah

Le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes relève de la logique des grands projets inutiles et imposés. Il n’est pas seulement scandaleux par la politique de force brutale contre ceux qui s’y opposent. Il est aussi révélateur d’un projet et d’une politique qui sont totalement contestables.

Par Gustave Massiah, membre du Conseil scientifique d’Attac

En juillet 2012 a eu lieu, à Notre-Dame-des-Landes, le deuxième Forum social européen des Grands Projets Inutiles Imposés (GPII). Les réflexions produites par les mouvements qui y ont participé renouvellent la réflexion sur les investissements et les choix économiques. Ils remettent en perspective l’utilité sociale. Ils permettent de mieux comprendre le rôle que jouent les Grands Projets et ce qui permet de les considérer comme inutiles et/ou imposés. Ils sont un des principaux supports d’une économie fondée sur les inégalités sociales et la corruption ; ils sont partie prenante des contradictions géopolitiques dans la domination des pays producteurs de matières premières, de la corruption et de la concurrence aux exportations ; ils sont un danger pour les systèmes démocratiques ; ils ont des conséquences écologiques désastreuses.

La conception dominante, celle de la marchandisation, la financiarisation et la privatisation, donne son sens actuel aux GPII. Les Grands Projets ne sont pas inutiles pour créer des marchés et des profits. Les mouvements sociaux préconisent une rupture, celle de la transition sociale, écologique et démocratique. Elle repose sur de nouvelles conceptions, de nouvelles manières de produire et de consommer. Cette rupture est engagée dès aujourd’hui à travers les luttes, car la créativité naît des résistances, et des pratiques concrètes d’émancipation qui, du niveau local au niveau global, préfigurent les alternatives. Il s’agit pour l’instant d’une utopie concrète. Mais elle ouvre une perspective.

Les GPII permettent de mieux comprendre la manière dont s’organisent les sociétés à partir du primat du capital. Ce qui a été démasqué c’est la dictature du pouvoir financier et la « démocratie de basse intensité » qui en résulte. Les GPII sont une des possibilités d’utiliser les capitaux disponibles du fait des profits de plus en plus importants. L’investissement est justifié par la marchandisation qui est supposée résumer l’usage sans autre considération de l’utilité sociale et des conséquences. Les Grands Projets se suffisent à eux-mêmes et leurs justifications sont d’abord financières.

Les Grands Projets doivent d’autant plus être imposés qu’ils sont inutiles, que leur utilité n’apparaît pas déterminante pour ceux qui en subissent les conséquences. Ils participent dans leur conception et dans leur mise en œuvre des méthodes qui ont fait leurs preuves dans les différents projets de colonisation. Il s’agit du principe de la « terre vierge » nécessaire aux Grand Projets, c’est-à-dire d’une situation pour laquelle il n’y a pas de droits acquis, pas de droits des occupants. Cette pratique de la table rase génère un sentiment d’insécurité et pousse à la militarisation de la production et de la société.

La définition d’une nouvelle économie politique des Grands Projets part de l’analyse critique de la démesure aujourd’hui dominante. Pour autant, elle ne sous-estime pas l’échelle des problèmes à traiter. Il ne faut donc pas confondre les grandes politiques, indispensables, et les GPII. Sur la question de la démesure, autant il convient de critiquer les déviations actuelles, autant il ne faut pas remettre en cause l’importance de grands défis collectifs autour desquels se construisent les sociétés. L’accès aux droits pour tous, l’éradication de la pauvreté et la réduction drastique des inégalités en est un des meilleurs exemples. Il ne s’agit pas de proposer un monde qui, par précaution, rejetterait toute aventure. Il s’agit de mettre en débat collectif le choix des aventures et de chercher à en maîtriser les conséquences. 

L’économie des Grands Projets est une économie de rente et de privilèges. La décision revient à ceux qui ont le pouvoir. Compte tenu des énormes intérêts en jeu, elle accroît la corruption qui résulte de la fusion entre le pouvoir financier et le pouvoir politique.

La ville de Nantes ne manque pas de réalisations intéressantes en matière d’aménagement et de logement social. Tout cela est remis en cause par l’aveuglement qui résulte d’une vision du progrès fondée sur la croissance illimitée, la soumission à la mondialisation, la défense des intérêts fonciers et financiers des grands groupes privés. L’usage de la force brutale contre les occupants légitimes déchire le voile et achève la rupture avec les citoyens. Contre des projets imposés et qui ne serviront que les intérêts des puissants, leur résistance crée les conditions pour un avenir meilleur.

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